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03/04/2011

L'anorexie aime se jouer de nous

L'anorexie est une pauvre gamine quand on lui enlève tous ses jeux. C'est une enfant qui crie par caprice. Elle a tant besoin de se faire entendre. Elle ne supporte pas l'ombre. L'absence de réponse. Elle a besoin d'être au centre du monde, de se sentir importante mais ne supporte pas l'indifférence. Alors, elle se retourne violemment, se lève, siffle dans les oreilles comme le vent. Elle est prête à tout pour nous déloger et enlever le confort de son absence. C'est alors qu'elle devient machiavélique. Elle tente alors de se glisser dans nos pensées pour reprendre le contrôle.

Avant, ça marchait totalement. J'étais sous son emprise tout le temps sans m'en rendre compte. J'étais comme un robot en mode automatique qui répétait tous les jours la même chose : manger les mêmes aliments, les quantités revues progressivement à la baisse. Impossible de se défaire de son carcan. Elle nous cristallise dans des peurs qui sont fausses. Peur de passer dans l'autre extrême, la boulimie. Peur de ne pouvoir arrêter de prendre du poids. Peur de perdre le contrôle de ce qu'on mange, la seule chose qui nous reste, car l'impression de ne plus être maître de nos vies nous ronge. Et on se sent tellement nulle, inutile, dans ce monde, parce qu'on n'arrive pas à la chasser.

On a peur de prendre du poids. Mais ce n'est pas ça le noeud du problème. Ce n'est que l'expression d'un mal-être, un cri désespéré par rapport à notre histoire. On veut bien prendre des kilos mais que perd on en retour ? Quels sont les bénéfices secondaires ? De quoi avons-nous peur ?

Si ça peut éclairer la lanterne de quiconque, j'ai pu identifier LA peur. Ma peur. Actuelle. Pour moi, il est inadmissible de faillir dans mon travail pour des raisons purement psychologiques. Etant maigre, quand je m'écroulais au travail de fatigue, j'avais l'excuse d'être épuisée physiquement. En d'autres mots, être en congé maladie pour dépression uniquement est inimaginable pour moi-même. Alors, la difficulté actuelle est de retrouver la confiance en soi, sa propre estime, qui a été si durement malmenée depuis des années.

Alors, l'anorexie se joue de nous. Elle profite de nos difficultés pour se donner une raison d'exister et nous faire croire qu'on est des êtres supérieurs parce qu'on maîtrise si bien notre poids alors que des tonnes de gens se battent pour faire régime.

Mais...

Je peux voir à présent qu'on fait fausse route si on lui dit "amen" à tout.

Ces longs mois de clinique m'ont permis de me séparer d'elle, de l'identifier dans chacune de mes pensées et de lui tourner le dos. Elle n'est plus en possession de moi mais elle reste juste à côté de moi, à persévérer dans ses discours débiles, du genre : Prends pas ci, prends pas ça. Oui. Non. Allez si. Dès que je sens ce conflit en moi, je me dis tout de suite que c'est elle et comme elle a toujours tort, je me bats pour ne pas l'écouter. Mais c'est un combat de tous les jours...

Etre sans cesse sur ses gardes...

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