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30/08/2010

L'Emprise De l'Education Alimentaire

De la toute petite enfance à l'âge adulte, on est baigné dans l'éducation que nous donnent nos parents, qui tentent en général de faire au mieux, avec les moyens du bord. Il y avait de l'amour dans ma famille, dissimulée derrière des gestes que je ne voyais pas toujours ou que je n'interprétais pas comme tels. Ma mère était toujours là quand je ne me sentais pas bien mais ne pouvait formuler des mots pour me rassurer. Mon père était souvent à l'étranger pour son travail, donc peu à la maison.

Je peux dire que je n'ai manqué de rien, matériellement parlant.

Par contre...

Mon éducation alimentaire était militaire. Ma mère a toujours fait attention à sa ligne et à celle de la famille. Petite déjà, je ne pouvais avoir qu'un bonbon par jour. Ce qui est peu quand je me comparais aux autres. Mais c'était comme ça. Ma mère cuisinait toujours très diététique, à l'huile d'olive, sans crème ou hyper light. Les quantités pour quatre étaient petites. Elle ne faisait pas souvent de féculents pour le repas chaud. Il m' arrivait d'avoir encore faim après le repas. Si je voulais un dessert, c'était un fruit ou un yaourt. Ma mère préparait aussi le petit déjeuner, un bol de céréales et un jus d'orange frais. Je me resservais parfois dans son dos car j'avais encore un creux mais j'avais honte. Le midi, des tartines. Deux tranches maximum pour moi. Peu de garniture dessus. J'avais peu de liberté pour le goûter. Un biscuit sec, ou une tartine au fromage blanc ou une demi viennoiserie. A cette époque, je faisais en plus de l'athlétisme de compétition. Je n'avais pas besoin d'être en régime !

Depuis que je suis en clinique, je fais la part de choses entre l'éducation de ma mère, l'anorexie et moi. Au fait, de quoi ai-je envie ? Je ne sais pas...

Boire du coca, manger des frites, prendre de la glace, grignoter, cela ne sert à rien, disait-elle. Il faut laisser l'appétit à table. Pourquoi donc prendre un dessert rien que pour le plaisir puisque je n'avais plus faim ?

Cette notion de plaisir est culpabilisante. Avoir envie de quelque chose n'existe presque plus. La gourmandise, c'est mal. Prendre du poids, c'est mal. Elle ne manque pas un jour à dire quelque chose à mon père au sujet de sa surcharge pondérale ! C'est comme ça que j'ai été éduquée et, malgré le fait que je sais que tout cela ne m'appartient pas, j'ai du mal à quitter ma loyauté envers elle. Je répète maintes fois ses gestes au fil des années.

Exemple : la mie de pain fait des boules, donc je l'enlève et ne mange que les croûtes. Je le fais aussi. Toujours laisser quelque chose dans l'assiette. C'est ce que je fais aussi. Elle n'aime pas devoir manger un plat avec de la crème au resto. Je tente aussi de l'éviter. Mettre très peu de garniture sur le pain. Je la copie. Tout cela est automatique chez moi.

Je suis oppressée, torturée et dans son contrôle, à elle. Elle ne s'en rend pas compte, ceci dit. Et je ne la blâme pas. Qui me dit que je pourrais faire mieux ? On fait souvent de son mieux pour élever ses enfants.

Bref, le chantier est vaste pour séparer ses habitudes et créer les miennes.

Mais au moins maintenant, j'ai les bonnes lunettes !

Je vois clair...

Mais suis encore éblouie...

26/08/2010

Ma première hospitalisation

Je me souviens de ma première hospitalisation comme si c'était hier. Je me vois arrivée avec une petite valise. Une infirmière vient me chercher et me montre ma chambre puis j'attends. On m'appelle pour des examens physiques. Et quand vient l'heure du repas, je refuse de sortir de la chambre. Je suis terrifiée à l'idée de me trouver dans une clinique psychiatrique, moi qui n'avais jamais eu de défaillance. On m'autorise à rester en chambre pour cette fois.

Je vois la psychologue et la première chose que je lui dis, c'est que je suis sous le choc... de me trouver ici. Je ne pensais pas que l'anorexie pouvait me mener, moi, ici. J'étais persuadée que j'allais m'en sortir en quelques semaines, qu'il me fallait surtout du repos pour remanger convenablement. Un leurre... Il y avait un blocage dans ma tête. Pas question de me nourrir à nouveau ! Mais que se passe-t-il donc ?

Mon poids chute encore tandis que je tente de me réalimenter à coups de fourchette. Ma prise de sang devient catastrophique : anémie grave, neutropénie, protéines sanguines dans les lattes, je suis vraiment dénutrie, comme une personne âgée. Transfert en médecine interne pour transfusion et gastroscopie.

L'évolution devient alors très lente. Tous mes soucis du passé, des traumatismes vécus plus jeune, que je pensais maîtriser dans un fond de ma mémoire, ressortaient et m'écorchaient vive ! Le travail était titanesque !!!

Je me suis découverte à la fois dessinatrice, peintre, écrivain. Je me suis mise à lire tout le temps pour me cultiver. Je développais tout un côté de moi, refoulé par mon métier plus rationnel et scientifique. C'est le côté positif :)

J'ai signé une décharge après un an. J'avais atteint la moitié de mon contrat de poids et voulais tenter ma chance à nouveau dans mon travail. Je n'en pouvais plus de cette vie en clinique. Mais quand j'ai passé le pas de la porte, je savais au fond de moi, que mon problème était loin d'être résolu. Trop de ruminations. Des vomissements fréquents. Manger n'était plus naturel. Tout était calculé. Je contrôlais tout. J'avais le pouvoir sur ma vie, la part alimentaire. Quant au reste, il n'y avait plus de contrôle du tout, ce qui renforce l'anorexie. La reprise de mon boulot fut une catastrophe. Je craquai 3 semaines plus tard devant quelques personnes, dans une situation d'urgence impossible à réaliser seule. Je le sais maintenant avec le recul. N'empêche. Je me sentais honteuse, nulle et me disais que plus jamais je ne remettrai les pieds dans mon métier.

Ce qui n'est pas arrivé...

25/08/2010

A Quoi Pense-t-on Devant Une Prise De Poids Inattendue ?

A quoi pensons-nous devant une prise de poids inattendue ?

La plupart du temps, quand il ne s'agit que de 200-300 grammes, ça passe. On avale. On progresse lentement. Ca nous laisse le temps de se faire à l'idée du nouveau poids.

Mais quand la balance monte bien plus haut ? Je parle ici de plus de 500 grammes ?

Tout dépend de l'état d'esprit dans lequel on se trouve. Parfois, ça remonte le moral parce qu'il y avait stagnation et efforts non récompensés. Mais, comme en ce qui me concerne hier, j'ai eu du mal à me voir passer au chiffre supérieur. Alors que se passe-t-il dans la tête ? Une sidération d'abord. Puis un désarroi. Une incompréhension débile. Il n'y a rien à comprendre puisque je mange en conséquence. Puis la crise de larmes pour larguer la pression et les peurs. Peur de monter trop vite. Tristesse comme si je perdais une amie. Une impuissance. Mais surtout, le positif, ne plus avoir l'énergie de contrôler pour perdre ce poids. Je devrai de toute façon y passer. Rien ne sert à reculer. C'est perdre son temps. Puis la journée passe. Le nouveau chiffre s'installe et on se calme. On y pense moins. Et au bout du compte, on retrouve sérénité et fierté de soi-même...

Quelle torture, n'est-ce-pas pour quelques malheureuses centaines de grammes ?

J'espère que ça aidera les gens à nous comprendre...