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02/05/2009

Week-End

 

671729022.jpgEncore une semaine de passée ! Il y a des jours où tout semble fonctionner au ralenti. Les heures deviennent des jours. L'aiguille de l'horloge traîne. Mais en fin de semaine, on réalise que les jours ont défilé à une de ces vitesses ! Et vous regardez en arrière le jour de votre admission et quelle horreur ! Des mois se sont déjà écoulés. Des mois de batailles avec soi-même ! Et je peux vous dire que c'est éreintant à souhait !

En clinique, quand vous avez atteint la moitié du contrat de poids ou si vous avez l'autorisation tout court de votre médecin, il vous est permis de sortir en week-end, comme ils disent. Il s'agit de tenter d'appliquer les habitudes alimentaires et la discipline dehors, chez soi. Faire des essais en quelque sorte, pour préparer notre propre prise en charge à l'extérieur ultérieurement.

Le week-end est là. Il m'attend. Jusqu'à présent, il y a perte de poids à chaque fois. Je veux viser plus haut cette fois. A force de faire deux pas en avant puis trois pas en arrière, ce n'est guère encourageant.

Le lundi, on fait le point du week-end avec le médecin. "Comment expliquez-vous votre perte de poids ?". En général, on sait au fond de soi pourquoi la balance a penché négativement mais c'est pas toujours facile à admettre. On a fait des efforts qui sont suffisants pour nous mais manifestement pas pour l'organisme. "J'ai peut-être mangé une tranche de pain en moins, passer la collation du matin car j'ai déjeuné plus tard. Oui, j'ai préféré dormir plutôt que de mettre le réveil." Avec tous ces petits manquements, ça fait la différence sur la balance. Et là, on a souvent la sensation de ne jamais pouvoir y arriver. Mais il arrive parfois le contraire et c'est aussi déstabilisant. On prend du poids alors qu'on a sciemment zappé un repas ou/et une collation. Et là, c'est alors la maladie qui s'exprime. On prend peur car on n'a pas pu "contrôler" le poids. Et il n'y a rien de pire dans notre maladie !

Une nouvelle semaine commence. Un nouveau cycle. Un nouvel essai, avec au bout un prochain week-end.

 

Article revu le 17/6/2010

20/04/2009

L'hyperactivité

Bouger.

Gym !

Marcher...

Courir !

Abdominaux...

Pompages !

Dans la chambre même ou dans le jardin. Tourner en rond. S'abrutir pour évacuer toutes les tensions. Pour certaines femmes atteintes d'un trouble du comportement alimentaire, réapprendre à manger et l'accepter ne se feront pas sans peine.

La peine peut être énorme. C'est se battre avec SOI. C'est faire face à un mur immense, une montagne à grimper, que notre esprit a petit à petit créé. Cela génère peur, angoisses, refus, fuite, pleurs. Alors il faut se dépenser ! N'importe comment ! Etre mise au repos est une véritable torture pour certaines d'entre nous.

Lors de ma première hospitalisation en 2003, je ne comprenais pas ce qui m'arrivait. Plus moyen de manger. Un refus catégorique. Une menace de mise en observation. Tout doucement, j'ai accepté le minimum de calories mais pas sans peine. Je me déchaînais dans ma chambre particulière à faire des abdos, des pompages, et de la course sur place.

Oui, courir sans avancer. Une heure par jour au moins. Puis, le poids a fini par décoller après deux mois et les repas devenaient de plus en plus riches. J'avais trouvé une façon d'accepter toutes ces calories : faire du sport. Accepter de prendre du poids en se disant que ce n'était que du muscle. Je me suis infligée avec le temps une première blessure : fracture de stress au pied. Oui, je courais pieds nus pour ne pas faire de bruit ! Et un choc de stress dans mon esprit. Mon corps me prive de mouvements ! Dès que je fus de nouveau sur pieds, si je puis dire, ma dépense physique quotidienne consistait à plus de deux heures de marche rapide, une heure de jogging, une après-midi d'escalade, et une heure de badminton par semaine !

835574499.jpgBouger.

Se dépenser.

