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24/06/2012

Je veux. Je décide. Je fais.

Tel devrait être mon leitmotiv pour avancer. 

En partant du principe de mon article précédent : quand on veut, on peut. 

Seulement voilà, cela fait des mois que je maintiens mon poids et que je n'en prends plus. Je maigris facilement. Je grossis très difficilement. Je suis donc toujours dans une zone qu'on considère à risque, une zone rouge. Ce n'est pas moi qui le dis. C'est mon ami. Un rappel incessant vers une réalité étouffée par le côté irrationnel de l'anorexie. Ma raison me dit qu'il a raison mais je ne le ressens pas dans mes tripes. Je me sens tellement mieux qu'avant, quand j'avais environ 5 kilos de moins, quand je passais mon temps en clinique, que je ne vois pas la nécessité de me faire encore "mal" en mangeant davantage. Je fonctionne bien dans tous les domaines de ma vie. Je bosse à 150%, sans fatigue démesurée. Je fais le sport à la fréquence que j'ai envie. J'ai l'énergie pour sortir entre amis. Pourquoi changer quand on a connu tellement pire ? 

Parce que je ne suis pas en sécurité. Le drame n'est potentiellement pas loin. Un choc émotionnel et l'appétit sera coupé net. Je le sais. Il suffit de constater la perte de poids à chaque dose de stress prolongée. Parce qu'aussi, un BMI de 15 n'est pas normal. Parce que j'ai un peu de mal encore à me balader en bikini sur une plage. Enfin et surtout, parce que mon ami se fait toujours du souci et arrive à bout de patience. L'absence de projet le mine. Me voir sans rage de vaincre lui pèse, alors qu'il est le genre d'homme à aimer aller de l'avant. 

Tout ça pour dire que mon couple est en danger. Dans le court terme. Et si je ne veux pas le perdre, je dois manger. C'est résumé simplement, caricaturalement, mais c'est la réalité. Prendre 3 kilos minimum, pour commencer. Voilà son point de vue. Il me répète alors : si tu veux, tu peux. Tu l'as déjà démontré. Alors fais-le ! Qu'est-ce que tu attends ? 

Ben, que je sois moins stressée, que je vois plus clair dans notre relation, que je sois moins fatiguée, que les circonstances soient plus favorables. Ce n'est jamais le moment. Toujours une excuse trouvée. 

Aucune excuse n'est acceptable, me dit-il. La méthode douce, lente, progressive, ne fonctionne pas. La manière forte ! Vite. Tout en douleur mais dans un laps de temps court. Après, l'objectif sera atteint et on pourra passer à autre chose. Un jour, tu dois te dire : JE VEUX. JE DECIDE. JE FAIS. Aucun changement ne se fait sans souffrance. C'est comme ça. Tu dois accepter de souffrir. Et de la souffrance, il y en a, je vous le dis. Quelle soit physique (mal au ventre, nausée) ou psychologique (diable au corps quand un aliment riche est ingéré). J'ai peur de souffrir, c'est vrai. Quitter ma zone de confort. Mais il le faudra pour avancer d'un pas supplémentaire. 

16 mois hors de clinique. Un record absolu. Une liberté retrouvée. La vraie vie. Mais sans l'anorexie, je suis loin encore de pouvoir le dire. Sans m'en rendre compte, elle me guide comme un robot dans mes repas. C'est ce mode automatique qui est difficile à déprogrammer. Elle me rend toujours moins sociale. C'est toujours difficile d'être invitée chez des amis. Et je ne mange souvent pas la même chose à table que les autres. Toutes ces contraintes avec lesquelles je vis, "bien", parce que je ne me pose pas de questions, mais qui sont parfois pénibles pour l'entourage. 

L'anorexie, une prison, encore et toujours, avec des barreaux moins dorés, mais il y a toujours une clé quand il y a serrure. La clé : je veux garder mon couple, je veux donc prendre du poids, si ce n'est pas pour moi. Donc, je décide comment et quoi. Et je fais. 

3 kilos à prendre. 

