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26/10/2009

L'Entourage à Table

Une des lectrices de ce blog a soulevé une problématique importante et je la remercie.

A table ! Oui, mais avec Qui ?

Pour la plupart des gens, passer à table est un vrai plaisir. Elle offre un espace de convivialité, de partage. C'est l'occasion d'éveiller les papilles, de goûter, d'apprécier les mets et de combler l'appétit. Il est évident que le repas sera moins apprécié si l'on est mal accompagné. Ne vous êtes-vous jamais disputé à table avec votre partenaire, votre famille ou des amis ? Le repas n'est-il pas gâché en partie quand les paroles étaient amères ? Bien sûr que si. Il n'y a pas que le plat qui compte mais aussi l'ambiance dans lequel il est pris.

La problématique que je vais aborder est rencontrée fréquemment chez les personnes atteintes d'anorexie. Je ne vais pas parler de l'appréciation du repas mais plutôt de l'importance de l'entourage et de l'impact qu'il peut revêtir sur son déroulement. En cela, nous sommes chacune différentes mais il y a plusieurs possibilités.

Lorsque la personne est en clinique, les repas sont partagés généralement tous ensemble. Le danger vient du regard qu'elle va poser sur l'assiette de ses voisines, également restrictives. Je reviens ici sur la notion de "compétition" écrite dans un article différent. Elle aura besoin de voir qu'elle contrôle plus ses apports que les autres, qu'elle est plus "forte" qu'elles et va donc réduire son repas en conséquence. Dans cette situation, manger avec les autres patientes a un effet plutôt néfaste.

Parfois, la situation est bien plus simple. Que sa voisine mange bien ou mal, cela n'aura aucune influence sur elle.

Autre cas de figure. Elle mange à côté d'une patiente qui est motivée, qui a dépassé la phase de blocage. Et bien, cela peut l'encourager à dépasser ses limites et atténuer la peur de manger. L'effet est plutôt bénéfique. Ou l'inverse. Elle est motivée, ne change rien malgré la voisine qui mange peu, mais elle peut développer un sentiment de culpabilité ou rencontrer une difficulté, en ce sens qu'elle doit faire un travail supplémentaire pour accepter qu'elle a réussi son repas avec les conséquences éventuelles sur la future pesée.

Enfin, en-dehors de la clinique, le rapport de l'entourage avec la nourriture est normal et la personne anorexique doit se fondre dans la masse. Que ce soit au travail, avec des amis ou en famille, elle peut rencontrer des difficultés. Celles-ci vont l'amener soit : - à s'isoler car le regard des autres est insupportable ou des commentaires malvenus fusent, - à manger ensemble car elle assume sa particularité, - à faire bonne figure au repas avec le risque de soit aller se faire vomir car le repas est intolérable, soit de se renfermer sur soi si elle ne le fait pas, accaparée par la sensation de satiété ou l'impression d'avoir trop mangé.

Bref, il semble parfois ne pas y avoir de solution idéale. Le tout est, je pense, de varier les situations pour ne pas s'enfermer dans un de ces schémas. Nous sommes chacune particulière et il faut tenter de faire au mieux avec l'entourage. Il n'y a aucune règle, aucune loi. Cette maladie est extrêmement complexe.

Pour ma part enfin, je suis arrivée au stade où j'assume ma particularité. Elle n'est pas toujours visible, dans le sens où je peux manger comme tout le monde, mais parfois on constate que je mange peu. Et alors ?

21/10/2009

Pauvre Estime De Soi

 

299425716.jpgNous n'avons pas beaucoup d'estime pour nous-mêmes. Il est très fréquent de nous entendre dire qu'on est nulles, qu'on est des ratées, qu'on ne vaut rien, qu'on ne mérite rien, qu'on est inutiles. Que notre vie est un vrai désastre ! Et comme il s'agit d'une maladie classée "psychologique", c'est encore pire. On a peur d'être prises pour des folles. Nous ne le sommes pas, nous souffrons et nous sommes lucides.

