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30/05/2010

Les Obsessions. Les Ruminations.

J'avais écrit un article en mai 2009 concernant les ruminations dans les troubles alimentaires. J'ai décidé de le réécrire de façon à le rendre plus juste et tenter de décrire plus en détails le calvaire dans lequel sont plongées certaines patientes.

Des obsessions... L'esprit est accaparé sans relâches.

Des ruminations... Penser et repenser sans cesse.

Dans les troubles alimentaires, on passe quasi toutes par une phase d'obsessions liées à la nourriture. Le fait de s'en priver induit la faim mais on est dans le contrôle. On développe des astuces pour ne pas céder. Ca passe ou ça craque. On va alors chercher à manger tout ce qui est pauvre en calories. On se tourne vers les fruits et les légumes riches en eau. Cela va même jusqu'à peser les aliments mangés pour pouvoir calculer exactement combien de calories sont ingérées. Peser et calculer rassurent. Partiellement. Faussement. Cela donne l'illusion de tout contrôler. Certaines aiment cuisiner pour les autres. Elles les font manger à leur place. Tout cela nous donne l'impression d'être forte, alors que la plupart des gens, eux, essaient de maigrir. C'est si facile pour nous.

Que l'on ait mangé ou pas, on peut ruminer pendant des heures, à repenser combien de calories on a ingérées dans la journée. On refait les calculs de calories en fonction de grammes que l'on recompte. Ce qui crée des angoisses et/ou de la culpabilité. On se dit qu'on va resserrer la vis pour absorber moins au prochain "repas". Et on rumine. Ces idées ne nous quittent pas.

On souffre aussi souvent d'obsessions alimentaires. On a faim. Manger ou ne pas manger ? Si on mange, que prendre ? Combien de grammes je vais m'octroyer ? Combien de calories vais-je manger aujourd'hui ? Comment les répartir ? A quelle heure ? Tout est planifié à l'avance. Tout doit être respecté scrupuleusement sous peine de se sentir mal psychologiquement. Les obsessions peuvent se loger dans les chiffres de la balance également. Se peser tous les jours. Plusieurs fois par jour même. Compter les grammes qui rentrent et ceux qui sortent. Que ce soit du liquide ou du solide. Se peser avant de boire. Se peser à nouveau après avoir uriné. Vous rendez vous compte du cauchemar ? Nous sommes habitués à boire une tasse de thé ou de café sans se poser de questions. Pour ces filles ou femmes, si elles boivent deux décilitres, elles prennent deux cents grammes sur la balance. Et bien, ceci peut être intolérable voire insupportable. Non seulement tout ce qu'elle mange est calculé, mais aussi tout ce qu'elles boivent doit être éliminé. Atteindre le chiffre le plus bas. Le soulagement dans le négatif, l'angoisse dans le positif. Et en fonction du poids du matin, si on a pris ne fut-ce que 100 grammes, il faut restreindre les apports du lendemain, car le but est de perdre du poids. Perdre. Encore et encore...

Certaines d'entre nous souffrent énormément de cela ! Plus moyen de se défaire des grammes, des calories, de la balance, des calculs.

Spirale infernale.

Cercle vicieux.

Véritable calvaire.

A se taper la tête contre les murs ! A vouloir jeter la balance par la fenêtre ! A hurler tellement tout accapare !

C'est vraiment MON ESPRIT, MA PRISON !

Chacune de nous est différente. Chacune dans sa souffrance, dans ses habitudes, dans sa prison.

Pour ma part, je n'ai heureusement pas vécu ce carcan de chiffres qui serre et pince. La balance a eu son importance. Les calories ont eu une place mais il s'agissait plutôt d'un aperçu global pour se situer et se rassurer évidemment. Pas de véritables obsessions. Je vis plutôt les ruminations. Je repense quelques fois à ce que j'ai mangé puis j'arrive à chasser cela de ma tête pour me concentrer sur d'autres activités. Mais j'ai été très souvent interpellée par cette souffrance que je voyais et entendais autour de moi. Cela doit être terrible. Et cela doit paraître incompréhensible vu de l'extérieur. Voire même de la folie. Mais elles ne sont pas folles. Elles souffrent. Elles ont le mal de vivre.

Même si on a tendance à rejeter l'aide, n'hésitez pas à tendre votre main... Elle sera toujours prise comme du baume au coeur...

Ne vous dites pas : "Ca ne sert à rien". "Elle ne nous écoute pas". N'abandonnez pas, vous !

Car un jour, cette main sera acceptée ! ...

Commentaires

Bonjour,

Je voulais réagir à votre article car j'y retrouve toutes les obsessions qui m'ont envahies durant un peu plus d'une année... J'avais 15 ans, 69 kg. En 3 mois, je me suis retrouvée à 50 et je n'ai pas su m'arrêter. Il fallait descendre coûte que coûte. Je me pesais en 15 et 20 fois par jour, dès que je mangeais ou buvais qqch. Je vérifiais continuellement que mes poignets ne grossissaient pas en rejoignant mon pouce et mon auriculaire (tic que j'ai gardé), je vérifiais que je n'avais pas de graisse sous le menton ou vérifiais que mes cuisses ne se touchaient pas...
Je ne suis descendue "que" jusqu'à 47 kg mais lorsque mon médecin a pressenti le problème, on m'a dit que si j'arrivais à 45, ce serait l'hosto...

Cela fait 10 ans maintenant et je voulais dire que oui, le plus important c'est de tendre la main et d'aider la personne à se rendre compte qu'elle est dans l'anorexie...

La phrase qui moi m'a aidée fut celle de mon psy dont je me souviendrai toujours: "Tu sais, c'est de l'anorexie. Une fille sur 2 ne s'en sort pas et finalement en meurt..."
Ce fut un choc, j'ai beaucoup pleuré mais le message était passé et mois après mois, années après années, j'ai appris à réaccepter mon corps avec quelques kg en plus, à accepter que je n'étais pas faite pour une taille mannequin.

Écrit par : Kamichi | 02/06/2010

Merci Kamichi pour votre témoignage.
Je ne dirais pas que vous avez eu de la chance parce que, même effleurer cette maladie est terrible, mais votre médecin a joué son rôle. Je ne l'ai pas encore écrit sur ce blog mais je suis passée brièvement par l'anorexie dans l'adolescence et je suis remontée parce que mon médecin m'a tenu le même discours...
Ca m'encourage en tout cas de lire qu'on peut s'en sortir. Gardons l'espoir !

Écrit par : chiche | 02/06/2010

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