A bientôt pour la suite. Seule ou encore en couple... cela peut paraître révoltant, débile, ou au contraire normal. Le plus important est de comprendre ce que ressent l'autre et tenter de le respecter. 

 
 

28/01/2012

"Quand On Veut, On Peut"

3 mois et demi plus tard. D'un petit retour en clinique. Pour prendre un maximum de poids en un minimum de temps. Afin de me préparer à un retour dans une vie professionnelle. 

3 mois et demi ont passé et j'ai bien repris le travail. Il y a plus de 2 mois à présent. J'ai eu un entretien d'embauche. Dans un autre pays. Celui de mon ami avec lequel je veux partager la vie. J'ai obtenu le poste parmi une dizaine d'autres candidats. Un très beau poste, valorisant, dans tous les domaines. On m'a choisi et j'ai choisi d'aller bien, car je veux qu'on puisse enfin compter sur moi. 

3 mois plus tard et je tiens ma revanche sur la vie. Avec l'envie de dire qu'il ne faut jamais perdre espoir. Aussi long soit le tunnel, aussi sombre soit-il, aussi désespérant et éreintant, il faut y croire. La lumière est toujours au bout du tunnel. Mais il faut vouloir aussi la voir. Car si j'ai bien appris quelque chose de ces 8 longues années de rechute, c'est que "si on veut, on peut." Pas vouloir s'en sortir sur le bout des doigts, en le murmurant, en le rêvant. La rémission ne vient pas toute seule. Il faut la vouloir, la désirer dans ses tripes ! Sentir cette volonté nous serrer, nous prendre la gorge. Elle est née chez moi du ras-le-bol de devoir à chaque fois tout recommencer. De voir ma vie s'écrouler à chaque rechute. Devoir tout reconstruire, donner toute son énergie pour émerger et recouler encore et encore. La volonté, je l'ai puisée dans ce que je ne voulais plus. Dans ce que je ne veux pas ! 

Mais il reste du chemin à faire. Je ne parle pas de guérison car je ne suis pas guérie. Je gère ma maladie. C'est tout mais essentiel pour vivre le plus normalement possible. Quand je perds un peu de poids, c'est toujours le résultat d'un peu de laxisme ou d'une grosse dose de stress que je ne compense pas. Je mets alors, toujours péniblement, les bouchées doubles et je récupère en grande partie les centaines de grammes perdus. 

Les difficultés et blocages sont encore nombreux. Les contraintes liées aux collations existent toujours si on veut suivre strictement la discipline. Concrètement, être invitée chez des gens est toujours difficile. A la fois pour les hôtes qui doivent toujours adapter leur menu à mes goûts et pour moi qui ai peur d'afficher mes difficultés ou mon incapacité à manger un plat. Varier les plats est possible mais je reste sagement dans les aliments faciles. Je mange toujours comme si je surveillais ma ligne, de façon automatique. Je ne me rends même pas compte que si j'estime avoir fait un écart, je vais réduire les apports le repas suivant. Partir en vacances, c'est prendre encore le risque de perdre du poids. Et ça pose un problème à mon ami. On a besoin d'air, mais il n'ose pas le prendre avec moi. 

Dans ma relation amoureuse, malheureusement, cela devient difficile pour lui. Il y a beaucoup d'amour entre nous mais mon petit poids lui fait énormément de soucis. Qu'il gère encore pour l'instant. Mais à long terme, il ne peut se projeter avec moi et cette anorexie. Il a eu l'honnêteté de le dire. Et de mon côté je ne me permets plus de rêver du nous. C'est triste mais c'est comme ça. Je peux le comprendre. Ce que l'avenir nous réserve dépend de ma capacité à prendre encore quelques kilos. 

