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26/08/2010

Ma première hospitalisation

Je me souviens de ma première hospitalisation comme si c'était hier. Je me vois arrivée avec une petite valise. Une infirmière vient me chercher et me montre ma chambre puis j'attends. On m'appelle pour des examens physiques. Et quand vient l'heure du repas, je refuse de sortir de la chambre. Je suis terrifiée à l'idée de me trouver dans une clinique psychiatrique, moi qui n'avais jamais eu de défaillance. On m'autorise à rester en chambre pour cette fois.

Je vois la psychologue et la première chose que je lui dis, c'est que je suis sous le choc... de me trouver ici. Je ne pensais pas que l'anorexie pouvait me mener, moi, ici. J'étais persuadée que j'allais m'en sortir en quelques semaines, qu'il me fallait surtout du repos pour remanger convenablement. Un leurre... Il y avait un blocage dans ma tête. Pas question de me nourrir à nouveau ! Mais que se passe-t-il donc ?

Mon poids chute encore tandis que je tente de me réalimenter à coups de fourchette. Ma prise de sang devient catastrophique : anémie grave, neutropénie, protéines sanguines dans les lattes, je suis vraiment dénutrie, comme une personne âgée. Transfert en médecine interne pour transfusion et gastroscopie.

L'évolution devient alors très lente. Tous mes soucis du passé, des traumatismes vécus plus jeune, que je pensais maîtriser dans un fond de ma mémoire, ressortaient et m'écorchaient vive ! Le travail était titanesque !!!

Je me suis découverte à la fois dessinatrice, peintre, écrivain. Je me suis mise à lire tout le temps pour me cultiver. Je développais tout un côté de moi, refoulé par mon métier plus rationnel et scientifique. C'est le côté positif :)

J'ai signé une décharge après un an. J'avais atteint la moitié de mon contrat de poids et voulais tenter ma chance à nouveau dans mon travail. Je n'en pouvais plus de cette vie en clinique. Mais quand j'ai passé le pas de la porte, je savais au fond de moi, que mon problème était loin d'être résolu. Trop de ruminations. Des vomissements fréquents. Manger n'était plus naturel. Tout était calculé. Je contrôlais tout. J'avais le pouvoir sur ma vie, la part alimentaire. Quant au reste, il n'y avait plus de contrôle du tout, ce qui renforce l'anorexie. La reprise de mon boulot fut une catastrophe. Je craquai 3 semaines plus tard devant quelques personnes, dans une situation d'urgence impossible à réaliser seule. Je le sais maintenant avec le recul. N'empêche. Je me sentais honteuse, nulle et me disais que plus jamais je ne remettrai les pieds dans mon métier.

Ce qui n'est pas arrivé...

08/06/2010

L'Anorexie Derrière Un Burn Out

Je vais vous raconter ici comment cette maladie, l'anorexie, s'est déployée sournoisement en moi, sans que je m'en rende compte. J'avais pourtant connu un épisode dans mon adolescence. Je pouvais la reconnaître. Mais je ne l'ai pas vue venir.

Remontons au tout début. Dans le temps. En 2001. Non, pas en 2003, année de la première hospitalisation.

Tout allait bien dans le meilleur du monde. Jusqu'à ce que je vive une situation dramatique pour moi avec ma mère. Je fus sous le choc. Au point de perdre complètement l'appétit. Je ne mangeais plus qu'une fois par jour, le soir. Les semaines défilèrent et je perdais du poids. Environ 7 kilos s'évaporèrent puis mon poids s'est stabilisé à un certain niveau. D'un BMI à 18, je passai à 15.5 environ. Il n'y eut aucune impact sur mon travail, si ce n'est un congé maladie d'une semaine pour récupérer un peu de la fatigue endurée. En 2003, mon travail était devenu très prenant et très exigent, avec une distance de 100 kilomètres entre mon lieu de travail et mon domicile. Je commençais à me sentir plus faible, à moins bien encaisser des situations de stress.

La spirale allait devenir infernale.

Ayant de plus en plus de mal à me lever le matin, je dormais jusqu'à la dernière minute. Le petit déjeuner est ainsi passé à la trappe. Je ne buvais plus que du café. En journée à mon travail, j'étais sans cesse interrompue quand je dînais et cela commençait sérieusement à m'agacer. Je gérais donc moins bien le stress. J'avais un noeud dans la gorge à chaque bouchée. Aussi, je décidai de ne plus manger qu'un ou deux yaourts sur la journée, de sorte que j'aurais moins de risque d'être dérangée. Puisque je ne mangeais quasi plus rien en journée, mon estomac se rétrécit et je n'arrivais plus à manger grand chose le soir.

