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17/10/2010

Approche thérapeutique

Pour traiter l'anorexie, il y a deux approches. La première est de nature psychanalytique. La clinique qui la pratique est la Ramée, à Bruxelles. La seconde est de type comportementaliste. La clinique est Le Domaine, à Braine l'Alleud. Elles sont fort différentes et se valent toutes les deux. Mais l'une peut ne pas convenir à tout le monde.

Je vais parler ici des deux méthodes. Ceci n'est pas un écrit scientifique. C'est un billet d'observation, de vécus et d'entendus. Je vous donne donc un simple aperçu.

En clinique psychanalytique, les thérapeutes laissent la place aux mots, aux images, aux rêves. Ils cherchent à remettre la patiente dans son contexte familial et à décortiquer les noeuds sous-jacents. Au travers des entretiens individuels, on cadre la famille. On revient dans le passé, aux moments vécus comme douloureux. On les décortique, on tente de tisser des liens avec le présent. On cherche les schémas de glissement vers la maladie. En général, un ou plusieurs sentiments peuvent entraîner l'arrêt de l'alimentation. Toute émotion, négative comme positive, peut induire une somatisation sous forme de jeûne, de restriction.

Comment gère-t-on la reprise de poids ? On fait un contrat de poids avec le psychiatre, c'est-à-dire un objectif de poids à atteindre. Pour cela, on met en route un régime à hautes calories, en tentant de rouvrir le menu et revenir aux aliments bannis, comme les féculents, sucres et autres. Dans un premier temps, l'estomac étant devenu tout petit, on nous impose des compléments alimentaires, d'autant plus si les protéines dans le sang sont basses. Cela permet de manger ou boire des calories dans de petits volumes. Il y a trois repas et trois collations par jour. Les sorties sont interdites, de même que les activités physiques. Limiter les dépenses au maximum. Lorsque la moitié du contrat est atteint, on devient plus libre. On commence par des petites sorties de deux heures puis des week-end de 36h. Nous ne sommes pas coupés du monde. Tout moyen de communication est permis. Pas de restriction de temps pour manger.

En clinique comportementaliste, on agit sur le comportement essentiellement. La psychothérapie et les entretiens sont plus rares. On traite essentiellement le problème alimentaire. On regarde peu l'environnement dans lequel la patiente vit. Cette approche semble mieux parcher pour les jeunes qui font leur première crise d'anorexie. Mais les conditions sont bien plus strictes.

Le contrat de poids est le BMI à 20. Les sorties sont autorisées quand le BMI 18 est atteint. En-dessous de cela, les sorties sont exclues. Je ne suis jamais passée par ce type de prise en charge. Ce que j'en dis, c'est ce que j'ai entendu. Apparemment, il faut prendre 500 grammes par semaine si on veut être libre de quitter la chambre. Sinon, c'est l'enfermement et l'absence de contact avec quiconque de la famille. Les menus servis sont standards, c'est-à-dire que ce sont des menus que monsieur et madame tout le monde mangeraient. Cela peut aller d'un stoemp saucisse à un steack frites. Pas question d'être difficile ici. C'est marche ou crève ! Il faut pouvoir remanger de tout. Les desserts et les collations sont variées et non personnalisées. La thérapie tient également compte du temps accordé pour manger un plat normal et force à quitter les petits rituels. Si on n'a pas fini de manger après 20 minutes, on retire les assiettes et il faut assumer les conséquences.

14/10/2010

Les Féculents

Un des aliments le plus difficile à intégrer sont les féculents. D'après ce que je vois, c'est valable pour un bon nombre de personnes souffrant d'anorexie. Et pour moi-même. Je ne peux me baser que sur mon ressenti pour tenter d'expliquer cela. Mais la plupart des gens savent que s'ils veulent faire régime, il faut manger moins de féculents. C'est ce qu'on lit dans la presse. Une sorte de rumeur populaire qui, je trouve, n'est pas vraie à 100%. On a tous besoin de féculents pour tenir un régime équilibré. Tout est question de modération.

Nous savons bien que nos repas devraient être composés de 55% de glucides, 15 à 20% de protéines et 25 à 30% de lipides.

Une de mes difficultés principales est de manger un repas chaud avec des glucides, cad pâtes, riz, pommes de terre ou du blé. Je vais d'ailleurs vous dire que je ne les trouve pas bon en clinique.

Ils ne sont pas assaisonnés, n'ont aucun goût. Ils sont natures. Et on n'a droit qu'à du sel et du poivre. Pourquoi mangerais-je quelque chose qui n'a pas de goût ? Je n'en suis pas capable. J'ai besoin d'avoir une saveur en bouche pour manger et ce n'est pas en clinique que je vais la trouver.

Je suis déjà rassasiée quand j'ai mangé le reste, à savoir les 150 grammes d'une source de protéines (poulet, quorn, poisson, burger végétarien) et les 150 grammes de légumes. Là, je me dis que c'est du "remplissage", comme si je devais me gaver comme une oie.

Dans ma famille, on mangeait rarement des féculents au repas chaud. S'il y en avait, je ne me servais qu'une cuillère de riz ou un quart de pomme de terre. Ce n'est pas pas dans mes habitudes.

Vous rajoutez à cela l'anorexie en elle-même, vous imaginez combien cela peut être dur. Je sais que j'en mange trop peu, que je suis dans un régime hyperprotéiné pour le moment et qu'il faudra changer cela. Ceci dit, j'ai du mal à faire la part entre mes "explications" et la voix de l'anorexie. Je n'ai rien contre les féculents mais il est clair que j'ai de grandes difficultés à les manger. Ainsi que toutes celles qui sont à table.

J'en suis déjà bien consciente. Et pour m'aider, je devrais me dire que si j'en mangeais plus, je reconstruirais mes muscles plus rapidement.

Un défi encore à relever.

02/09/2010

Déni De L'Anormalité

La normalité, qu'est-ce ? C'est un notion un peu vague, propre à chacun, une habitude acceptée et vue telle quelle par la société. Un problème que je rencontre dès que je vis en-dehors de la clinique, c'est la pause pour la collation de 10h30. Il n'est quasi pas concevable pour moi de m'arrêter dans une activité ou mon travail pour grignoter quelque chose alors que je n'en éprouve ni envie, n'en ressens nul besoin. D'autant plus que le petit déjeuner a été copieux pour moi. Aussi, par éducation, je n'avais pas de dix heures à l'école.

Et donc, entre 8h30 et 12h30, heures des repas, quand je suis hors de la clinique, je néglige sciemment ce moment censé être important pour ma reprise de poids. Je me lève plus tard, donc cette collation n'a pas de sens. Mon médecin insiste pertinemment pour que je mette mon réveil, prenne le petit déjeuner à l'heure habituelle, quitte à me recoucher et remettre le réveil à 10h30. J'avoue que je trouve cela vraiment débile voire exagéré. Faire une montagne de cette collation alors qu'il y a moyen de compenser plus tard dans la journée en mangeant quelque chose en plus ou un plat plus riche.

Alors, je sais, c'est l'anorexie qui parle là. Elle me crie que je suis normale, que je ne dois pas surveiller l'heure pour manger quelque chose. Je veux vivre simplement quoi ! Je voudrais en avoir le droit.

Mais je sais...

Je n'ai pas un poids normal, donc cette collation a un sens et un but, et dans ce cadre là, c'est normal. C'est une forme de déni de l'anorexie dans une courte fourchette de temps...