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11/10/2011

Le défi est presque relevé !

6 semaines depuis mon retour en clinique. Ce n'est et ne fut pas une partie de plaisir !

La première semaine fut un vrai cauchemar. Le retour entre ces murs qui jadis m'apaisaient fut éprouvant. Je ne me suis plus du tout sentie comme "à la maison" ! Je n'étais plus "comme un poisson dans l'eau". Je n'avais qu'une seule envie : prendre mes jambes à mon cou ! Rentrer à la maison et poursuivre ma vie dehors. Que faisais-je ici, entourée de toutes ces patientes dont le visage et le corps étaient marqués par la souffrance, la maigreur, le désespoir, l'apathie ? Je ne me reconnais plus en elles, alors qu'il y a moins d'une année, cette clinique était mon refuge à moi aussi. Revenir dans un autre contexte fut déstabilisant. Auparavant, j'étais à chaque fois hospitalisée dans un état grave, résignée, n'ayant plus la force de me battre. Mais cette fois-ci, je suis revenue alors que j'allais bien. Et cela a fait toute la différence. Ce fut un choc. Au-dessus duquel je réussis à passer.

Dès la deuxième semaine, le poids a fini par augmenter. Après les " 4 jours que je m'empiffre", j'ai persévéré et cela a donné ses fruits. 

Il a fallu quelques réajustements de menu avant de trouver la formule gagnante mais surtout, il m'a fallu prendre sur moi pour accepter de manger des aliments et des quantités qui relevaient de la science-fiction il y a quelques semaines encore ! Ainsi, le cap des 2000 kcal par jour a été franchi puis dépassé tous les jours. A ma grande frayeur au début. Je pensais prendre 1 kilo par semaine avec ça. Mais non. Au contraire. J'ai eu une perte de poids surprise de 500 grammes sans avoir rabaissé quoique ce soit. L'évidence était de taille : il fallait encore augmenter le bilan total. L'horreur. 2200 kcal ? Pardon ? Vous êtes fous ou quoi ? De la science-fiction, je vous dis. Mais qui est une réalité que j'accepte à présent.

6 semaines plus tard, j'y suis presque arrivée à ces +2 kilos. 

J'ai aussi eu droit à un brainstorming plus qu'enrichissant. Initialement, si je suis revenue, c'était parce que j'étais poussée par mon ami. N'arrivant pas à prendre du poids à la maison depuis 5 mois, il fallait que ça bouge. Pour lui mais pour moi aussi. Ma vie était en stand by. 

J'étais révoltée de devoir subir cette 10ème hospitalisation "à cause de lui", de son stress liée à l'anorexie. Mais progressivement, j'ai réussi à m'approprier ce séjour pour mon bien-être à moi. Au final, j'ai pris ces 2 petits kilos, pour moi, pour ma santé, parce que je veux me sentir encore mieux, parce que je veux revivre normalement. M'offrir une plus belle vie. Parce que je la mérite après ces 8 années de galère. Je suis remontée à bloc. J'ai repris confiance en moi. Je suis prête à affronter la vie et reprendre mon travail !

Dans quelques jours, je vais dire ADIEU à cette clinique, à ce personnel soignant qui fut pour moi comme une deuxième famille. Je n'ai plus l'intention de revenir. Je sens que c'est terminé, que je vais voler de mes propres ailes.

Je suis très lucide. L'anorexie est toujours là, tapie dans un coin, mais je la contrôle désormais. Je ne suis plus sa marionnette ! 

03/09/2011

4 jours que je m'empiffre

4 jours que je m’empiffre. Ce n’est plus manger mais se gaver. Comme on gave une oie. On enfonce un entonnoir et on déverse sans se préoccuper du confort. Mais c’est mon choix, mon défi. Il faut grossir. Quitter la table, le ventre toujours lourd. Se répéter que c’est normal, que l’estomac doit prendre du volume. Prendre sur soi et se dire qu’il y aura au moins un résultat. Surtout, ne pas souffrir pour rien.

Repassant en tête maintes fois ce que j’ai avalé en plus, je me dirige vers l’engin des supplices. La balance. Je suis sûre. La maladie ne m’a pas bernée. Je n’ai pas été pris au piège de ses calculs gonflés. J’ai bien mangé l’équivalent d’un très gros morceau de gâteau tous les jours. D’une glace king size. D’une grosse portion de frites. J’ôte mes vêtements. Un frisson me parcoure. Glacial. On prend quand même bien du poids quand on se goinfre tous les jours, non ? Je prends une grande respiration. Je pose les pieds sur l’indicateur de vérité. Ca va monter. J’en suis sûre et je serai soulagée.

La colère monte subitement jusqu’à mes poings. Mes yeux se gorgent d’eau. Ma gorge se serre. Je fais un mauvais cauchemar.

Ce n’est pas possible ! Je crie dans le silence. Non ! Je vous en prie !

Ma voix surgit. Je ne comprends pas. Ce n’est pas logique. Je devrais prendre du poids, bon sang !

Et c’est là que vous avez envie de crier, de vous dresser contre le mur, de sortir votre rage, celle qui vous pousse déjà dans vos retranchements quand vous avalez encore et encore. Se contenir. Sinon c’est tout le mobilier que vous allez secouer, porter, jeter, shooter. Vous ressentez l’injustice comme frappe la foudre. Elle éclate en vous et vous électrifie. Elle vous tétanise. Elle vous cloue sur place. Et vous encaissez le choc comme on encaisse d’autres choses dans la vie.

Vient la minute de désespoir. Eternelle. Sempiternelle. Le même noir profond qui vous broie les tripes. Tripes qui sont toutes retournées. C’est qu’elles encaissent celles-là. La bouffe et toutes les émotions. Jamais tranquilles.

Gros soupir. Grand moment de solitude. Frustrée, vous ne comprenez pas mais c’est comme ça. Un fait auquel vous ne pouvez échapper. Ca sent le découragement à plein nez. Ca pue même. Vous prenez votre visage dans vos deux mains et vous laissez couler. Il faut relativiser. La fenêtre n’est pas cassée, la table est encore entière. La chaise est restée à sa place. Et la seule conclusion que vous pouvez tirer, c’est que vous n’avez toujours pas mangé assez. Vous vous reconstituez un visage. Vous le recomposez.

Le corps et le mental sont des mystères impossibles à percer.