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18/01/2011

Les vêtements : XS ou S ?

Lorsque l'on est maigre, on rencontre deux types de personnes. Celles qui se camouflent dans leurs vêtements et celles qui s'exposent en portant des habits moulants.

Je fais partie de celles qui cachent leur corps. Par pudeur, par décence, par mal-être. La maigreur est très moche pour moi. J'imagine que la plupart des personnes qui ne souffrent pas de ce trouble alimentaire trouveraient cela inesthétique. Qui aime voir des bras au bord de la désarticulation, des hanches saillantes, l'absence totale de fesses, un profil qui est plat comme une planche ? Alors, on met des pantalons un peu trop larges, des tee-shirts et des pulls à longues manches, des foulards pour masquer un décolleté qui montre des côtes au lieu d'un peu de chair qui fait le charme de la poitrine de ces dames. On cumule les couches. Et en été, on souffre parfois car on n'ose pas de dévêtir de peur d'effrayer nos proches ou d'attirer le regard des gens dans la rue. Il faut qu'il fasse caniculaire pour que j'ose mettre un tee-shirt à courtes manches ou une jupe. J'en ai mise une l'été passé, en juillet. Face aux 35°, il est difficile de s'emmitoufler mais... quelle malaise !

D'autres se baladent avec des jeans moulants, des dessus légers, même en hiver, qui découvrent leur maigreur. C'est interpellant quand même. Je n'ai jamais pu discuter de la question avec une de ces jeunes femmes mais j'imagine qu'elles trouvent leur maigreur très belle ou qu'elles l'assument en tout cas mieux que moi. Que se passent-ils dans leur tête ?

Enfin, pour ma part, j'ai commencé à me reconstituer une garde-robes plus féminine. Enfin ! Je suis très fière de me sentir plus femme ! Comme on se sent bien dans sa peau ! J'ai donc acheté mes deux premières robes tuniques hier. Ca me va à merveille d'après mes camarades. Mais comme on se sent bizarre quand on n'a plus l'habitude. On a l'impression que tout le monde nous regarde alors que dans la rue, personne ne fait réellement attention ! :-)

02/01/2011

Réflexions sur la publicité d'Isabelle Caro

L'article précédant concernait le décès d'Isabelle Caro, ex-mannequin souffrant d'anorexie. Elle fut connue pour avoir posé nue dans une publicité pour réveiller conscience en 2007.

Tout d'abord, je suis attristée par cette nouvelle. Cela m'envoie une onde de choc car, tout comme elle, je souffre des mêmes maux mais surtout, parce qu'elle était en train de combattre courageusement la maladie en remontant son poids à 42 kilos. Ce qui fut certainement très dur et très pénible pour elle. Cela demande une force psychique énorme. Et elle n'aura pas pu profiter de cette liberté qui s'ouvrait petit à petit à elle quand le poids remonte. Que son courage serve d'exemple.

Lorsque cette photo fut publiée en 2007, elle fut sujette à de nombreuses polémiques. Il est évidemment "choquant" de voir le corps décharné de cette jeune femme. Plus de muscles, des saillies osseuses partout, un visage angulaire, des seins tombant, des plis de peau, des hanches saillantes. Je fus choquée moi-même et pourtant il y eut des moments où je n'étais pas loin de cette silhouette.

Mon avis sur la publicité était très mitigé. D'une part, je pense que c'était important de voir à quel point une femme est prête à aller pour être mannequin et le rester. Il s'agit ici d'un sujet qui fut très controversé. Il a permis néanmoins à ce que les normes pour devenir mannequin soient réglementées sur le BMI dans beaucoup de pays. Aussi, je pense que le fait de montrer les dégâts de la maladie permet de prendre conscience qu'elle est dangereuse et mortelle si on laisse aller un proche dans la maigreur. Cela éveille les consciences du commun des mortels. Pour cela, Isabelle Caro l'a fait certainement. Je suis sûre que les parents font plus attention aux régimes de leurs filles, que l'anorexie s'est fait connaître et reconnaître. D'autre part, je trouvais cette publicité fut dangereuse pour toute celles atteintes de la maladie. Il n'y a rien à faire. Les jeunes femmes ne cessent de se comparer aux autres, à se peser, à manger le moins possible. Elles veulent être la plus maigre, atteindre des records dans le bas poids. Certaines qui étaient moins loin qu'Isabelle Caro se seront dites qu'elles pourraient descendre encore. Pour d'autres, cette photo a fait peur. J'en fais partie. Et cela augmente notre conscience du danger potentiel de cette maladie et aide, peut-être, à ne pas se laisser aller.

Alors, pour ou contre ? Il n'y avait pas de réponse à cette question à mes yeux. Ce serait un long débat.

