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31/05/2010

Autre Rubrique : Histoires Anonymes

 

IMG_0353.JPGIl faut pouvoir tirer du positif de nos expériences. Il est intéressant de pouvoir aussi en tirer des leçons. J'ai été hospitalisée 9 fois. Plus précisément, j'y ai passé 48 mois, soit 4 ans de ma vie, sur 7 ans ! Ce n'est guère glorieux. C'est même lourd à porter comme bagage. Mais si je me suis montrée persévérante, si j'ai accepté de passer autant de temps dans cette clinique, c'est parce que j'ai toujours eu la foi et l'espoir de guérir un jour. Je souffre toujours d'anorexie restrictive aujourd'hui et suis sur le qui-vive mais je me soigne chez moi cette fois-ci. Je tente de remonter la pente autrement.

Je crée une autre rubrique pour que ces années passées en clinique ne soient pas inutiles. Si je peux aider, au travers de ce blog, ne fut-ce qu'une personne à s'en sortir, mon combat en vaut la chandelle. Le positif de ces séjours est que j'ai eu l'occasion d'aller à la rencontre de beaucoup de filles, de femmes et de jeunes hommes qui souffraient de troubles alimentaires comme moi. J'ai pu parler énormément. Je me suis montrée à l'écoute de leurs difficultés, pour les comprendre, pour me comprendre. J'ai partagé énormément d'émotions, que ce soient de la tristesse, du désespoir, de l'incompréhension, des peurs, des éclats de joie. J'ai vécu des victoires et des échecs. Nous avons vécu ensemble de longs moments. Et dans ces moments difficiles en clinique, se créent aussi des amitiés. Fortes. Sincères. Inébranlables. D'autres personnes croisent votre route sans avoir échangé des conversations. Tout est question d'affinités, comme partout.

Chacun. Chacune. Adolescent. Adulte. Ils ont tous leur propre histoire et un trouble alimentaire qui s'exprime de multiples façons. J'ai été témoin. J'ai beaucoup observé. J'ai beaucoup parlé. Il va de soi que les prénoms que j'utilise sont faux.

 

30/05/2010

Les Obsessions. Les Ruminations.

J'avais écrit un article en mai 2009 concernant les ruminations dans les troubles alimentaires. J'ai décidé de le réécrire de façon à le rendre plus juste et tenter de décrire plus en détails le calvaire dans lequel sont plongées certaines patientes.

Des obsessions... L'esprit est accaparé sans relâches.

Des ruminations... Penser et repenser sans cesse.

Dans les troubles alimentaires, on passe quasi toutes par une phase d'obsessions liées à la nourriture. Le fait de s'en priver induit la faim mais on est dans le contrôle. On développe des astuces pour ne pas céder. Ca passe ou ça craque. On va alors chercher à manger tout ce qui est pauvre en calories. On se tourne vers les fruits et les légumes riches en eau. Cela va même jusqu'à peser les aliments mangés pour pouvoir calculer exactement combien de calories sont ingérées. Peser et calculer rassurent. Partiellement. Faussement. Cela donne l'illusion de tout contrôler. Certaines aiment cuisiner pour les autres. Elles les font manger à leur place. Tout cela nous donne l'impression d'être forte, alors que la plupart des gens, eux, essaient de maigrir. C'est si facile pour nous.

Que l'on ait mangé ou pas, on peut ruminer pendant des heures, à repenser combien de calories on a ingérées dans la journée. On refait les calculs de calories en fonction de grammes que l'on recompte. Ce qui crée des angoisses et/ou de la culpabilité. On se dit qu'on va resserrer la vis pour absorber moins au prochain "repas". Et on rumine. Ces idées ne nous quittent pas.

On souffre aussi souvent d'obsessions alimentaires. On a faim. Manger ou ne pas manger ? Si on mange, que prendre ? Combien de grammes je vais m'octroyer ? Combien de calories vais-je manger aujourd'hui ? Comment les répartir ? A quelle heure ? Tout est planifié à l'avance. Tout doit être respecté scrupuleusement sous peine de se sentir mal psychologiquement. Les obsessions peuvent se loger dans les chiffres de la balance également. Se peser tous les jours. Plusieurs fois par jour même. Compter les grammes qui rentrent et ceux qui sortent. Que ce soit du liquide ou du solide. Se peser avant de boire. Se peser à nouveau après avoir uriné. Vous rendez vous compte du cauchemar ? Nous sommes habitués à boire une tasse de thé ou de café sans se poser de questions. Pour ces filles ou femmes, si elles boivent deux décilitres, elles prennent deux cents grammes sur la balance. Et bien, ceci peut être intolérable voire insupportable. Non seulement tout ce qu'elle mange est calculé, mais aussi tout ce qu'elles boivent doit être éliminé. Atteindre le chiffre le plus bas. Le soulagement dans le négatif, l'angoisse dans le positif. Et en fonction du poids du matin, si on a pris ne fut-ce que 100 grammes, il faut restreindre les apports du lendemain, car le but est de perdre du poids. Perdre. Encore et encore...

