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31/03/2010

Fin de l'Hospitalisation. J+157

Je suis sortie de la clinique au terme de presque 5 mois. Ce fut long mais je me retire avec de nouvelles armes pour poursuivre le combat dehors, dans la vie de tous les jours. J'ai eu du mal à faire mes bagages, à quitter cet endroit que je connais si bien depuis 2003. C'est que j'y ai passé plus de la moitié de ma vie depuis le début de l'anorexie. C'est comme si je me sentais à la maison. Je suis habituée au mode de vie, en communauté, au système des repas, aux ateliers d'ergothérapie, et au personnel surtout.

Quelles sont ces armes ? Peut-être serviront-elles à quelques-unes d'entre vous qui me lisez régulièrement, ou pour une proche qui souffrirait du même mal. Un mal profond, dans les tripes, dans la peau, dans la tête. Une sorte de drogue dure dont on ne sort pas sans avoir puisé du courage, de la volonté mais pas que cela, sinon ce serait trop facile ! On aura avant tout repris ESPOIR et confiance en l'avenir. A force de retomber, on s'essouffle et on devient pessimiste. En ce qui me concerne, ce pessimisme, cette méfiance envers moi-même, m'aident à ne plus tomber si facilement dans le panneau et je commence seulement à prendre cette maladie aussi sérieusement qu'elle le mérite et l'impose.

J'ai repéré les dangers qui amènent à rater un repas normal : la colère, l'angoisse, la sensation de ne pas être écoutée, la tristesse. Ne plus somatiser les sentiments dans la nourriture. Les vivre en les exprimant autrement, en parlant, en écrivant, en se détournant de soi. Ne pas prévoir de manger à une heure assez précise laisse la porte ouverte aux autres activités qui font passer le temps du repas.

Ne plus accepter l'infantilisation que provoque cette maladie : le besoin de se sentir sécurisée, fuir les responsabilités de la vie et du travail, chercher de la protection, attirer quelque part l'attention sur soi. Je peux obtenir tout cela sans être malade et maigre ! Reprendre sa vie en mains, dans mes propres mains, non plus dans celles de la famille, du partenaire ou du personnel de clinique. Ma petite phrase : JE NE SUIS PLUS D'ACCORD AVEC çA, cette façon de mener ma vie au ralenti, me chercher des excuses.

Il y a bien d'autres choses plus importantes que le poids. Ne plus me peser. Non pas pour jouer à l'autruche mais pour sortir du cercle : je prends du poids, stop attention ! Je peux en prendre, je ne veux pas le savoir, je ne veux plus contrôler tout ce que je mange, je veux penser à autre chose qu'à mon repas et son contenu. Je ne veux pas en perdre non plus : c'est une certitude.

Aussi, depuis 6 jours, depuis ma sortie, j'ai repris mes trois repas par jour avec une collation par ci par là. On verra. Je me sens bien. Mon corps ne me tire pas la sonnette d'alarme. Ca roule...

17:29 Publié dans Le Point | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2010

Se Faire Violence Pour Etre Mieux

page18_33.jpgIl y a quelques jours, j'ai enfin bien voulu admettre que j'avais besoin d'aide, que je n'y arrivais pas toute seule. Mon poids ne monte pas et je ne peux manger plus que ce que je fais actuellement.

Au début de ma maladie, mon médecin utilisait la manière "forte", c'est-à-dire avoir un contrat de poids, ne pouvoir sortir qu'après avoir atteint la moitié du contrat et accepter des compléments alimentaires. Cette méthode n'a pas marché avec moi. A l'époque, j'étais encore fort dans la maladie. Je faisais tout pour tricher et si cette forme de gavage devenait trop pénible, j'avais appris à me faire vomir. On ne pouvait donc pas m'aider à m'en sortir puisque je ne "jouais" pas le jeu.

5 ans après... Je vois mon médecin avant-hier et lui dit s'il ne s'est jamais remis en question par rapport à la méthode à employer avec moi. Je gère depuis lors mes hospitalisations et ce que je veux bien avaler. Mais l'échec est cuisant et, entrant dans le désespoir de ce petit poids, je me devais de lui dire que cette méthode à la dure pourrait marcher avec moi car je ne veux plus, ne peux plus, vivre comme ça à minima. J'ai changé. Et il fut surpris de ma demande. Je lui ai dit que j'étais étonnée qu'il n'ait pas pensé à me suggérer cela plus tôt. J'ai été jusqu'à me faire placer un port-à-cath pour prendre du poids, cela montrait quand même bien ma volonté, mon refus de rester maigre !

Nous avons réfléchi et avant de quitter la clinique, dans une semaine, je vais faire un papier posant ce que je suis prête à faire et à subir pour m'en sortir. Si une prochaine hospitalisation serait encore nécessaire. Mon médecin et moi signerons cette convention.

ON NE SORT PAS DE CETTE MALADIE SANS SE FAIRE VIOLENCE POUR ALLER BIEN. Quel paradoxe !

14/03/2010

J+146

J'arrive lentement à mon cinquième mois de clinique. J'ai déjà vécu beaucoup plus long. Ma première hospitalisation a duré 12 mois et c'est moi en plus qui avais signé une décharge.

Le petit poids qui roulait bien vers le haut a subitement redescendu dans les combles. Il y a 4 jours encore, je prenais 400 grammes puis plouf ! Plongeon. Un plat sur le ventre qui fait mal. Une belle gifle ! Et vous savez quoi ?

Habituellement, quand on est dans le sens de l'anorexie, prendre du poids nous rend parfois triste car on a l'impression d'abandonner une amie, malveillante évidemment mais nous ne la percevons pas de la sorte. Chez moi, le monde commence à tourner à l'envers : perdre un demi kilo m'a rendu si triste que j'avais l'impression de quitter ma guérison, de perdre quelque chose de précieux. Si j'ai fait quelque chose pour perdre du poids ? Non, j'ai mangé du mieux que je peux mais cela n'a pas suffit. Cela ne suffit pas encore ! Alors que j'ai l'impression de manger sans cesse.

Une nouvelle semaine va commencer. J'ai repris les armes. Mener encore et toujours le même combat !