Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

29/09/2010

Une Journée Type En Clinique

 

IMG_0167.jpgMais comment arrivons-nous à tenir nerveusement en clinique pendant des mois ? Me demandait un lecteur.

En règle générale, quand on est hospitalisé, on est toujours pressé de sortir au plus vite, parfois contre l'avis du médecin qui vous conseille de rester encore un jour ou deux. Mais ici...

Ici... C'est différent. On sait dès le départ qu'on part en croisade, pour un long séjour. On a une bataille à livrer. Des forces à reprendre. Surmonter des difficultés majeures. On doit manger.

Alors, comment composer avec le temps pour qu'il passe plus vite ? Il faut se tenir occupé. Tenter de l'être. Sinon, on tourne en rond et c'est déprimant. Le vide devant. L'ennui. L'attente. Insupportable, pour moi.

Dans la clinique, il y a un centre d'ergothérapie. Un espace d'ateliers divers. Cela va de la peinture et sculpture, écriture, théâtre et improvisation, musique, un atelier polyvalent, un programme de sports pour ceux et celles qui peuvent, photographie, potager, reliure et un local informatique. Des activités sont programmées tous les jours de la semaine. Ceux qui peuvent sortir, iront se promener. D'autres recevront des visites. Il y a un salon TV. Bref, il y a de quoi s'occuper, se distraire, entrer dans le monde artistique, se perdre dans la création, mettre les soucis entre parenthèses. Encore faut-il avoir envie de faire quelque chose car rien n'est obligatoire. Il y a des jours sans force où entrer dans un local est difficile. Il y a des jours prospères qui passent à toute allure et qui apportent satisfaction. Créer est gratifiant. Sortir, c'est l'évasion.

IMG_0175.JPGEntre tout cela, il y a nos rendez-vous avec notre psychiatre, la psychologue, la kiné, notre infirmière de référence. Mais surtout, je n'allais pas l'oublier, on a rendez-vous 6 fois par jour avec Dame Nourriture. En gros, on mange toutes les 2h30 environ. Et cela prend du temps aussi.

A 23h, extinction des feux...

 

 

 

Créations personnelles. Reproduction au pastel de Spilliaert

26/09/2010

3 Mois

images.jpegTrois mois... Trois kilos.

Toujours à 3 kilos ? Oui. Ce n'était pas le cas il y a deux semaines ? Oui. J'ai joué au yoyo entretemps. J'avais tout donné et me suis effondrée ensuite, épuisée psychiquement. Je n'usais pas de la bonne méthode, manifestement.

Je suis passée aux efforts constants, plus petits mais plus fréquents. Et ça marche. J'ai rattrapé le poids maximum atteint auparavant. Et je suis sereine. Je reste tranquille. Mon objectif est de nouveau bien clair. Et je n'y échapperai pas. L'anorexie n'a plus sa place. Elle bat dans le vide. Elle se fatigue pour rien.

Rester dans sa bulle. Voilà bien une vérité dont il faut prendre conscience. Je n'avais jamais imaginé à quel point cela influence la quantité mangée à table. Si j'exhorte quelqu'un, je me détourne de mon assiette et de mon objectif et suis le mouvement. Fini de manger. Poubelle. A part que je n'avais pas terminé ! Si je participe à une conversation, je mange plus lentement. A nouveau, mon attention ne se met pas dans le repas. Et quand je vois que je suis une des dernières à table, je clôture alors que je n'avais pas terminé non plus ! Par contre, si je me contente que d'écouter, je suis concentrée sur mon assiette et je livre là le combat en poussant chaque fois un peu plus.

En somme, la distraction est une ennemie.

22/09/2010

Les Rituels

L'anorexie s'accompagne très généralement de rituels, à la fois dans la façon de manger mais aussi dans le temps.

Certaines sont fortement déstabilisées quand elles ne mangent pas à l'heure prévue. Elles s'énervent intérieurement, elles râlent, "toujours en retard", elles projettent leur retard et se disent qu'elles ne seront pas prêtes pour le prochain rendez-vous. Des anticipations incessantes qui usent. D'autres s'autorisent de manger dans une fourchette de temps étroite. Genre le dîner entre 12h30 et 14h. Au-delà, cela devient dur voire impossible. Elles craignent de ne pouvoir assurer la collation suivante et préfèrent s'abstenir.

Pour ce qui sont des rituels dans la façon de manger, ils sont nombreux et très fréquents. J'en possède quelques uns moi-même mais je peux très bien manger de façon normale si je suis en compagnie de personnes qui ne me sont pas proches. Alors que voit-on ? De tout.

Tremper le pain dans le thé pour le ramollir et le manger. Découper une tranche de pain en petits bouts, sans garniture. Sélectionner les pétales de céréales. Couper la pomme en fines tranches. Diluer les yaourts et les crèmes. Manger les petits bouts de croûte sur le pourtour avant de manger la croûte en entier et terminer par la mie. Découper le pourtour de la viande ou des burgers végétariens pour enlever la graisse de la cuisson. Eponger aussi ce qu'on sert. Ecraser les céréales dans le sachet pour qu'ils soient les plus petits possible. Manger avec des toutes petites cuillères. Manger super lentement, faire durer le repas.

La liste est longue. J'en oublie certainement. Mais ça vous donne une idée. Ce sont des sortes de troubles obsessionnels compulsifs. Quand on est ensemble à table en clinique, tout le monde mange à sa façon et les rituels ont leur place et leur raison d'être. Ayant toutes le même genre de maladie, il n'y a pas de gêne. Dehors, c'est autre chose. Ca peut bloquer ou non la patiente. Imaginez la solitude et la détresse de celles piégées par ces rituels. Il ne leur est possible que de manger seule parce qu'une sorte de honte les habite...