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04/06/2011

Insécurité et troubles alimentaires

Voici un autre extrait intéressant issu du site www.anorexie-et-boulimie.fr

Ce sentiment d'insécurité nous habite toutes ! Cet article permet de comprendre ce qui nous fige dans la maladie.

 

 

M. Jean-Michel HUET - Psychanalyste

1. Insécurité, anorexie mentale et boulimie

Le sentiment d'insécurité : Le sentiment d'insécurité est sûrement une des caractéristiques des malades qui souffrent de troubles du comportement alimentaire (TCA), en particulier d’anorexie mentale ou de boulimie. Les malades n’ont pas confiance : elles doutent des autres et d’elles-mêmes et se sentent menacées.

Le sentiment d'insécurité de ces malades s’appuie sur un danger fictif, imaginaire et non réel. Cette menace, confuse, serait liée au fait que le monde, hostile, les juge. 

Définition : De façon générale, le sentiment d'insécurité repose sur la perception d’une peur que la personne ne s’explique pas ou ne contrôle pas. Ce sentiment de peur est en rapport avec une idée de danger, de menace. Cette peur vient, dans les troubles du comportement alimentaire comme ailleurs, d’une intolérance voire d’une aversion au risque ou à ce que l’on croit être un risque. Il n’est pas supportable qu’il y ait un risque. Le sentiment d'insécurité vient aussi d’une résistance au changement. Globalement, on peut identifier plusieurs raisons au sentiment d'insécurité :

  • La peur d’être agressé ou d’être blessé,
  • La peur de mourir,
  • La peur d’être envahi ou jugé par autrui,
  • La peur d'être nié,
  • La peur d’être abandonné,
  • La peur du jugement de l’autre,
  • La peur du changement et du futur.

Tout devrait rester comme « avant », par exemple il faudrait revenir au temps de l’enfance imaginée que les malades se sont construite. Les éléments perçus comme angoissants peuvent varier d'une période à l'autre, mais le sentiment, lui, est constant. Ce sentiment d'insécurité empêche d’avancer, de progresser, d’imaginer même l’avenir. Le futur est vécu comme forcément angoissant : « on ne sait jamais ce qui peut arriver ». 

Ce sentiment d'insécurité, en cas de trouble alimentaire, repose sur une angoisse profonde. Le malade se sent d’autant plus insécure qu’il doute de lui-même. L’anorexie et la pensée anorexique de la personne boulimique sont en fait mises en place pour lutter contre ce sentiment d'insécurité. On peut dire que, tel un dictateur, l’anorexie joue sur ces peurs. Ceci permet à la personne de s'assurer un pouvoir qu’elle n’a plus sur elle-même : le sentiment d’insécurité génère des peurs immotivées que la pensée de maigrir et de « faire régime » combat.

2. Derrière le sentiment d'insécurité, qu’y a-t-il ?

Dans ce sentiment d'insécurité, il y a quelque chose de l’ordre de la peur de l’autre. Ou peut-être seulement le sentiment perpétuel d’être jugé ? La personne sent peser sur elle le poids de ce jugement. C’est ce jugement qui la met en insécurité. Comment se sentir en confiance, serein, alors que tout le monde vous juge ? Dans le travail que l’on fait avec les malades, la question de l’autre doit être au cœur du sujet : l’autre est-il vraiment menaçant, inquiétant en ceci qu’il vous juge obligatoirement ? Il faut apprendre aux malades que, la plupart du temps, l’autre ne vous juge pas : il n’en a peut-être pas tant à faire que ça !

Être jugé n’est pas un drame, seulement le point de vue d’un autre qui est différent du sien. Il faut travailler aussi sur le fait qu’être jugé est une fatalité, mais que personne n’en meure. Il y aura toujours des gens qui vous jugent. C’est vrai, donc il faut apprendre que c’est incontournable mais absolument pas dramatique. Même le Président de la République ne fait pas l’unanimité. Même les puissants, lorsqu’ils sont en faute, sont jugés par les petits. Mais les puissants ont appris à s’en moquer. Ils sont jugés tout le temps, par beaucoup de gens, mais ne s’en préoccupent pas ! Il en est ainsi même des grands sportifs. La plus grande gymnaste du monde, dès qu’elle perd, est jugée : « à sa place, j’aurais fait ceci ou cela ». Elle doit apprendre à ignorer ces propos négatifs.

