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27/04/2010

Le Point ou Le Poing ?

Faire le point. Alors que je dors à poings fermés. Et que j'ai jeté la balance aux oubliettes. Je ne veux plus me peser. Voir ces chiffres en permanence, monter et descendre. Avec toujours le même résultat : l'angoisse vers le bas, l'angoisse vers le haut. Comment faire le point alors sans le chiffre ? Il faut bien se baser sur quelque chose... mais sur quoi ?

Presque 7 ans que je suis tombée dans la maladie. De multiples hospitalisations et de contrôles de tension, de glycémies, de poids. Je peux dire que je connais mon corps par coeur. Je n'ai donc plus besoin de repères et de chiffres. Je peux dire aujourd'hui que j'ai perdu du poids depuis ma sortie de clinique, il y a un peu plus d'un mois à présent. Je n'avais pas pris grand chose et j'ai perdu ce petit quelque chose. Je le sens dans mes vêtements. Je le vois dans le miroir. Je le sens physiquement : je sens une fatigue très particulière qui surgit toujours aux mêmes moments de la journée. J'ai moins de chutes de tension quand je me lève, par contre. Et je parviens à améliorer mes records sur 4 kilomètres quand je fais mon jogging deux fois par semaine. Le corps a des ressources insoupçonnées. Une belle machine. Mais qui s'use et vieillit. Ca, je le sens aussi. Et...

Je le respecte. Je vis à mon rythme. Je suis en congé maladie. Je ne travaille pas. Alors que je rêve de le reprendre. Je ne veux plus me lancer dans les tranchées en sachant que je ne tiendrai pas bien longtemps. Je mûris, je m'assagis, je deviens raisonnable. Mais je ne donnerai jamais raison à l'anorexie ! Elle reste mon combat. Un combat de tous les jours. Avec des jours sans et des jours avec. Je me bats pour renverser la tendance. Aller vers le haut. Monter. Escalader la paroi tous les jours. Car chaque pas est une petite victoire. Celle de la persévérance.

19:18 Publié dans Le Point | Lien permanent | Commentaires (0)

14/04/2010

Cuisiner

medium_33_pics_59633.jpgCuisiner peut être difficile pour certaines d'entre nous, voire impossible, pour de nombreuses raisons qui nous sont propres. Mais il est assez courant de voir une personne souffrant de TCA prendre du plaisir à cuisiner pour les autres, sans vraiment toucher à ce qu'elle a préparé. Un peu paradoxal, allez-vous penser. Oui. Si vous prenez un livre qui traite de la problématique, le tableau "général" mentionne souvent cette caractéristique.

Pour ma part, cuisiner fut un problème, auparavant. Il m'était impossible de manger ce que j'avais préparé. Les odeurs finissaient par me dégoûter. Et l'appétit retombait. Et même, le problème commençait déjà avant de s'y mettre, dans le supermarché. Je n'arrivais jamais à me décider de ce que j'allais manger, soit parce que c'était trop riche, soit parce que je n'avais pas d'envie particulière. Cela finissait par m'agacer de tourner en rond dans le magasin. Ainsi, je repartais le sac vide mais surtout plein de ras-le-bol !

Il y a eu progrès avec le temps. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer ! Quand bien même l'anorexie parle encore, je peux la faire taire pour certaines choses, comme la cuisine. Je n'ai plus de problème pour prendre poêle et casserole, pour m'armer d'ustensiles et réajuster des saveurs. Ce que je cuisine est assez basique, sans sauce. Une source de protéines, que je poêle à l'huile d'olive, une portion de légumes et de féculents. Je suis capable de préparer des plats plus raffinés mais je ne prends pas souvent le temps, et je n'en ai pas vraiment envie non plus. Je n'aime pas cuisiner à vrai dire, mais je peux faire un effort ou donner une touche d'originalité, pour l'homme que j'aime.

06/04/2010

? Interrogation ?

Je me suis souvent posée une question en clinique en voyant arriver certaines adolescentes ou adultes. Comment peut-on laisser un proche atteindre un état de maigreur aussi prononcé ? Pourquoi ne pas avoir réagi plus tôt ?

Oui, la maigreur peut être cachée. J'ai usé et use encore de mes vêtements pour camoufler mon absence de rondeurs. Mes pantalons ont une taille de trop. Mes pulls ne sont pas moulants. Mais quand vient les douces températures, je suis bien obligée de libérer au moins mes avant-bras et mon cou pour être à l'aise et ne pas faire de malaise de chaleur.

La maigreur peut donc être cachée mais jusqu'à un certain point. Le visage trahit vite le manque de poids. Les tempes et les joues se creusent, les clavicules sont plus saillantes. On ne peut donc pas donner uniquement cette excuse.

Une autre serait évidemment le DENI total du problème d'anorexie par la patiente et même sa famille. Il n'est pas toujours évident d'accepter en tant que mère et père que sa fille va mal et souffre d'une maladie mentale. Surtout quand l'apparence doit rester de mise aux yeux de l'entourage. Voir son enfant ou sa partenaire souffrir de ce terrible mal peut bouleverser au point de rester sans voix parfois ou se sentir impuissant par manque d'informations. Mais ce sera généralement la personne anorexique elle-même qui déniera tout problème de poids. Durant mon dernier séjour, une jeune femme de 21 ans hurlait parce qu'elle ne voulait plus manger. Elle était convaincue que manger n'était pas nécessaire pour vivre. Elle se disait "bien comme ça", alors que son état était angoissant à voir. A la maison, l'entourage pourrait facilement céder à l'anorexie parce que cela crée des disputes, des tensions, des chantages parfois de suicides ou autres, de sorte que l'on perd un temps précieux pour réagir.

Attendre aussi. Se dire que cela va passer, qu'elle va se ressaisir. Mais je peux vous dire que la plupart du temps, quand on descend dans le poids et qu'on ne mange plus grand chose, on est prise dans la spirale infernale de l'anorexie et il est pratiquement impossible de réagir.

J'ai posé ma question quelques fois à ces patiente si maigres, plus maigres que moi, visiblement. L'une m'a répondu que ses parents s'en foutaient qu'elle soit vivante ou pas, ayant subi l'inceste depuis toute petite. Elle a fini par faire un arrêt cardiaque à 26 kilos ! Et elle a survécu, heureusement ! Une autre était consciente qu'elle était très bas mais elle avait trop relativisé. Mais surtout, elle était tenue par des besoins financiers. Elle faisait un petit boulot de serveuse et arrivait à peine à tenir le mois avec son salaire. Comment voulez-vous vous soigner quand on a le couteau sous la gorge ? Une dernière, plus jeune, m'a dit qu'elle faisait du chantage à ses parents, ce qui les faisait taire.

Pour ma part, je me suis fixée une limite de poids en-dessous de laquelle je dois envisager un traitement plus radical. Cette limite est certainement déjà trop basse, ne le nions pas, mais elle est "réaliste" vu mon parcours ces 6 dernières années.