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14/05/2009

La Balance

H_141-00-6_pese_personne_abilanx.jpgVoici un texte que j'ai écrit il y a peu. 

 

Ma première pensée du matin fut pour elle, rien que pour elle. Elle s’emparait de tout mon esprit, prit mon humeur et se déploya dans toute sa splendeur, générant en moi le chaos. Je me tire du lit et rebondis sur le sol, devant mes yeux passa un voile puis une dame en blanc pour donner mon traitement. La journée doit commencer. Je m’habille comme chaque matin pour rejoindre celui qui la précède toujours. Lui, il est encore la version douce et n’accapare pas mes pensées. Mais à chaque minute me rapproche d’elle. Je le tire parfois en longueur pour gagner je ne sais quoi, un sursis ? De toute façon, je la verrai, elle, la si belle, la plus importante, la plus douée, la plus redoutée, la plus vraie, celle qui ne ment pas, qui ne cache pas, qui ne participe pas au débat. Avec sa planche carrée reliée à un écran par un montant, elle m’attend à présent. Mon corps tremble, mon cœur bondit, je la maudis. Je n’en peux plus de la voir, marre de toute sa cérémonie. Je suis en sous-vêtement devant elle, les yeux plein de larme, la gorge nouée. Je perds ma voix, j’ai fait le pas, elle me désigne un nombre et je peux redescendre. Mais le mal est causé. Il remonte de loin, de mes entrailles, engin de torture.

La balance.

        Mon ennemie...

A force d'être pesée, je ne peux plus la voir. J'y suis montée des centaines et des centaines de fois ! J'ai beau dire à mon psychiatre que je ne veux pas savoir mon poids, le dire fait partie du traitement. Si on nous laisse dans le vide, à un des moments, paraît-il, l'angoisse de savoir qu'on a pris du poids désorganise les repas et collations et le contrôle de la maladie s'intensifie pour reperdre ce poids "non assimilé".

Ouais...

 

 

19/04/2009

Les symptômes

lessymptômes.jpgEtre en sous-poids (BMI<18.5) est une chose.

En subir les conséquences en est une autre.

Votre corps vous envoie des signaux que l'on capte mais qu'on ignore. C'est comme si vous entendiez "à l'aide" mais que vous estimez ne pouvoir rien y faire. Vous vous en foutez royalement. Mais c'est une attitude dangereuse. On ne joue pas avec son corps. Et un jour, il vous le fera bien sentir, croyez-moi !

Lorsque je travaillais encore, avec un BMI autour 14, j'avais l'impression d'avoir une énergie incroyable. Je ne sentais guère de fatigue tant que j'étais en mouvement. Je semblais bien plus en forme que mes collègues. Comment est-ce possible ?

Votre corps largue une quantité d'hormones de stress à cause du jeûne et vous met dans une sorte d'euphorie à bas bruit.

Mais si on s'arrêtait un instant... S'asseoir quelques minutes.

La remise en route devient pénible. Le corps est en proie à de l'hypotension orthostatique. La tension systolique peut descendre jusqu'à 6 ! Votre vue devient floue, le coeur s'accélère pour compenser, on chancelle quelque peu. Puis, tout redevient clair. Et on poursuit sa route. On a l'habitude et puis on ne tombe pas dans les pommes car on se rattrape à temps.

Première alarme.

Quand, enfin, la journée se termine et que vous arrivez à la maison, la fatigue vous assomme, votre visage se déforme. L'empreinte du manque de sommeil réparateur se lit sur le visage et les cernes se creusent sous les yeux.

Quotidiennement, on passe d'hypotension à l'hypoglycémie, avec sensation de tête vide. On a toujours froid, les mains et pieds sont des glaçons. Il m'arrive de dormir sous 4 couches en hiver !

La constipation est très fréquente et inconfortable. On souffre de bradycardie. Le pouls peut ralentir et descendre vers les 40 bpm. Ca, c'est un mauvais signe ! (danger). On perd des cheveux, les ongles cassent. Il y a fonte musculaire généralisée. On a mal au dos de part les contractures musculaires. On perd de la force.

Il n'y a rien à faire : IL FAUT MANGER pour se sortir de ces symptômes désagréables ! Et apprendre à SE REPOSER ! Deux verbes essentiels mais tellement durs à appliquer. Et l'on se retrouve dans un cercle infernal bien vite : on ne mange pas, donc on est fatigué. Comme on est fatigué, on n'a pas la force psychique pour faire un effort alimentaire, donc on mange peu ou pas.

Donc on est crevé et c'est reparti pour un petit tour...

Mais combien ?

On aurait tendance à se dire qu'il ne vaut mieux pas compter...

Je vous dirais que si... comptez les ! Voir le nombre grimper aura plus de chance de faire réagir que ne pas le voir !

 

Article revu et corrigé le 25/5/2010

 

 

18/04/2009

Infantilisation

garfeild-copie-1.jpg

Dans l'anorexie de l'adulte, il y a un processus d'infantilisation qui se met inconsciemment en place. Je ne sais si c'est une généralité mais c'est ce qui m'est arrivé, ainsi qu'à d'autres personnes que j'ai croisées.

Ne pas manger attire l'attention, évidemment. Et pourtant, quand on est le centre de l'attention, on n'aime pas la situation non plus. Une ombre de sentiment parano nous suit, avec toute sa culpabilité.

Dans mon cas, il s'agit entre autre d'une peur de redevenir adulte et d'avoir à faire face à tout ce qui en incombe. Mais surtout, celle de mon travail qui est exige des responsabilités énormes. Cette maladie nous donne l'excuse de ne pas être à la hauteur et de ne pouvoir tout assumer.

L'attention, l'aile protectrice que l'on recherche, est celle des parents bien sûr. Etre à la recherche du cocon perdu ou mal connu. Là où règne sécurité. Il en va de même pour le conjoint. On cherche à se cacher derrière lui, à avoir ses bras quand on a peur. Quand vient le moment de rentrer en clinique, tous ces filets de sécurité amortissent le choc de la chute. On se dit que, quoi qu'il arrive dans notre travail, à savoir la pire des choses, le licenciement pour cause de maladie, il y a toujours nos proches derrière pour nous rattraper et nous sécuriser.

Cette réflexion concerne le mécanisme, partiellement, de mes rechutes.

Tomber de haut...

Glisser...

Sur un bon coussin...

Et être protégée des dures réalités du monde dans lequel nous vivons !

Ce coussin, cette sécurité familiale, je travaille à y mettre de la distance. Remplacer le coussin par le sol.

Et ça fait mal de tomber le derrière sur le sol, je vous le dis !

 

Article corrigé le 25/5/2010