La malade, sans s’en rendre compte parfois, cherche d’où peut lui venir ce sentiment d'insécurité. Elle pense à un moment donné qu’il y a dans l’alimentation la raison à cette angoisse de choses qui lui échappent. En effet, les médias insistent beaucoup sur l’idée que notre alimentation n’est pas saine, qu’elle représente des risques pour la santé : salmonellose, grippe aviaire, vache folle et, tout récemment, la bactérie « tueuse » des concombres.
De plus, tout le monde sait que l’alimentation véhicule des dangers chroniques bien plus graves : accidents cardiaques et vasculaires cérébraux, cancers, diabète. La mauvaise graisse tue, la graisse tout court tue, les calories finissent par tuer, à force de vous rendre obèses. Rien de sécurisant dans notre alimentation : trop de choix, trop d’offres et en trop grosse quantité. Les malades en puissance se disent que ce n’est pas sain, toute cette alimentation. Nous ne serions pas en sécurité face à ces aliments qui véhiculent une dangerosité cachée : il faudrait reprendre le contrôle de ce que nous mangeons.

Il y a là un vieux principe conversationniste : rien de meilleur que le lait de la vache de mon voisin, rien de plus sûr que la bonne santé de l’agneau de mon cousin. En revanche, les multinationales, elles, sont susceptibles de nous empoisonner, avec leurs aliments qui viennent de nulle part. En fait, les multinationales de l’agroalimentaire sont soumises à des contrôles bien plus fréquents et bien plus approfondis que ceux qui sont faits chez les éleveurs et les cultivateurs ayant de petites exploitations.

Ce principe conversationniste est en fait en rapport avec notre angoisse face au changement. Les malades qui souffrent d’anorexie mentale ou de boulimie ont cette pensée obsédante en tête : rien de mieux que ce qui ne change pas. Cette pensée leur donne envie de retourner au monde de l’enfance, aux peluches, à l’« innocence ». « Dans ce temps là », il y avait du bonheur : les choses étaient claires, bien quadrillées entre le CM2 avec ses devoirs bien notés, l’instituteur attentif à vous faire progresser et les devoirs à faire chez soi, la chambre bien rangée et les compliments des parents pour vos très bonnes notes ! Le monde des adultes est bien différent : rien n’y est sûr et ce n’est pas parce qu’on y est perfectionniste au travail qu’on obtient un CDI justement. Vous ne comptez plus guère, seule l’entreprise a de l’importance.

C’est ce sentiment d'insécurité qui pousse les malades à rester dans leur chambre plutôt qu’à sortir avec leurs copains ou copines. 

C’est ce sentiment d'insécurité qui amènent les malades à rester dans leur chambre d’hôpital, plutôt qu’à se confronter à la vraie vie. Si on arrive si facilement à les enfermer, à leur proposer un « contrat de poids avec isolement », c’est parce qu’elles (ils) se sentent bien entre les 4 murs du service hospitalier.

C’est ce sentiment d'insécurité qui conduit bien des malades à restreidre le champ de ce qu’elles (ils) mangent : plus les malades se sentent en insécurité et plus ils écartent d’aliments : « ça me rassure » disent-ils de manger toujours la même chose.
C’est ce sentiment d'insécurité qui fait que l’imprévu leur fait peur, au lieu d’être accueilli avec joie.

3. Prise en charge

3.1. La peur d'être agressé ou blessé

La malade qui souffre d’anorexie ou de boulimie a peur que son intégrité soit menacée. N’est-il pas alors curieux qu’elle (il) y attente justement : rien de plus dangereux que l’anorexie qui s’attaque aux muscles, à l’os et qui délabre le corps entier. Il n’y a pas de sécurité dans un corps qui souffre de trouble alimentaire, quand on vomit plusieurs fois par jour et où le trouble alimentaire vous met dans un état de grande faiblesse, de grande fragilité. Au point que bien des gens pourraient avoir envie de l’agresser.

3.2. La peur de mourir

Cette peur n’est pas absente des pensées des malades, alors même que l’anorexie la rapproche à grands pas. Guérir, c’est devenir adulte, trouver la richesse de ce monde où tout finit, mais où chaque chose, par sa vie même, se multiplie et perdure. La fleur est éphémère : est-ce une raison pour ne pas vouloir de fleurs ?

