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29/01/2011

Le Dernier Jump

J'entre dans la dernière ligne droite. Quand je faisais de l'athlétisme, les derniers 100 m d'un 400 mètres étaient les plus durs, forcément. Le coeur pompe au maximum. Les muscles des jambes deviennent raides, accumulant l'acide lactique. On est fort essoufflé. Et ce qui fait la différence entre les coureurs est en partie lié au psychologique. La rage de vaincre peut donner des ailes et faire naître en nous des ressources insoupçonnées, de sorte que j'ai pu passer de nombreuses fois en tête sur la ligne d'arrivée.

Si j'emploie cette analogie, c'est parce qu'elle me parle. Il ne me faut plus grand chose pour atteindre le poids final fixé. Le gros travail est fait. Et je dois faire le grand saut, celui qui me mènera à la sortie dans les bras de mon ami. Mais je suis à bout de souffle à cause de tout le temps passé en clinique. Je stagne de nouveau depuis 2 semaines. Il y a de la peur. Je dois puiser l'énergie nécessaire dans mes réserves. Innover... Plutôt que remettre plein de compléments alimentaires. Alors, c'est très facile pour la plupart des gens et même des patientes ici. Les gens aiment manger. Ils ont des envies. Ce n'est pas ça qui manque. Moi, je dois trouver quelque chose que je mangerais en plus sur le côté de mon menu. Grignoter en sorte. Mais quoi ? Idéalement, des petits encas riches en calories qui ne pèsent pas sur l'estomac. Genre un bout de barre chocolatée ou un biscuit. D'abord, je n'en ai pas envie mais c'est une phrase réflexe d'anorexique. Et puis, ça bloque. C'est très dur de mettre en bouche les aliments interdits depuis si longtemps.

Depuis trois jours, je grappille par ci par là des petits bouts que je n'ai pas l'habitude de mettre en bouche. Genre le cake ou le chocolat du café. Un morceau de twix. Du cécémel. Une cuillère de miel dans les céréales. Une bouchée de couque suisse frangipane. Je ne savais même plus si ça existait encore ! Pour vous dire comme l'indifférence est totale quand je passe devant une boulangerie. Et pourtant, les odeurs me plaisent.

Mon ami et moi en avons vraiment marre. Alors, j'essaye de passer outre ces blocages qui m'empêchent d'avancer et retrouver qui sait un plaisir dans ces petits bouts de tout.

24/01/2011

7 mois

J'arrive au septième mois en clinique aujourd'hui. Heureusement, on ne sait jamais à quelle allure l'objectif sera atteint. Car si je l'avais su à l'avance, jamais, au grand jamais, je n'aurais eu la force et le courage de revenir dans ces lieux. Même poussée par la gravité de mon état.

C'est lent mais il se passe quelque chose de grand. La chose qui m'avait toujours manquée : la rage de vaincre. Je ne veux plus jamais ! retourner dans un état de santé lamentable, pitoyable. Je ne réalise que maintenant, que c'était un cauchemar. Lorsqu'on est plongée en plein en son sein, la vue se trouble. La pensée n'est plus juste. La perception est erronée. Il y a une telle habitude à se sentir faible qu'on apprend à vivre avec. Tout tourne au ralenti. Et la vie passe à côté et on ne peut que l'observer et se sentir impuissant. C'est comme si je conduisais ma voiture sur l'autoroute et que je me faisais dépasser à toute allure par le TGV. Il roule trop vite. Inimaginable de penser qu'on pourrait retrouver un jour la même vitesse.

Mais si...

Tout arrive !

Il me reste un dernier saut à faire sur la balance pour atteindre mon objectif. Mon médecin ne cesse de me dire que si j'y arrive, cela relèverait de l'exploit. Eh bien, j'y compte bien !

Et puis, le travail le plus important, qui déterminera tout, est de maintenir le poids à l'extérieur. Chose que je n'ai encore jamais réussi à faire. Mais ce week-end, lorsque j'ai relâché un peu la pression sur la collation du matin, je me suis mise à paniquer. Cela venait de mes tripes ! J'avais une peur atroce. Celle de rechuter, de perdre du poids. Car il est clair que si je suis laxiste, que ce soit sur les trois collations ou trois repas, je maigrirai très vite. Et pour rien au monde, je ne souhaite refaire un pas en arrière. NON NON NON. Alors, j'entame cette semaine, ce 7ème mois, avec une confiance en moi que je n'avais jamais ressentie, celle d'avoir la force de poursuivre le travail à l'extérieur mais surtout, de le faire convenablement.

Pour tout cela, il faut du temps... De la patience. Du courage. De l'endurance.

Et avoir la chance d'être aimée et chérie par un homme qui ne demande rien de plus que mon total épanouissement pour notre bonheur et notre future liberté.

18/01/2011

Les vêtements : XS ou S ?

Lorsque l'on est maigre, on rencontre deux types de personnes. Celles qui se camouflent dans leurs vêtements et celles qui s'exposent en portant des habits moulants.

Je fais partie de celles qui cachent leur corps. Par pudeur, par décence, par mal-être. La maigreur est très moche pour moi. J'imagine que la plupart des personnes qui ne souffrent pas de ce trouble alimentaire trouveraient cela inesthétique. Qui aime voir des bras au bord de la désarticulation, des hanches saillantes, l'absence totale de fesses, un profil qui est plat comme une planche ? Alors, on met des pantalons un peu trop larges, des tee-shirts et des pulls à longues manches, des foulards pour masquer un décolleté qui montre des côtes au lieu d'un peu de chair qui fait le charme de la poitrine de ces dames. On cumule les couches. Et en été, on souffre parfois car on n'ose pas de dévêtir de peur d'effrayer nos proches ou d'attirer le regard des gens dans la rue. Il faut qu'il fasse caniculaire pour que j'ose mettre un tee-shirt à courtes manches ou une jupe. J'en ai mise une l'été passé, en juillet. Face aux 35°, il est difficile de s'emmitoufler mais... quelle malaise !

D'autres se baladent avec des jeans moulants, des dessus légers, même en hiver, qui découvrent leur maigreur. C'est interpellant quand même. Je n'ai jamais pu discuter de la question avec une de ces jeunes femmes mais j'imagine qu'elles trouvent leur maigreur très belle ou qu'elles l'assument en tout cas mieux que moi. Que se passent-ils dans leur tête ?

Enfin, pour ma part, j'ai commencé à me reconstituer une garde-robes plus féminine. Enfin ! Je suis très fière de me sentir plus femme ! Comme on se sent bien dans sa peau ! J'ai donc acheté mes deux premières robes tuniques hier. Ca me va à merveille d'après mes camarades. Mais comme on se sent bizarre quand on n'a plus l'habitude. On a l'impression que tout le monde nous regarde alors que dans la rue, personne ne fait réellement attention ! :-)