Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

29/06/2010

J+5

Me voici à ma première confrontation avec le chiffre. Ce fameux chiffre qui me donnait toujours des boutons, qui réveillait mes peurs, qui me donnait des coups de pied au derrière, qui m'arrachait des larmes. J'ai un problème avec le chiffre de la balance. Si vous me suivez depuis un moment, vous le savez.

Pourquoi la peur dans le chiffre plutôt que dans la silhouette ? Parce que le chiffre est le symbole par excellence de dame l'anorexie. S'il monte, ça signifie qu'on s'éloigne de la maladie. Vous allez dire que c'est ce que je cherche puisque je veux guérir. Oui, bien sûr mais c'est un peu plus compliqué que cela. Ca fait peur car j'ai la peur de vivre et de perdre quelque chose, ces fameux bénéfices secondaires. Je ne connais que ça depuis 7 ans. Je dois réapprendre à vivre normalement. Là est la difficulté. J'ai peur d'être à nouveau faillible dans tous les domaines avec un poids normal. L'anorexie me donne l'excuse de ne pas être à la hauteur. Elle est un prétexte. Qui ne doit plus exister ! Mais pour se tirer de ce carcan, de cette sangsue, il faut se faire violence et lâcher prise. Faire confiance au personnel. S'en remettre à eux.

Alors qu'a dit cette fameuse balance ? Elle s'est tue et m'a montré 700 grammes de plus.

Ma première réaction est la peur évidemment. Peur que ça monte trop vite mais je suis encore si bas. Alors je me laisse porter par la vague. Je veux en tout cas vite remonter à mon ancien poids limite. Mais si j'écoute la petite voix en moi, la maladie parle toujours. Elle me rassure en me disant que j’ai le contrôle. Si je veux, je peux maigrir, en vomissant, en allant courir, en zappant des collations, si on enlève les compléments, ou si j’étais hors clinique. Discours que je chasse très vite de mes pensées. Il est hors de question d'appliquer ces tentatives et de cautionner ce discours !!!

Ne pas avoir peur donc. Me laisser faire. Et continuer sur la lancée.

Ceci dit, cela ne m’aurait pas arrangée de devoir intensifier mon programme alimentaire. Je suis déjà au maximum supportable physiquement !

 

28/06/2010

Thierry

Thierry est arrivé en clinique pour un problème d’anorexie. Et oui, cette maladie ne touche pas que les femmes. Il avait 20 ans. C’était un jeune homme brillant, très cultivé et intelligent. Nous avons partagé beaucoup de choses ensemble : des lectures, des débats, des moments d’écriture où l’on faisait des poèmes en duo mais aussi du sport.

Thierry était fort maigre. Ses joues étaient creusées et l’on pouvait deviner au travers de son pull les saillies des os au niveau des épaules.

Les premières semaines furent très difficiles pour lui. Il avait besoin de bouger sans cesse. Cette hyperactivité est fréquente dans cette maladie. Il avait beau manger tout ce qu’on lui donnait, il ne prenait pas de poids. Les sanctions ont commencé à pleuvoir : confinement à l’étage puis dans sa chambre. Mais là, il s’agissait de le protéger des microbes, ses globules blancs étant fort bas. Malgré cela, il faisait sa gym dès qu’il le pouvait. Quand il put ressortir de sa chambre, une semaine après, c’était une libération. Et là, petit à petit, à grands coups de fourchette, de collations et de jus d’orange qu’on lui donnait pour favoriser la prise de poids, son poids décolla enfin.

Il eut une sorte de déclic. Il se mit à manger tout ce qu’on lui donnait, allait manger à l’extérieur des viennoiseries. Sans peur. Il fallait que ça aille vite. Il ne voulait pas manquer son semestre à l’université.

Il prit ainsi 10 kilos en à peine deux mois. Il remplissait ainsi son contrat de poids.

Un jour, je lui demandai qu’est-ce qui l’avait fait basculer dans la vie ? Il me répondit que sa mère était morte un an plus tôt d’une leucémie, qu’il était très lié à elle. Inconsciemment, il a voulu devenir comme sa maman, maigre en fin de vie. Par amour. Par souffrance. Parce que son deuil n’était pas encore fait. Et quand il comprit qu’il ne s’était pas pardonné de ne pas avoir été là au moment de sa mort, il s’infligeait cette anorexie qui avait alors toute sa raison d’être. Une fois reconnue, il la chassa à grandes bouchées.

Je l’ai encore revu quelques mois après sa sortie. Thierry était en forme, avait repris du poids et croquait la vie à pleines dents !

26/06/2010

Menu Type

Vous vous demandez peut-être quel est un menu type proposé en clinique pour nous faire reprendre du poids. Il varie d'une personne à l'autre mais il y a une constante : 3 repas et 3 collations par jour. Pourquoi des collations ? Pour prendre du poids bien évidemment mais aussi parce que la satiété est vite atteinte. Nous ne mangeons pas énormément aux repas. L'estomac ne se réhabitue pas du jour au lendemain à des quantités dites normales. Aussi il est plus facile de fractionner la dose en plusieurs fois.

Actuellement, mon programme est le suivant :

- petit déjeuner : 60 grammes de céréales, 25 cl de lait demi-écrémé, une orange.

- collation 10H30 : Fortimel extra

- repas du midi : 150 grammes de viandes ou poissons, 150 grammes de légumes, 100 grammes de féculents, sauce normale à part.

- 16H : Forticrème + yaourt nature

- souper : deux tranches de pain, garniture (fromage/charcuteries/poulet/poisson), crudités, minarine, 25 g vinaigrette.

- 20H30 : Forticrème + yaourt nature maigre.

Total : environ 2000 kcal.

Contrairement à mes 9 autres hospitalisations, j'accepte les compléments alimentaires. Ils permettent de manger beaucoup de calories dans un petit volume, ce qui est plus facile à supporter physiquement. La crème compte 200 kcal et le lait 300 kcal environ. Par contre, psychologiquement, c'est souvent bien plus dur. Parce que c'est pris directement comme un gavage, une agression du corps et de la maladie qui ferait tout pour manger le moins riche possible. Je suis fière et contente de dire que je mange ces compléments alimentaires sans aucun état d'âme ! Quelle bonheur que cette sérénité retrouvée ! Je prie pour que ça dure. Après 7 ans de galère, un peu de repos de l'esprit est bienvenu !