3.3. La peur d’être envahi ou jugé par autrui

Rien n’est plus subtil. Une pensée sous-marine qui vous envahit, vous saisit d’effroi. « Je serai jugée, si je me bats contre mon anorexie et que j’échoue ». Répondons aux malades que, justement : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire » (Corneille, « Le Cid »). Il faut leur dire aussi que, si l’on se bat, on a des chances de gagner, alors que, si on ne se bat pas, on n’a qu’une certitude : celle de perdre. On peut leur rappeler qu’on en est tous au même point, que cette peur de perdre fait partie de l’âme humaine et qu’elle n’est pas un signe de faiblesse. Enfin, il faut leur dire qu’en général, ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais bien parce que nous n’osons pas qu’elles deviennent difficiles (Sénèque) ! Cette citation doit faire réfléchir nos malades sur leur manière d’agir, de vivre, et même de penser : c’est la « pensée négative » qu’il faut combattre. Pourquoi dire que tel but est inaccessible ? Pourquoi ne pas profiter de chaque instant de la vie, pourquoi ne pas viser des buts à court terme, faciles, pour atteindre ensuite d’autres objectifs, plus lointains ? Il faut oser tout de suite, ça fait gagner du temps. Il ne faut pas se poser toutes ces questions qui n’ont pas de réponses. Ne jamais se dire que l’on n’est pas assez fort, compétent, intelligent, doué pour réussir quelque chose. Allons au bout des choses, avec optimisme.

3.4. La peur d’être nié

Si je m’en vais, on m’oublie. Mais la vie témoigne toujours du contraire. L’absence rend l’amour plus fort, le sentiment plus aigu. Pour s’aimer, il faut se quitter (au moins chaque jour pour aller travailler !). Seules l’anorexie et la boulimie vous nie.

3.5. La peur d’être abandonné

Paradoxe encore que ces maladies où l’on a peur d’être abandonnée et où la maladie vous isole de plus en plus, et vous pousse à vous éloigner des autres. Il faut au contraire se rapprocher des autres, leur montrer qu’on existe, qu’on se bat, qu’on croit en quelques choses pour aller de l’avant.

3.6. La peur du jugement de l’autre

Nous ne sommes pas tant jugés que ça : seuls les puissants le sont. Ceux qui nous aiment sont souvent sensibles à nos émotions à nos doutes. Quand une personne nous dit « tu devrais faire ceci », elle ne nous juge pas, elle nous conseille. Elle a le droit d’être d’un autre avis que le notre sans pour autant que l’on doute de son affection.

3.7. La peur du changement et du futur

Nous ne sommes pas menacés par le futur. Le futur, l’inconnu sont aussi la richesse d’une vie. La joie d’une rencontre inopinée, d’une amie qu’on n’avait pas vue depuis longtemps, d’un travail qu’on n’attendait pas. Il faut redire ici une vérité de La Palice : « une bouteille à moitié vide est aussi une bouteille à moitié pleine » ! C’est l’angle de vue qui change tout simplement, mais c’est crucial. Il faut apprendre aux malades à répliquer, quand leur cerveau l eur dit qu’on ne peut rien attendre de bon de l’avenir, « mais c’est l’anorexie, la boulimie qui te fait dire ça. En fait, il reste tant de choses à vivre ! »

4. Conclusion

Pour conclure, je dirais que le sentiment d’insécurité est une pensée erronée. C’est un point de vue qui s’avère, avec l’expérience, faux. Il ne faut pas s’arrêter sur ce sentiment qui nous pourrit la vie. Il vaut bien mieux se « mettre en danger et faire face à l’inconnu », car il en reste toujours quelque chose de positif à vivre sa vie, ne serait-ce que le combat qui a été mené !

 

28/04/2011

La culpabilité des parents

Je suis tombée sur un article qui répond bien mieux que moi à cette question fondamentale :

Pourquoi la culpabilité des parents n’a jamais aidé une anorexique ou une boulimique à s’en sortir ?

Dans pratiquement tous les courriers des parents de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA), il y a l’expression d’un sentiment de culpabilité, ce sentiment un peu nauséeux d’avoir fait « ce qu’il ne fallait pas faire », qui appelle punition / réprimande / reproche / … un quelque chose qui permettrait aussi de mettre du sens sur une maladie incompréhensible qui confronte tellement les parents et les malades à leur propre impuissance. La boulimique le sait bien qui ne peut s’empêcher de se remplir de nourriture dès que l’angoisse devient trop forte ; les parents des personnes souffrant de TCA qui voit leur enfant se gâcher la vie, si ce n’est la détruire, ne peuvent qu’acter leur impuissance.  Même l’anorexique qui prétend vivre sans se nourrir touche du doigt les limites de sa volonté quand elle décide d’accepter de se nourrir et qu’elle n’y arrive pas.
C’est dire si avec les TCA on est d’emblée au cœur des questions de toute puissance/ impuissance et par voie de conséquence, de responsabilité et de culpabilité.