En mai, j'avais une semaine de vacances prévue en Corse, pour faire un trek au GR20. Je n'allais certainement pas me retaper et me reposer durant ce challenge sportif. Je réussis à parcourir quelques étapes, en allant au bout de moi-même. Fort heureusement, je remangeais mieux dans les montagnes, puisque mon corps avait besoin d'énergie. Mais ce ne fut pas sans conséquence sur la balance à mon retour. J'avais perdu 1 kilo. Seulement, allez-vous dire. Oui... Mais...

Je repris le rythme effréné de mon travail et mes mauvaises habitudes de sauter les repas. Là, mon corps commença à vaciller, à me donner des petits coups de sonnettes d'alarme. Grosses chutes de tension. Pâleur importante. Amaigrissement. Difficultés de concentration. Je me disais que je devais tenir jusqu'à ma prochaine semaine de vacances en août. Là, je me reposerais et je pourrais remanger convenablement.

Je ne tins pas jusqu'à là. En juillet, je fis deux malaises en plein milieu du couloir du travail. Ma tension était dans les lattes, 6.5/4. Ma patronne me dit un lundi soir, qu'elle voyait que je n'allais pas bien et me somma d'aller voir un médecin et de prendre le temps pour me soigner. Coup dur pour moi, là, qui n'étais jamais malade.

La suite fut simple : j'allai voir mon médecin. Mon BMI était tombé dans les 14. J'eus une prise de sang qui était alarmante. Il nomma le mot "anorexie" à ce moment et me recommanda le médecin psychiatre qui me suit encore actuellement. Je fus hospitalisée au mois d'août 2003 et ne réalisai qu'à ce moment que j'étais devenue anorexique et qu'il me faudrait bien plus que quelques semaines pour me soigner !

Je pensais stupidement que la semaine de vacances allait suffire pour tout arranger, qu'en ayant pu me reposer, j'allais remanger comme avant. J'ai été complètement bernée et aveugle. Inconsciente de ce qui se tramait derrière ce BURN OUT : l'anorexie. J'étais épuisée physiquement puis, sans tarder, psychologiquement aussi.

Vidée...

Comme morte...

La suite est et sera dans ce blog...

28/05/2010

"L'anorexie Tue La Femme Que Tu Es"

Petit retour en arrière. C’était en novembre 2003. J’étais en clinique depuis 112 jours. Après une chute de poids qu’on observe souvent quand on commence à se réalimenter, j’étais revenue à la ligne de départ. Inutile de dire que je résistais déjà au traitement. Mon épuisement professionnel avait un goût amer. Je n’avais jamais pensé que cela pouvait m’arriver à cette époque. Un long congé maladie était inadmissible à mes yeux et encore plus pour une raison psychologique. J’étais donc très déçue de moi-même. Refuser de manger suffisamment était une sorte de punition que je m’infligeais.

Je n’arrivais pas à me pardonner.

J'étais enragée.

J'étais dégoûtée aussi du "système" qui m'avait fait couler. Dans mon travail, on est exploités. On ne compte pas les heures. On ne sait jamais quand on finit la journée.

J'étais révoltée. Contre moi. Contre eux. Contre le monde entier !

Tant que cette colère ne diminuait pas de volume, je ne pouvais manger. Un vrai blocage alimentaire !

A cette date, j’étais avec mon ami depuis un peu moins d’un an. Il souffrait terriblement de me voir malade et si maigre. Il redoutait l’échec du seul traitement possible que l’on appliquait, à savoir la clinique et remanger naturellement. En lui demandant ce qu’il ferait si je restais maigre, il me répondit que soit il serait malheureux toute sa vie, soit il devrait me quitter. Cela m’avait fendu le cœur car j’avais compris qu’un jour, notre histoire se terminerait. Je me sentais tellement écrasée et envahie par l’anorexie. Il me dit cette phrase, gravée à jamais :

« L’anorexie tue la femme que tu es. Celle que j’aime est derrière, bien enfuie et dure à retrouver ».

On peut aisément comprendre que perdre ses rondeurs déféminise et que le conjoint peut avoir difficile avec l’image d’un corps décharné. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Je le comprenais. Mais surtout, il avait difficile de voir la personne qu'il aimait dans la maladie, dans l'adversité, avec une impression de stand by.

Cette phrase m’avait motivée à faire des efforts pour reprendre du poids. Je ne voulais pas le perdre. Je l'aimais. J'avais décidé de mettre les bouchées doubles. Pour lui...

Mais pas pour moi...

Et c'était bien là que le bât blessait. Il faut se battre pour SOI. Si c'est pour l'autre, cela ne dure qu'un temps, en général. Aussi, l'effort n'aura duré que quelques jours. L'anorexie me rattrapa bien vite. Et nous fîmes le triste constat que l'amour ne me donnait même pas des ailes.