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12/10/2009

Se sentir et se voir " Grosse"

 

MIROIR ANOREXIE.jpgPour avoir côtoyé un très grand nombre d'adolescentes et de femmes adultes lors de mes hospitalisations, s'il y a bien un symptôme qui revient fréquemment sur la table de l'anorexie (avec ou sans boulimie), c'est le reflet déformé du corps dans le miroir. Elles sont convaincues qu'elles sont grosses alors qu'elles ont la peau sur les os. Il y a donc une peur irrationnelle et énorme de prendre du poids, qui paralyse et qui accapare les esprits. D'ailleurs, il est fréquent qu'elles cherchent à être rassurées sur leur silhouette, demandant à l'une ou à l'autre si elles ne sont pas trop grosses. On aura beau leur dire que non, elles ne vous croiront pas, mais cela les apaisera pour sûr. Restez donc patients si l'une de vos proches souffre d'anorexie. Elles sont dans une détresse inimaginable. Tentez de rester calme quand cette question surgit. Le moindre signe d'agressivité, d'énervement, ou de minimisation, va les faire réagir au quart de tour. Car elles se sentiront incomprises. Et l'on aimerait tant que quelqu'un nous comprenne. Et nous aide.

Dans la clinique où je suis allée, il y a une kiné qui a une approche du corps intéressante et chez qui on va une fois par semaine si on le désire. Elle nous fait des massages relaxants pour reprendre conscience de notre corps mais aussi elle nous fait faire des petits exercices. Comme fermer les yeux et mettre les mains là où on imagine nos cuisses. Il est quasi systématique d'avoir posé les mains bien loin de la réalité. Notre cuisse fait presque le double du volume réel. Un autre exercice est celui du miroir. Il s'agit de se confronter devant un énorme miroir et oser regarder notre silhouette, en fermant les yeux et en les ouvrant rapidement. Le premier coup d'oeil est en général celui qui correspondait à la réalité. Dès que quelques secondes s'écoulent, notre image se déforme et on se voit grosse. Il y a encore d'autres astuces mais je ne l'ai fait qu'une fois ce test.

Pour ma part, j'ai la chance de me voir maigre, comme je suis réellement. Et cette image ne me plaît guère. J'aimerais retrouver des courbes et rondeurs plus féminines. Mais cela ne m'empêche pas de "bloquer" à un certain niveau, propre à la maladie.

 

05/07/2009

Le Poids de l'Eau

 

 

verre-eau.jpg

Lors de mes séjours en clinique, j'ai eu l'opportunité de croiser de multiples filles et femmes qui souffraient de mon problème. Seulement, chacune exprime leurs maux de sa façon. La plupart sente la faim mais la privation prend souvent le dessus. Alors, pour combler ce ventre qui crie famine ou pour "tromper" l'organisme, certaines boivent des quantités de liquide faramineuses. Cela peut aller jusqu'à 5 litres ! D'eau ou de coca light. Elles souffrent de ce qu'on appelle : la POTOMANIE. Cette maladie consiste à boire des quantités excessives de liquide, aboutissant à des troubles ioniques dans le sang, souvent sous forme d'hyponatrémie, ou un taux de sodium (de sel) anormalement bas. 

Je n'ai jamais présenté ce phénomène. Mais il est clair que, lorsqu'on mange peu, on avale peu de liquide via les aliments. Donc la soif est exacerbée et l'on peut boire facilement 2 à 3 litres par jour, surtout quand il fait chaud. Ce comportement est normal et n'entraîne rien au niveau de la prise de sang. 

Certaines sont tellement accablées par le poids sur la balance, qu'elles réduisent leur consommation de liquide au maximum. A chaque fois qu'elles boivent, elles se pèsent. Et voir qu'elles n'éliminent pas le liquide absorbé les rend malade davantage... et elles restreignent leurs boissons.

Pour terminer, certaines prennent des diurétiques pour se vider au maximum et arriver à un sous-poids record qui est un faux-semblant puisque la masse totale reste la même, elles ne font varier que leur taux d'eau dans le corps. Il ne s'agit pas là d'un vrai amaigrissement mais d'une euphorie à voir les chiffres frôler des records sur la balance ! Ce comportement est extrêmement dangereux !

En somme, j'ai toujours préféré avoir un rapport normal à la balance, en me pesant deux fois par semaine comme à la clinique, quand je sais que je perds du poids ou quand j'essaie d'en prendre. Me peser devient une sorte de garde-fou contre la baisse de poids !

 

29/06/2009

Le Comportement Des Proches

Il me semble important d'évoquer un instant comment l'anorexie est vécue par les proches.

Je vais prendre ici mon propre exemple. Les réactions sont multiples et dépendent de chaque modèle familial ou conjugal. Il y a tendance à la généralisation des comportements que suscitent cette maladie qui touche de plus en plus de jeunes filles, femmes et même hommes. Chaque personne est unique bien évidemment et doit le rester. Le tout est de comprendre les voies qui "activent" ses mécanismes de privation.

Pour ma part, lorsque j'étais en couple, mon compagnon avait fait de ma maladie son propre combat. Il voulait tellement bien faire qu'il faisait pire, inconsciemment. Je n'ai compris le cercle vicieux que lorsqu'a débuté une thérapie de couple. La maladie avait étouffé le couple, le NOUS, et il convenait de retrouver des moments privilégiés pour que la relation puisse s'épanouir davantage. Nous étions en fait pris dans un fol engrenage. Au plus mon ami combattait avec moi et luttait contre la maladie, au plus elle se réactivait, comme si je voulais me réapproprier à la fois mon combat et ma maladie. C'est comme si je disais : "Eh, c'est mon combat, rends-le moi. Regarde, tu fais pire que mieux, je mange encore moins !". 

Forcer, obliger, menacer, commenter, ne servent à rien. On redevient comme un enfant. Au plus on nous dit que ce n'est pas bien, au plus on le fait. Il n'y a pas de bonne attitude mais celle qui marche le mieux mais qui est le plus difficile aussi est l'indifférence. Non pas dire qu'on en a rien à faire mais montrer sa présence et son soutien. Sonder les difficultés en-dehors des repas, calmement.

Le ressenti le plus fréquent des proches est l'IMPUISSANCE. Ce que j'ai fini par comprendre après plus d'une année d'hospitalisation, c'est que la guérison ne dépendait que de moi. On a tendance à chercher les réponses dehors plus qu'en soi. Ce n'est pas qu'une question de volonté, c'est beaucoup plus compliqué que cela. Ce serait l'objet d'un autre article.