C'est comme une drogue. C'est une façon de contrer le régime prescrit. Arriver à une balance. Mais... Cela épuise psychologiquement également. A la fin, ce n'était plus un plaisir mais un devoir, lourd, si lourd.

Nous passons presque tous et toutes par cette phase. Que ce soit marcher dans le couloir toute la journée, courir dans la chambre ou dehors dès la moindre heure de sortie, tourner dans le jardin ou faire les escaliers. On est prête à tout parfois pour briser l'ordre de repos. C'est dur à comprendre pour les proches. Comment pouvons-nous être si actives alors que nous sommes toutes maigres ? Question d'entêtement, de volonté et d'aide hormonale interne dégagée par la sous-alimentation.

5 ans plus tard. Cette hyperactivité n'existe plus. Le seul exercice que je m'octroie est un jogging, deux fois par semaine. J'ai grandi en faisant de l'athlétisme. Courir est un vrai plaisir mais avec parcimonie.

Mais je ne peux m'empêcher de les regarder ces femmes. Je sais quelle souffrance et difficultés elles sont en train de traverser.

SE DEPENSER SOULAGE L'ESPRIT.

 

Article revu le 26/5/2010

17/04/2009

Se réalimenter : RECEVOIR et PRENDRE

Lorsque la perte de poids est assez importante et/ou rapide, que vous avez fréquemment des malaises (hypoglycémies, chutes de tension), que vous êtes fatiguées au point de ne plus pouvoir vivre normalement, l'hospitalisation s'impose. Il s'agit de remettre un cadre autour des repas, chose qu'il est difficile à réaliser chez soi, non pas qu'il y ait manque de volonté mais la maigreur n'aide pas à réfléchir convenablement. Les idées ne sont plus claires. Tout s'embrouille. On ne sait plus très bien ce qui est bon pour soi. Et on mange peu et n'importe comment. Il faut donc sortir de la zone rouge, celle où nous sommes en danger.

Le contexte de la clinique est, dans un premier temps, de "suivre" ce que la diététicienne a mis en place ou "DONNE" et que l'on REçOIT. Plats et collations s'enchaînent. Il est dans un premier temps très difficile de le suivre à la lettre. D'abord physiquement, l'estomac se rétrécit assez vite, tout comme il peut augmenter sa capacité de stockage. La satiété, pour moi, est au début insupportable. Les envies de vomir sont nombreuses. On veut un soulagement immédiat. Mais ce geste est trop facile et est dangereux, non seulement pour la santé, mais aussi par l'automatisme qui devient vite difficile à contrôler. Et puis, psychologiquement, on sait qu'en suivant le régime prescrit, on est censée prendre du poids, ce qui reste difficile car il y a toujours une résistance en soi, la peur de perdre quelque chose en redevant "normale".

Ensuite, lorsque le processus de "recevoir" et accepter est en place et assez solide, le plus grand travail reste à faire : PRENDRE. Il se fait à l'extérieur de la clinique. C'est ici que je me situe actuellement.

Il se fait chez soi...

Il commence dans le supermarché...

Des aller-retours incessants dans les rayons à la recherche d'idées...

N'ayant aucune envie particulière ni gourmandise, je peux passer une heure à tourner en rond !

Insupportable.

Il faut PRENDRE, choisir quelque chose.

Cette corvée étant faite, il faut PRENDRE dans le frigo les plats achetés en vue de les manger. Un os !

Le temps passe à se demander si oui ou non, je vais finir par les manger.

Ouf, ce week-end, j'y suis arrivée !

Et j'ai compris et c'est CAPITAL, que l'on doit réapprendre à manger pour SOI et non uniquement POUR/AVEC l'autre.

Car si c'est l'autre qui vous porte et vous aide, comment manger à midi au travail quand on a eu l'habitude d'être accompagnée ? Votre conjoint n'est pas là pour vous motiver ou vous aider à manger en même temps que lui. Là est un des mécanismes de mes nombreuses rechutes.

Et par ici, je souhaite partager mon expérience, en sachant que chaque personne souffrant d'anorexie est différente.


Article revu et corrigé le 21/5/2010