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27/02/2011

Ca y est. J'ai atteint mon poids de sortie !

IMG_0521.JPGVendredi matin...

L'attente...

Vais-je enfin arriver à mon poids de sortie ? Cela fait 4 pesées que je le contourne, que je l'approche et le vois disparaître à une centaine de grammes près !

La veille, j'eus peur. Je disais clairement à mon psychiatre que je ne voulais pas arriver à ce poids car je ne voulais pas sortir ! Trop de peur de me retrouver dehors à la merci de la maladie. Les murs de la clinique la contiennent. L'entendre à nouveau me parler serait un terrible cauchemar. Me sentir aspirer vers le bas sans avoir la force de réagir aussi. Mais j'ai des raisons de croire qu'elle a beaucoup moins de pouvoir. Au fond de moi, je le sais. Je n'ai jamais ressenti cette assurance auparavant.

J'entre donc dans le local de la balance. Mon coeur bat fort. Je tremble. Le stress, comme si je passais un examen oral ! Puis le chiffre s'inscrit. YES ! Je me rhabille sans dire mot et sors rapidement. Je ne veux pas faire de commentaire. Je ne veux pas que l'infirmière voit mon émotion. Et puis le sourire se dresse sur mon visage. Une larme de satisfaction coule lentement. Quel accomplissement ! Mais surtout, je n'entends pas la voix de l'anorexie. Pas de plan pour reperdre ou maintenir le poids.

La sérénité absolue...

Le poids peut encore monter. Je m'en fous à présent. Je n'ai plus envie de calculer ou de changer quelque chose dans mon menu. Laissons tout en place. C'est bien comme ça. Il me reste à consolider les acquis avant de sortir.

Je me sens bien ! Tellement bien !

Une nouvelle vie s'offre à moi.

Sans elle...

Ou avec elle, mais elle a perdu son pouvoir.

Je ne retournerai JAMAIS là d'où je viens ! Un corps squelettique, rongé jusqu'à l'os à certains endroits.

21/02/2011

Dilemne

Comment savoir QUAND vient le moment de sortir ? Y a-t-il un bon moment ? Quand on se sent prêt, qui parle ? La maladie qui veut que vous sortiez pour pouvoir retourner dans son sens ? Ou c'est votre propre voix qui est juste ?

la-chute-16.jpgLa règle veut déjà que le poids fixé dans le contrat soit atteint et maintenu trois pesées successives. La politique des médecins veut aussi que quelque chose nous attende dehors, qu'il y ait un projet. Car si il n'y a rien dehors, il y a de plus grandes chances que l'anorexie vous rattrape au tournant. Pourquoi ? Parce la pensée est libre de tout mouvement et que le vide crée de la place aux réflexions qui vous amènent à vous poser la question ? Je mange ou pas ? Si je mange, le repas prévu ou plus facile : la pomme et le yaourt ? S'il n'y a rien pour vous distraire ou vous ancrer dans la société, il y a plus de risque de rechuter.

J'ai des projets. Je vais reprendre mon travail que j'aime tant et vivre au jour le jour avec mon ami et partager nos passions communes.

Le poids est presque atteint. Enfin ! Car on arrive à 8 mois de clinique ! Et ma lutte a pris plus de temps qu'imaginé. Mais j'y suis arrivée ! Je m'étais alors fixée une date de sortie en accord avec mon médecin mais celui-ci a décidé de ne pas créer d'ultimatum. A raison. Il me connaît. Dès que j'ai une échéance, je me mets la pression et je me fige. C'est ce qui s'est passé le week-end dernier. Tout à coup, je n'avais plus confiance en moi. J'avais des angoisses importantes. J'avais peur de la rechute mais surtout peur de quitter ce lieu de paroles qui rassure. J'ai peur de me retrouver à nouveau, seule, face à cette maladie, ce pot de colle, cette vicieuse seconde peau.

Il faut aussi pouvoir reproduire à l'extérieur de la clinique le menu prévu. Si on enlève par ci par là des aliments, si on rabote les quantités, c'est plutôt mauvais signe. C'est pour cela que des sorties week-end sont prévues afin de se tester.


J'ai des raisons de croire que je vais partir pour de bon. Je le sens au fond de moi. A ma sortie, je donnerai un mot à tout le personnel qui m'a soutenu toutes ces longues années. Je sens que c'est un grand au revoir. Avant, je le disais à peine. Je partais en catimini, en frôlant les murs, comme si je savais que j'allais revenir.

S'il y a un jour une rechute, ce n'est pas demain la veille que ça arrivera. Je n'ai qu'à regarder tous les bénéfices que je gagne à avoir un corps qui est en meilleur santé.

Je redeviens LIBRE !

Quand ? Je n'ai pas de date. J'ai décidé de vivre un jour à la fois. Sereinement. Et la date se précisera toute seule et s'imposera d'elle-même.

29/01/2011

Le Dernier Jump

J'entre dans la dernière ligne droite. Quand je faisais de l'athlétisme, les derniers 100 m d'un 400 mètres étaient les plus durs, forcément. Le coeur pompe au maximum. Les muscles des jambes deviennent raides, accumulant l'acide lactique. On est fort essoufflé. Et ce qui fait la différence entre les coureurs est en partie lié au psychologique. La rage de vaincre peut donner des ailes et faire naître en nous des ressources insoupçonnées, de sorte que j'ai pu passer de nombreuses fois en tête sur la ligne d'arrivée.

Si j'emploie cette analogie, c'est parce qu'elle me parle. Il ne me faut plus grand chose pour atteindre le poids final fixé. Le gros travail est fait. Et je dois faire le grand saut, celui qui me mènera à la sortie dans les bras de mon ami. Mais je suis à bout de souffle à cause de tout le temps passé en clinique. Je stagne de nouveau depuis 2 semaines. Il y a de la peur. Je dois puiser l'énergie nécessaire dans mes réserves. Innover... Plutôt que remettre plein de compléments alimentaires. Alors, c'est très facile pour la plupart des gens et même des patientes ici. Les gens aiment manger. Ils ont des envies. Ce n'est pas ça qui manque. Moi, je dois trouver quelque chose que je mangerais en plus sur le côté de mon menu. Grignoter en sorte. Mais quoi ? Idéalement, des petits encas riches en calories qui ne pèsent pas sur l'estomac. Genre un bout de barre chocolatée ou un biscuit. D'abord, je n'en ai pas envie mais c'est une phrase réflexe d'anorexique. Et puis, ça bloque. C'est très dur de mettre en bouche les aliments interdits depuis si longtemps.

Depuis trois jours, je grappille par ci par là des petits bouts que je n'ai pas l'habitude de mettre en bouche. Genre le cake ou le chocolat du café. Un morceau de twix. Du cécémel. Une cuillère de miel dans les céréales. Une bouchée de couque suisse frangipane. Je ne savais même plus si ça existait encore ! Pour vous dire comme l'indifférence est totale quand je passe devant une boulangerie. Et pourtant, les odeurs me plaisent.

Mon ami et moi en avons vraiment marre. Alors, j'essaye de passer outre ces blocages qui m'empêchent d'avancer et retrouver qui sait un plaisir dans ces petits bouts de tout.