Je souffre beaucoup de ce sentiment. Tous les jours, ces phrases me viennent en tête et m'obsèdent. Je regarde alors mon parcours professionnel et je vois cette fracture dans mon CV en 2003. Tout était parfait, toute ma formation se passait dans les temps, avec mention, jusqu'à ce que je fasse ce fameux burn-out qui a induit cette anorexie qui continue à me pourrir l'existence. Je vis cela comme un échec personnel. Tout mon amour propre en prend un coup. Je ne cesse de penser à ce regard que mes collègues pourraient avoir de moi et à la hiérarchie qui se trouve au-dessus de moi. J'ai toujours l'impression d'avoir une épée de Damoklès au-dessus de la tête, qu'un jour, on me poussera dehors définitivement, en me disant que je ne serai jamais apte à terminer ma formation.

On perd confiance en soi. On se compare et on se voit derrière tout le monde. On a l'impression qu'on ne finira jamais nos études.

Il est inutile de dire que les jeunes filles atteintes de troubles du comportement alimentaire redoublent fréquemment leur année en secondaire, si pas une fois, deux ou trois fois. Etre en clinique suppose de ne plus pouvoir suivre les cours. Certaines reçoivent cependant des cours particuliers et des notes de cours et passent quand même leurs examens, parfois brillamment, mais c'est loin d'être le cas pour toutes. Certaines atteintes d'anorexie sévère avec multiples rechutes n'obtiennent pas leur diplôme de secondaire et débutent leur vie d'adulte avec ce boulet.

Pour celles comme moi qui sont tombées malades après leur diplôme universitaire, le parcours professionnel est chaotique, entaché de nombreuses interruptions. Vous penserez peut-être que j'ai de la vaine comparée aux plus jeunes, mais ce n'est pas le cas. Car la voie que j'ai choisie entre encore dans un cadre académique. J'ai besoin d'un deuxième diplôme qui lui tarde... tarde... l'obtiendrais-je un jour ? Aujourd'hui, je me dis "jamais". Demain, je dirai "peut-être" ou "certainement". Je sais au fond de moi que j'ai toutes les capacités intellectuelles pour réussir, que j'ai l'esprit vif et compétent, que j'ai des qualités humaines que d'autres n'ont pas car je suis passée au travers d'un tas de souffrances qui m'amène à mieux comprendre autrui et à montrer plus de compassion et d'empathie. Mais le jour où je postulerai pour un poste, on regardera mon fameux CV d'abord et il est clair que je passerai après un autre candidat.

La société vit dans le monde des apparences et c'est bien cela qui attise cette misérable perception de soi-même.

 

16/10/2009

La Compétition

Les personnes qui souffrent de troubles du comportement alimentaire, plus particulièrement d'anorexie restrictive, se comparent souvent entre elles. Ceci est plus marqué chez les adolescentes. Elles ont plus besoin d'être "reconnues" dans leur maladie. En clinique, quand vous errez dans les couloirs ou les ateliers, il est fréquent de tomber sur des conversations tournant autour des calories, du poids ou du BMI (body mass index).

Il est toujours fort tentant de demander à l'autre combien elle pèse, histoire de se comparer, de se rassurer aussi, en se disant : "Si elle pèse autant et que je la trouve maigre, c'est que moi aussi je suis bien maigre". Je vous parlais dans l'article précédent de cette impression de se voir toujours grosse. Plus loin que cela, quand elles parlent de leur poids, celle qui est au plus bas, est enviée. Oui, enviée. Il y a une odeur de jalousie. Et certaines se mettent même à refaire la diète car elles savent qu'il y a moyen de perdre encore plus de poids ! En clinique, elles sont évidemment surveillées à table mais dès qu'elles quittent le local, certaines se font vomir, pour ne pas prendre de poids.

Parler calories est un sujet épineux aussi. Vous connaissez le site PRO ANNA où elles s'encouragent les unes les autres pour maigrir, pour annoncer qu'elles ne mangent que 100 ou 200 calories par jour. Elles échangent des astuces pour ne pas plier à la faim. Elles plaident pour un mode de vie. En clinique, les questions qui fusent entre elles est souvent : "A combien de calories es-tu par jour ?". A nouveau un besoin de comparer le contenu du menu cette fois. Et enfin, après chaque pesée, toujours ce besoin de savoir si l'autre a pris ou perdu du poids. " Tu pèses combien maintenant ?" En rassemblant toutes ces petites informations sur l'autre, elles se comparent, se rassurent ou parfois s'angoissent.

Un jour, une jeune fille de 15 ans me demanda mon poids. Par principe, je ne le dis pas car cela ne sert à rien et cela évite des débordements. N'ayant pas eu de réponse, elle finit par me dire quand même qu'elle aurait voulu être aussi maigre que moi ?!