Le fait est qu'elle nous a quittés, que c'est triste et que ça soulève de nombreuses questions.

21/10/2010

Les Vomissements Provoqués. Purgatifs.

Dans les troubles du comportement alimentaire, il y a l’anorexie et la boulimie. Celles–ci peuvent être accompagnées de vomissements provoqués et/ou d’usage excessif de purgatifs tels que les laxatifs ou diurétiques. Il y a nettement plus de risques de faire des troubles du rythme cardiaque lorsqu’il y a vomissements et abus de médicaments. On perd dans les selles des électrolytes, et plus particulièrement le potassium. La variation brutale du potassium est dangereuse.

Les patientes savent la plupart du temps des risques qu’elles encourent mais c’est la politique de l’autruche. Et surtout une drogue.

Il n’est pas rare qu’une patiente prenne une plaquette entière de laxatifs pour se vider, en espérant que l’excès de nourriture ne soit pas entièrement absorbé. Combien de fois n’ai-je pas vu cela dans ma chambre… A s’en rendre malade, à se plier de mal au ventre, à se vider entièrement et avoir du mal à tenir debout car cela engendre une chute de tension par la déshydratation que ça engendre. Je ne comprends pas comment les laxatifs se trouvent dans les pharmacies sans prescription médicale ?! C'est dangereux !

Que de douleurs et de désespoirs. Une véritable accoutumance s’installe. Les laxatifs, leur drogue. Ce besoin de se vider, de se laver de l’intérieur car la nourriture est sale et couverte de honte. Avec cette phobie de prendre du poids. Toujours la même.

D’autres ont recours aux vomissements provoqués. Et là, je peux apporter mon témoignage ainsi que ceux des autres qui en souffrent. Je l’appelle la spirale infernale. C’est aussi une drogue. La solution facile pour ne pas prendre de poids. Un remède rapide pour remédier à la sensation insupportable de la satiété.

Un jour, lors de ma première hospitalisation, une patiente m’a expliqué comment elle faisait pour se faire vomir. A l’époque, je ne pensais pas que c’était une pratique si courante. Je souffrais parfois de vomissements spontanés lorsqu’on me forçait à manger au-delà de ce que mon estomac pouvait supporter. C’était devenu une phobie. J’avais peur de manger. Alors, j’ai essayé un jour de vomir. Sans résultat. J’ai essayé à nouveau. J’y suis arrivée. Quelle bénédiction, ai-je pensé ! Si je me sentais trop pleine, je n’avais qu’à vomir, et ce serait le remède immédiat.

Mais… Mais…

Quand on commence, c’est difficile de s’arrêter.

Quand on est en société, au restaurant par exemple, vous pouvez cacher votre problème alimentaire en mangeant normalement, comme les autres. Puis vous vous excusez pour aller aux toilettes. Ni vu. Ni connu. Sans odeur. Vite fait. Bien fait. Mais c’est un stress aussi car si vous n’arrivez pas à trouver un moment pour sortir de table, vous êtes là avec cette obsession de rejeter la nourriture. Vous vous coupez du monde. Vous n’entendez plus la conversation. Vous êtes paniquée. Puis, vous digérez, et vous ne sentez plus votre estomac. Ouf. C’est passé.

Et puis, il y a les repas avec la famille. Ou votre ami. On se décarcasse pour cuisiner un bon plat, celui que vous aimez. Vous ne pouvez pas refuser ou ne manger qu’une petite cuillère. Il faut se servir normalement. Et c’est là aussi que l’on rentre dans un cercle vicieux. Vos proches ont l’habitude de vous voir manger sans se douter que vous allez vous vider discrètement. Vous ne voulez pas attirer leur attention en mangeant moins, vous ne voulez pas qu’ils s’inquiètent pour vous. Alors, on entre dans le monde des apparences, du mensonge. « Tu n’es pas allée vomir, j’espère ? » « Non, pourquoi ? Je n’ai pas droit d’aller aux toilettes ? » J’en étais arrivée à ne plus avoir envie de manger car je savais à l’avance que j’allais finir aux toilettes. Le peu de plaisir qu’il me restait de manger a disparu à cause des vomissements.

Il y a plus de 3 ans maintenant que j’ai réussi à arrêter de vomir. C’était une véritable drogue aussi. Pour cela, j’ai demandé en clinique de me surveiller une heure après chaque repas. Je restais enfermée dans une pièce, à attendre, à lire, à gérer mon stress, à lutter contre le diable. Je passais la moitié de mon temps là-dedans. Et je m’en suis sortie.

Alors quand j’entends quelqu’un dire qu’elle aimerait bien pouvoir se faire vomir, je réponds sur le champ de ne jamais essayer car quand on y arrive, on continue. Et le cauchemar commence…