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11/08/2010

La Satiété, Un Fardeau

Pour vous qui mangez normalement, sortir de table avec le ventre lourd est signe que vous avez bien mangé. C'était bon au point de vous resservir ou de vider votre assiette. L'appétit et la gourmandise ont été vos moteurs. Vos papilles ont été votre guide.

Nombre de fois, j'entends dire qu'il est agréable d'avoir cette sensation de satiété. Que ça fait partie de la vie au sens large. Les bons gueuletons se font la plupart du temps entre amis ou lors d'un dîner d'affaires. C'est convivial. C'est la fête. On célèbre l'amitié et les collègues. Autant allier le plaisir à l'essentiel. N'est-ce pas ?

D'autres personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire me disent qu'elles ne ressentent pas la satiété ! En particulier chez celles qui font des crises de boulimie. Un estomac perméable à tout ? A ce point élastique ? Je ne vais dire "quelle chance" car ça entraîne des grosses angoisses de pouvoir avaler une grande quantité de nourritures sans avoir un signal qui vous dit stop.

De mon côté, le plus dur au final n'est pas vraiment les calories ingérées. Je m'en contrefiche. Mais c'est cette sensation de satiété, de plénitude, de gavage qui m'est à peine supportable ! Il m'est extrêmement difficile de rajouter un dessert, une tranche de pain ou de fromage, des céréales au matin et même un fruit ! Ce n'est guère une surprise d'en prendre conscience mais je n'avais pas mesuré l'ampleur du problème. Je pensais pouvoir le surpasser facilement car j'ai cette énergie de vouloir m'en sortir, ce soleil à l'horizon qui continue de briller. Mais non, il y a un énorme travail à faire. Je mange déjà lentement pour pouvoir faire passer le maximum. Je ne vois pas d'autre issue que d'y passer...

A la casserole...

Par ce supplice...

Avec une volonté de fer...

Pour surmonter cette phobie.

Je pensais que les fortimel et forticrème allaient être mes vecteurs de peur. Mais non.

C'est la satiété, mon fardeau, celle qui fait que mon poids stagne depuis un moment.

05/07/2010

Manipulation et Mensonges

J'aborde ici un sujet sensible parce qu'il touche fortement aux émotions. La personne malade et ses proches se retrouvent souvent dans un rapport de force où tous les coups sont permis.

Lorsque l'anorexie s'installe, après avoir déjà perdu quelques kilos, il y a un moment où les proches constatent que l'on mange de moins en moins. Leur attention est attirée par le fait qu'on diminue lentement les quantités et qu'on élimine un par un les aliments caloriques. Alors, spontanément, l'inquiétude s'installe et les remarques commencent à fuser.

" Tu n'as presque rien mangé ?" ... " Tu ne finirais pas ton assiette ?" ... " Je te ressers quelque chose ?" ... " Si tu continues, j'appelle le médecin !" ... Le repas est plombé. Le silence s'installe. La communication devient difficile. La rébellion commence.

On ne supporte pas toutes ces remarques. On pense avoir le droit de faire ce que l'on veut, surtout quand on est adulte. On sent qu'on piétine notre liberté, nos libres choix. Les proches sont pris à mal. Ils sont vus potentiellement comme des superviseurs ou des figures d'autorité qui veulent contrer l'anorexie. Peut-on les blâmer ? Certes non !

A la longue, on finit par s'isoler, pour ne pas manger devant les autres, pour pouvoir manger ce que l'on veut, c'est-à-dire pas grand chose, sans essuyer le moindre commentaire, pour éviter les conflits. Comme on maigrit, on devient fort irritable. On se met sur sa défensive.

L'inquiétude générée par ce comportement pousse à poser des questions du style : " Tu as mangé ?" ... " Quoi ? "... " Tu crois que ça suffit ? " ... Typiquement, cela nous énerve car on ne veut pas être surveillées. On veut avoir la paix. Alors pour ne pas inquiéter, on ment. On dit oui. On s'invente un plat. On écarte les proches. On les contourne. On les évite. On devient fausse au nom de dame Anorexie. Pour lui laisser son tapis rouge de bienvenue.

