Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

28/07/2010

Nouvelles de Laura

14image-insolite03-mini.jpgJ'ai parlé de Laura dans un précédent article. Je ne savais pas comment s'était passée la fin de son hospitalisation.

Je l'ai croisée par hasard lorsqu'elle est venue à une consultation. Je n'en croyais pas mes yeux ! Elle a une coupe de cheveux plus féminine. Elle se découvre les bras et s'habille bien mieux. Elle porte son premier soutien-gorge, m'a-t-elle dit, en souriant d'un coin. Son visage est rayonnant. Elle a gagné en confiance en elle et surtout, elle accepte son corps et est en parfaite harmonie avec lui. Le poids n'est plus un problème. Elle est même atteint son BMI 18 et projette d'atteindre le 20.

Elle a finalement passé presque un an et demi en clinique. Elle vit dans un studio qu'elle a aménagé seule. Elle est en très fière. Elle hésite encore au niveau boulot. Elle se cherche. Elle a finalement réussi à se faire des amies. Lorsque je l'avais connue, elle ne parlait quasi pas aux gens. Juste une phrase par ci par là. Le contact avec sa mère est meilleur. Avec son père, ce ne sont toujours que des engueulades qu'elle reçoit. Elle s'en fiche. Elle ne s'estime pas encore à sa juste valeur par contre. Elle s'inquiète beaucoup de ce que les gens pensent d'elle.

Moi, je peux vous dire que ça m'a fait super plaisir de la voir métamorphosée !

Et c'est un signe qu'il faut garder le Foi. On peut s'en sortir de l'anorexie !

 

 

Photo : koreus.com

24/07/2010

Premier Mois

Trentième jour de clinique...

Le mois est arrivé et l'évolution semblait inédite et prometteuse.

Allais-je arriver à franchir les 2 kilos en un mois ?

Mardi, Je n'avais pas du tout envie de monter sur la balance. Pourquoi ? Vous aimez, vous ? Non. Il me semblait bien... Cela m'a mis de mauvaise humeur car je sentais que le chiffre allait monter alors que la maladie espérait l'inverse. J'ai mangé ce qui était prévu sur mon plan alimentaire. Je n'ai pas beaucoup bougé si ce n'est un petit jogging de défoulement. Je n'étais pas nerveuse. Il n'y avait donc aucune raison de perdre du poids. J'en avais pris. 300 grammes. Et c'était mieux ainsi.

J'essaie d'adopter une nouvelle attitude. Je mange ce qui est prévu, sans me poser de questions puis je me dis que j'assumerai le verdict lors du prochain contrôle de poids. Minimiser l'impact des anticipations qui créent des peurs, des blocages, des rejets, et cette mauvaise attitude préventive de se réserver pour ne pas trop prendre. Et on finit par stagner. Comme j'ai pu si bien le faire depuis des années.

En fin de semaine, je me suis fait prendre à mon propre piège. Enfin, il me semble. On avait déjà fait sauter le complément du matin en le remplaçant par un simple yaourt. Et là-dessus, je devais compenser en mangeant mieux mon souper.

En trois jours, des petites détails par ci par là. Remplacer un complément par une crème plus légère, deux fois. Ne pas terminer les deux tranches de pain. Mal gérer des situations de stress. Se dire que cela n'aura aucun impact. Espérer au fond de soi perdre du poids même si j'étais prête à voir le contraire. Je m'étais fait à l'idée d'arriver à ces fameux deux kilos. J'allais être fière de moi...

Jusqu'à ce que...

Je vois s'afficher ce fameux chiffre digital !

Catastrophe pour moi !

Satisfaction pour elle !

Tremblements pour moi et panique qui prend le dessus sur cette maudite maladie. Encore heureux !

Le ton était donné. Je m'en suis voulue.

Je n'ai pas été assez vigilante. Je connais les pièges pourtant et je me laisse tomber dedans. C'est tellement plus facile mais si idiot. Tant d'efforts déjà consentis pour rien. Avec une difficulté qui a pointé dès le verdict : intégrer de nouveaux éléments dans le menu. Monter les calories car manifestement, je suis trop juste. Ca n'a jamais été évident pour moi. Il me faudra quelques jours pour y arriver.

Riposter tout de suite à cette perte de poids. Lui faire un pied de nez. Le soir même, j'ai ENFIN réussi à manger ces deux tranches de pain.

Vous devez penser qu'on se complique vachement la vie. Vous réalisez à quel point manger n'est plus naturel pour nous. Peut-être comprendrez-vous mieux cette maladie qu'est l'anorexie, une torture mentale, comme une drogue. Vous devez être étonnés de savoir qu'il a fallu presque un mois pour arriver à manger deux tranches de pain que vous mangez si facilement sans en ressentir les effets.

"C'est une phobie, un cap psychologique". Ca résume tout.

Un seul kilo dans la poche. Maigre butin...

 

23/07/2010

Marthe. Hommage.

Marthe avait 44 ans. Elle était mère de famille nombreuse. Je parle au passé parce qu'elle s'est éteinte. Nous avons été informé en clinique de son décès. Nous n'avons malheureusement pas eu l'occasion de faire ample connaissance avec elle. Elle n'est restée que quelques jours en clinique avec nous. Elle fut transférée rapidement dans un service de médecine interne.

Cela faisait deux ans qu'elle était tombée dans le piège de l'anorexie. Marthe pesait à l'époque 130 kilos, m'a-t-elle expliqué. Elle a fait régime et n'a plus pu s'arrêter. Elle souffrait en outre d'autres problèmes de santé en parallèle. Quand elle est arrivée, je fus tout de suite interpellée par son mauvais état général. On lui aurait donné bien 20 ans de plus. Elle était très faible. Elle marchait lentement, et arrivait avec peine à s'asseoir. Son visage était creusé, ravagé. Elle avait le teint blême et légèrement ictérique. Elle souffrait beaucoup de douleurs diffuses, sans doute liées à la fonte musculaire prononcée et à un escarre. Souvent, elle restait dans son lit pour manger tellement elle était fatiguée. Mais quand elle était à table, elle refusait souvent de manger un complément alimentaire liquide. Elle n'arrivait quasi plus à avaler. Elle ne voulait plus manger.

Elle me raconta qu'un jour, elle était allée rechercher ses enfants à l'école. Et elle s'est effondrée. Elle n'avait plus de force dans ses jambes. C'est à ce moment qu'elle a accepté d'être soignée. Elle ajouta que si elle était en clinique, c'était uniquement pour ses enfants.

J'ignore le reste...

Peu importe !

Une femme est décédée. Elle avait déjà des problèmes de santé et l'anorexie n'a fait que diminuer son souffle de vie.

Par cet article, je lui rends hommage. On ne devrait pas mourir à cet âge. Je pense à son mari et à ses enfants.

Elle m'a touchée. Il y avait beaucoup de souffrance et de tristesse dans son regard.

Paix sur son âme...

 

Et je me permettrai d'ajouter, sur un ton de colère, que la société critique les gros, les maigres. On les regarde de travers parce qu'ils ne sont pas dans la "norme". Quand on voit quelqu'un de maigre, on l'étiquette très vite d'anorexique. C'est péjoratif. Mais il y a des gens maigres à cause d'autres maladies, comme les cancers, les maladies inflammatoires du tube digestif et j'en passe ! Alors, les obèses, par soucis de santé, ont parfois le courage d'entreprendre un long régime, plein de courage, et on arrive dans la situation de Martha quelque fois. Plus moyen de s'arrêter ! Le corps trinque et lâche...

Qui n'a jamais regardé ces gens aux deux extrêmes d'un oeil compatissant ?