Quand on se sent tellement démuni, tellement impuissant à remédier à une situation qui apparaît comme intolérable, peut être au fond est il moins pénible de se dire que c’est parce qu’on y est pour quelque chose mais qu’on ne sait pas ce qu’est ce « quelque chose » et que si on le savait, tout irait mieux. Et nous voilà tous partis à la recherche d’un hypothétique pourquoi, d’une cause identifiée qui allégerait l’angoisse, qui donnerait un chat à fouetter, un bouc émissaire à chasser. Au pays des troubles du comportement alimentaire, plus facile à porter est l’ignorance que l’impuissance, non ?

Et bien non ! la culpabilité pour masquer son impuissance ne sert qu’à empêcher tout le monde d’être à sa place. C’est le moment où chacun commence à prendre en charge le malaise de l’autre au nom d’une faute inconsciente pour mieux éviter sa propre souffrance, sa propre impuissance.  Se sentir coupable de ce qu’on est impuissant à changer … ça ne peut emmener bien loin !

Mais ayant dit cela, on n’a rien dit ! car ce n’est pas par un acte de volonté que l’on peut chasser la culpabilité. La question est pour chacun dans l’entourage des personnes atteintes de TCA d’identifier sa juste place, celle où il / elle peut agir, où il / elle ne prend en charge que ce qui lui appartient, celle où il / elle n’envahit pas l’espace de l’autre. Car, rappelons le, le TCA traduit souvent non seulement chez la personne qui en souffre une difficulté à s’aimer, ou en tous cas à s’estimer telle qu’elle est, mais aussi une difficulté à être elle même, à exister en dehors du regard de l’autre, à identifier et à exprimer ses propres désirs pour elle même et non en obéissance ou en réaction au regard de l’autre. S’il y a une cause à chercher à son malaise, seule la personne souffrant a les moyens de la faire. Tout le travail de guérison de ces personnes va passer par l’abandon d’une certaine image d’elles mêmes (idéale ou au contraire très dévalorisée au regard de cet idéal) pour cheminer vers plus d’authenticité. Au cours de ce cheminement, l’attitude de l’entourage sera déterminante :
- pour redonner à la personne malade la responsabilité de sa vie (un parent ou un ami perdu dans sa culpabilité est aussi d’une certaine façon un parent qui dénie à l’autre la possibilité de prendre sa vie en charge) ;
- pour lui renvoyer une image authentique (positive ou négative), mais généreuse : un parent qui se sent coupable attend toujours au fond de lui une punition ou une absolution, ce qui le rend peu ou moins disponible pour écouter vraiment son enfant; il va chercher en permanence des preuves de ce qu’il a bien fait ou mal fait, être tenté de se justifier et oublier d’écouter ce que l’enfant dit de lui, ce qu’il explore ;
- pour l’aider enfin à s’accepter tel qu’il est : un parent ou un proche qui se reproche de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir été coupable de … négligence / abandon / insuffisance /… (cocher la bonne case), entretient vis à vis de l’anorexique ou de la boulimique l’idée qu’on doit être parfait, infaillible et sans reproche. Accepter sereinement l’idée que tout n’est pas parfait dans la vie et qu’on ne maîtrise pas tout, accepter qu’on peut faire de son mieux et ne pas obtenir ce qu’on imaginait (un enfant en bonne santé, heureux, autonome …), accepter que faire de son mieux n’est parfois pas suffisant  … est souvent précisément ce que l’anorexique ou la boulimique ne peut faire. Faire ce travail à ses côtés peut lui être extrêmement bénéfique.

Abandonner la culpabilité c’est faire ce travail d’acceptation difficile et souvent révoltant pour l’entourage mais dont la personne souffrant de TCA a tant besoin ; parce qu’au fond c’est peut être la plus grande preuve d’amour que l’on puisse donner à un autre être humain : accepter qu’on ne peut faire le chemin à sa place, accepter que c’est sa vie dont il est question et que lui seul peut en disposer, accepter qu’il ne soit pas comme « je veux » mais comme il veut (désagréable, absent, malade, faible, destructeur  …), lui donner le droit d’explorer toutes les facettes de son existence, même les plus ingrates.