Quand on est arrivées à ce stade de mensonges, d'isolement, il ne faut pas croire que l'on est bien, qu'on s'y complaît. Quelque part, soit on ne se rend pas compte qu'on est manipulées par la maladie, très douée dans ce domaine. Soit on culpabilise beaucoup car on sait que l'on fait souffrir les autres et que le mensonge n'est pas bien, mais à la fois c'est plus fort que nous. On n'entend quasi plus notre propre petite voix mais bien celle de l'anorexie.

Les proches, eux, se sentent impuissants face au déni, à l'amaigrissement qui s'amplifie, à la colère et révolte de la personne anorexique.

Si votre enfant souffre d'anorexie, n'attendez pas pas trop longtemps avant de chercher de l'aide. Au plus l'anorexie s'installe au plus il est difficile de remonter la pente. Il y a des gens qualifiés pour les prises en charge.

ECRIVEZ MOI, JE VOUS GUIDERAI VERS CES SPÉCIALISTES.

17/06/2010

Alicia

J'ai rencontré Alicia au cours de ma première hospitalisation en 2003. Elle fut ma compagne de chambre pendant quelques semaines. Elle était arrivée dans un état de maigreur extrême, après avoir fait un séjour dans une autre clinique qui ne lui convenait pas. Elle perdit là encore 4 kilos dans la bataille. Elle aurait pu être transférée dans un service de médecine interne d'abord pour remonter vite son poids de quelques kilos. Mais elle n'en voulait pas. Elle préférait remonter la pente en mangeant normalement. Et c'est avec une volonté exemplaire, un lâcher prise, un énorme courage qu'elle affrontait les pesées positives ! Elle prenait environ 4 kilos par mois.

Cette jeune femme avait 21 ans à l'époque. Elle avait commencé des études de médecine puis elle avait bifurqué en kinésithérapie. Elle habitait chez ses parents. Sa famille était bourgeoise. Son père et sa mère occupaient des postes importants dans la société. Inutile de dire qu'ils étaient très inquièts pour leur fille. Mais à un tel point qu'Alice se sentait étouffée, bouffée même. Lors de ses sorties en week-end, elle revenait décomposée. Ses parents surveillaient tous ses repas, l'obligeaient à finir son assiette, lui servaient ses collations aux heures précises. Les tensions familiales n'ont pas mis beaucoup de temps avant de se faire sentir.

Un jour, quand elle n'avait plus que quelques kilos à reprendre pour arriver à son contrat de poids, elle me dit qu'elle avait pris des photos d'elle lorsque son poids était au plus bas. Elle me demanda si je voulais les voir. Tout ça dans un but positif : ne plus jamais se laisser aller, se souvenir qu'elle avait frôlé la mort, et me motiver moi, peut-être, à me battre contre l'anorexie, les kilos chez moi venant beaucoup plus lentement qu'elle. Ce que je vis fut effrayant ! Un corps décharné, comme on en a vu dans les camps de concentration ! La peau sur les os. Un squelette ambulant. Comment peut-on en arriver là ?

Je ne connais plus en détails son histoire mais ce que je sais, c'est qu'Alicia avait en elle une profonde envie de vivre. Elle s'était laissée aller car elle ne se sentait pas à sa place, ni dans les études, ni dans sa famille. Ses parents lui mettaient beaucoup de pression pour qu'elle continue ses études de médecine. Et ne plus manger était une façon à elle de dire qu'elle ne voulait pas. Elle avait beau le dire avec des mots, ils n'entendaient pas.

Alicia a finalement quitté la clinique 6 mois plus tard. Son contrat de poids était atteint. Ce que je retiens d'elle, c'est cette rage de vaincre, cette envie de vivre qui a repris le dessus grâce en partie à la thérapie familiale.

Lorsqu'elle est sortie, elle eut du mal à retourner vivre chez ses parents. Je me souviens d'un verre qu'on était allées prendre ensemble. Ce soir-là, sa mère l'appela pour vérifier si elle mangeait bien et avec qui elle était. Elle demanda même à me parler pour vérifier les dires de sa fille !

7 ans plus tard, je peux vous dire qu'elle est guérie. Elle croque la vie à pleines dents. Elle a fini par se prendre un kot étudiant et a terminé brillamment ses études de kiné. Plus de rechute.

ON PEUT GUÉRIR DE L'ANOREXIE ! Accrochez-vous ! Gardez Espoir !