Certaines d'entre nous souffrent énormément de cela ! Plus moyen de se défaire des grammes, des calories, de la balance, des calculs.

Spirale infernale.

Cercle vicieux.

Véritable calvaire.

A se taper la tête contre les murs ! A vouloir jeter la balance par la fenêtre ! A hurler tellement tout accapare !

C'est vraiment MON ESPRIT, MA PRISON !

Chacune de nous est différente. Chacune dans sa souffrance, dans ses habitudes, dans sa prison.

Pour ma part, je n'ai heureusement pas vécu ce carcan de chiffres qui serre et pince. La balance a eu son importance. Les calories ont eu une place mais il s'agissait plutôt d'un aperçu global pour se situer et se rassurer évidemment. Pas de véritables obsessions. Je vis plutôt les ruminations. Je repense quelques fois à ce que j'ai mangé puis j'arrive à chasser cela de ma tête pour me concentrer sur d'autres activités. Mais j'ai été très souvent interpellée par cette souffrance que je voyais et entendais autour de moi. Cela doit être terrible. Et cela doit paraître incompréhensible vu de l'extérieur. Voire même de la folie. Mais elles ne sont pas folles. Elles souffrent. Elles ont le mal de vivre.

Même si on a tendance à rejeter l'aide, n'hésitez pas à tendre votre main... Elle sera toujours prise comme du baume au coeur...

Ne vous dites pas : "Ca ne sert à rien". "Elle ne nous écoute pas". N'abandonnez pas, vous !

Car un jour, cette main sera acceptée ! ...

29/05/2010

Ecouter La Mauvaise Voix

Il y a quelques jours, je discutais avec mon ami. J'étais perdue et plutôt désespérée de constater que me lancer des défis ne suffisait pas pour reprendre du poids, alors que je prends beaucoup sur moi pour les faire.

Même pas un petit kilo pour m'encourager...

Alors, que faire de plus ? Comment aborder mon problème de façon originale ? Qu'est-ce que je ne fais pas ou n'ai-je pas essayé ?

Il me dit alors qu'il avait du mal à saisir comment tout le positif qu'apporterait une guérison ne m'aidait pas à avancer. Et là, c'est bien une pierre d'achoppement délicate qu'il aborde et qui fait en sorte qu'on se sent encore plus nulle puisque tout semble beau et rien ne bouge. C'est un discours qui blesse.

Mais...

Ce n'était pas ce message qu'il voulait me faire passer. Il partait du principe que l'anorexie pensait à ma place par automatisme. Puisque cela fait 7 ans qu'elle m'a attaquée, je lui réponds au doigt et à l'oeil sans m'en rendre compte ou en lui donnant raison à chaque instant. Il conviendrait de renverser la vapeur, de reprendre conscience des paroles qu'elle me lance à tout bout de champs et de commencer à réécouter le MOI écrasé par ELLE. J'ai donc fait le petit exercice.

A chaque repas, c'est vrai. L'anorexie me parle et dicte mes bouchées. Quelques exemples :

"Tu as mangé suffisamment de poulet. Tu ne dois pas prendre le dernier petit morceau. Propose de le donner."

"Tu pourrais passer ta collation de l'après-midi. Tu n'as pas faim. Tu n'en as pas vraiment envie. Ce sera toujours cela de gagné si tu manges plus au repas suivant."

Quand je prends rendez-vous avec mon pote le Forticrème, c'est très dur. J'ai toujours envie de lui poser un lapin. Lisez bien tout ce qu'elle me dit : "Ne mange pas cette crème. Rien qu'en l'ouvrant, tu détestes l'odeur. Ca te rend malade. Et tu n'aimes pas cette crème. Elle est trop pâteuse et sucrée. Elle est super riche en plus. Cela va te faire grossir, surtout avant d'aller te coucher. Et puis, tu la digères difficilement. Elle pèsera sur ton estomac et tu feras des renvois pendant une heure ou deux. Tu ne vas quand même pas t'infliger tout cela ?" Et moi, je me dis à chaque fois, elle a raison. C'est une torture !

Sauf que... J'ai trouvé le moyen de contrer son pouvoir. Ce n'est pas à elle de parler mais à moi ! "Tu veux rester comme ça en sous-poids encore longtemps ?  NON. C'est de cette vie que tu rêves ? NON. Tu n'as pas envie de reprendre le travail que tu aimes tant ? SI. Si tu ne prends pas de poids à la maison, tu veux retourner encore en clinique ? NON. Tu n'as pas envie de pouvoir faire ton sport comme avant ? SI.

Alors ? En parlant tout haut, quand je réfléchis à prendre le complément alimentaire, il n'y a plus d'hésitation. Je le mange ! Et m'engage à refaire l'exercice le lendemain. Et ça marche !

Je terminerai par écrire :

L'ENGAGEMENT NOURRIT LA MOTIVATION. LA MOTIVATION CRÉE L'ÉNERGIE. L'ÉNERGIE GÉNÈRE DES RÉSULTATS.

C'est valable pour tout problème dans la vie.