C’est une attitude intérieure qui n’empêche ni de prendre soin de la santé physiologique d’un proche, ni de dire son inconfort, sa souffrance, son mécontentement ou sa colère. Bien au contraire, c’est l’authenticité indéfectible et assumée de l’entourage qui permet à la personne malade de trouver la force de sa propre authenticité. Et quand elle commence à sentir ce qui est « vrai » en elle …. le bout du tunnel n’est plus très loin.

24/04/2011

Le "Séquentiel"

Un mois après ma sortie de clinique, je suis allée revoir en consultation mon psychiatre pour faire le point de la situation.

Mon poids a un peu chuté et je lutte encore aujourd'hui pour le récupérer. J'ai joué avec le feu et je paie encore les pots cassés. J'ai parlé à mon médecin des révolutions intérieures, des choses que j'ai mises en place pour reprendre du poids. Maintenant, lui et moi, nous attendons le résultat concret sur la balance. On peut dire tout ce qu'on veut, tant que le poids ne remonte pas, ça signifie que mes efforts sont insuffisants. C'est mathématique.

Il m'a alors parlé du séquentiel. Il s'agit d'une nouvelle façon d'aborder l'anorexie. Et il m'a bien mise en garde. Déjà, il ne veut plus me récupérer dans un état lamentable, avec un petit poids. Il m'a prévenu qu'il n'était plus question de longues hospitalisations comme jadis. Dernièrement, j'ai mis 8 mois pour prendre 6.5 kilos. Sans parler des précédentes... j'ai passé bien plus de la moitié de ma vie en clinique depuis 2003 !!! Mais quelle bonne idée, me suis-je dit, alors qu'il pensait que j'allais sauter au plafond ! Etre en clinique coupe du monde extérieur. On vit en parallèle de la société et quand il convient de reprendre son travail, c'est d'autant plus dur qu'on est resté longtemps en incapacité de travail. Je me suis d'ailleurs fait la réflexion qu'il aurait pu agir de la sorte bien plus tôt ! Mince alors !

En somme, il me propose de revenir en clinique à la demande, pour des courts séjours prédéfinis à l'avance. Maximum 4 semaines. Mais à UNE seule mais grande CONDITION : je ne peux pas descendre sous x kilos. Je suis à moins d'un kilo de cette limite... Si je descends en-dessous du poids fixé, il ne me reprend plus en clinique ! On peut continuer à se voir en consultation mais je devrai me débrouiller. Il m'a donc dit de faire bien attention. Il s'agit de bien réfléchir et d'être honnête avec soi-même. Ecouter ma voix et non celle de la maladie. Si je sens que je suis en difficulté, que je n'arrive pas à reprendre le poids perdu, seule, il ne faut pas attendre. Il faut anticiper !

Alors, j'ai des raisons de croire que je ne suis pas, déjà, au stade d'avoir besoin du coup de main des pros de la santé. Ma dernière pesée fut positive et la tendance s'inverse. Je reste rigoureuse et disciplinée dans mes trois repas et trois collations. Ce que je mangerais en clinique pour prendre du poids, je suis en train de le reproduire à la maison. J'y arrive enfin. Enfin presque... et c'est ce "presque" qui doit me maintenir en état d'alerte.

La valeur ajoutée de la clinique ? Comment se fait-il qu'en clinique, je peux prendre du poids plus facilement que dehors ? C'est une question qu'on se pose souvent. Eh bien, la clinique joue le rôle de cocon. Elle nous donne un sentiment de sécurité. Elle apaise les peurs qui paralysent, qui entretiennent et nourrissent la maladie. Elle permet donc de nous libérer un peu, ce qui favorise le lâcher prise et la prise de poids. 3 ou 4 semaines suffisent pour reprendre 1 ou 2 kilos.

Ce qui est bien dans le séquentiel, c'est cette responsabilité qu'on nous met entre les mains. L'anorexie est infantilisante, elle nous enlève la confiance en soi et le degré d'appréciation de la gravité de la situation. Eh bien ici, il faut réfléchir comme une adulte. On ne joue plus... et certainement plus avec sa santé !