Quand on veut, on peut. Cette phrase m'irritait au plus haut point. Avant. Je répliquais que c'était bien plus compliqué que la simple volonté. Que l'anorexie, c'était comme une drogue dure, la drogue du rien, du moins, du jeûne. Et que dans ce contexte, notre pouvoir était mis à mal. Mais... Quand on a un cancer, on ne décide pas vraiment de l'évolution de la maladie. Notre emprise est limitée. On subit le traitement et on espère qu'on est guéri. Mais l'anorexie. Ce n'est pas une maladie qui condamne. Le psychologique a tout son rôle et sa puissance. Il s'agit d'une volonté contre une autre. Celle de prendre du poids et celle d'en perdre. Il faut choisir le bon côté et le vouloir. Dans ses tripes. Et si on ne trouve pas assez de volonté pour avancer, prendre du poids encore, il faut se retourner et avoir la volonté alors de ne plus rechuter. Ne plus vouloir CA. Et CA, permet aussi d'avancer.

Lentement mais sûrement... 

11/10/2011

Le défi est presque relevé !

6 semaines depuis mon retour en clinique. Ce n'est et ne fut pas une partie de plaisir !

La première semaine fut un vrai cauchemar. Le retour entre ces murs qui jadis m'apaisaient fut éprouvant. Je ne me suis plus du tout sentie comme "à la maison" ! Je n'étais plus "comme un poisson dans l'eau". Je n'avais qu'une seule envie : prendre mes jambes à mon cou ! Rentrer à la maison et poursuivre ma vie dehors. Que faisais-je ici, entourée de toutes ces patientes dont le visage et le corps étaient marqués par la souffrance, la maigreur, le désespoir, l'apathie ? Je ne me reconnais plus en elles, alors qu'il y a moins d'une année, cette clinique était mon refuge à moi aussi. Revenir dans un autre contexte fut déstabilisant. Auparavant, j'étais à chaque fois hospitalisée dans un état grave, résignée, n'ayant plus la force de me battre. Mais cette fois-ci, je suis revenue alors que j'allais bien. Et cela a fait toute la différence. Ce fut un choc. Au-dessus duquel je réussis à passer.

Dès la deuxième semaine, le poids a fini par augmenter. Après les " 4 jours que je m'empiffre", j'ai persévéré et cela a donné ses fruits. 

Il a fallu quelques réajustements de menu avant de trouver la formule gagnante mais surtout, il m'a fallu prendre sur moi pour accepter de manger des aliments et des quantités qui relevaient de la science-fiction il y a quelques semaines encore ! Ainsi, le cap des 2000 kcal par jour a été franchi puis dépassé tous les jours. A ma grande frayeur au début. Je pensais prendre 1 kilo par semaine avec ça. Mais non. Au contraire. J'ai eu une perte de poids surprise de 500 grammes sans avoir rabaissé quoique ce soit. L'évidence était de taille : il fallait encore augmenter le bilan total. L'horreur. 2200 kcal ? Pardon ? Vous êtes fous ou quoi ? De la science-fiction, je vous dis. Mais qui est une réalité que j'accepte à présent.

6 semaines plus tard, j'y suis presque arrivée à ces +2 kilos. 

J'ai aussi eu droit à un brainstorming plus qu'enrichissant. Initialement, si je suis revenue, c'était parce que j'étais poussée par mon ami. N'arrivant pas à prendre du poids à la maison depuis 5 mois, il fallait que ça bouge. Pour lui mais pour moi aussi. Ma vie était en stand by. 

J'étais révoltée de devoir subir cette 10ème hospitalisation "à cause de lui", de son stress liée à l'anorexie. Mais progressivement, j'ai réussi à m'approprier ce séjour pour mon bien-être à moi. Au final, j'ai pris ces 2 petits kilos, pour moi, pour ma santé, parce que je veux me sentir encore mieux, parce que je veux revivre normalement. M'offrir une plus belle vie. Parce que je la mérite après ces 8 années de galère. Je suis remontée à bloc. J'ai repris confiance en moi. Je suis prête à affronter la vie et reprendre mon travail !

Dans quelques jours, je vais dire ADIEU à cette clinique, à ce personnel soignant qui fut pour moi comme une deuxième famille. Je n'ai plus l'intention de revenir. Je sens que c'est terminé, que je vais voler de mes propres ailes.

Je suis très lucide. L'anorexie est toujours là, tapie dans un coin, mais je la contrôle désormais. Je ne suis plus sa marionnette !