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09/10/2010

Myriam

Myriam est une femme d'une trentaine d'années qui souffre d'anorexie restrictive depuis l'adolescence. Elle est entrée dans le cercle des hospitalisations depuis 3 ans. Elle a fait trois séjours.

Myriam est divorcée, sans enfants, et entretient une relation fusionnelle avec sa mère et son frère.

Son comportement laisse suggérer qu'elle est complètement dans la maladie. Elle ne mange que les légumes de ses assiettes. Elle jette au moins la moitié de ses compléments alimentaires. Elle parle sans cesse de nourriture. Elle marche de façon énergique dans le jardin pour se dépenser. Elle se compare aux autres au niveau de la silhouette et des collations. Elle pose sans cesse des questions du style : "Pourquoi je dois prendre des compléments alors que toi, tu n'en as pas ?" Parce que je suis différente de toi. Je suis suivie par un autre psychiatre. Ma prise de sang est sans doute moins inquiétante. Nous n'avons pas le même poids. Et je n'ai pas (encore) toutes les complications tels que l'ostéoporose, une stéatose du foie (de la graisse dans le foie) et j'en passe.

Elle a aussi cette particularité qu'ont certaines anorexiques de s'habiller avec des vêtements moulants. Elle affiche sa maigreur parce qu'elle pense qu'elle est grosse. Ou peut-être parce qu'elle veut attirer l'attention pour qu'on lui dise qu'elle est maigre, de fait. Et cela la rassure.

Quand elle est arrivée, elle a perdu du poids. Elle a été envoyée en médecine interne pour une alimentation par sonde gastrique. Durant son séjour, il ne fut pas rare de la voir déambuler dans le quartier avec sa sonde au nez ! Puis, elle est revenue avec quelques kilos en plus. Comme elle commençait à les perdre à nouveau, elle fut mise en table accompagnante et surveillance de tous les repas et collations. Son psychiatre avait fait un deal avec elle. Elle devait prendre 300 grammes par semaine sinon elle serait renvoyée. Un mois plus tard, n'ayant pas pris de poids, son médecin lui dit de prendre 900 grammes d'ici la prochaine pesée, vu que cela faisait 3 semaines qu'elle n'avait rien pris. Ce fut un échec. Elle est sortie de la clinique en sous-poids, en disant qu'elle allait faire en sorte d'aller bien, de faire aller.

Je lui ai dis un jour que pour avancer, comme moi actuellement, il allait falloir passer par des peurs, des souffrances physiques, que c'était inévitable. Elle me répondit qu'elle voulait y arriver mais elle avait trop peur. Peur de ne plus contrôler la prise de poids et de finir obèse et boulimique. C'est une des peurs qui serre beaucoup d'entre nous.

Je ne sais pas ce qu'elle devient. J'imagine qu'elle fait son petit bonhomme de chemin et qu'elle va au mieux.

28/07/2010

Nouvelles de Laura

14image-insolite03-mini.jpgJ'ai parlé de Laura dans un précédent article. Je ne savais pas comment s'était passée la fin de son hospitalisation.

Je l'ai croisée par hasard lorsqu'elle est venue à une consultation. Je n'en croyais pas mes yeux ! Elle a une coupe de cheveux plus féminine. Elle se découvre les bras et s'habille bien mieux. Elle porte son premier soutien-gorge, m'a-t-elle dit, en souriant d'un coin. Son visage est rayonnant. Elle a gagné en confiance en elle et surtout, elle accepte son corps et est en parfaite harmonie avec lui. Le poids n'est plus un problème. Elle est même atteint son BMI 18 et projette d'atteindre le 20.

Elle a finalement passé presque un an et demi en clinique. Elle vit dans un studio qu'elle a aménagé seule. Elle est en très fière. Elle hésite encore au niveau boulot. Elle se cherche. Elle a finalement réussi à se faire des amies. Lorsque je l'avais connue, elle ne parlait quasi pas aux gens. Juste une phrase par ci par là. Le contact avec sa mère est meilleur. Avec son père, ce ne sont toujours que des engueulades qu'elle reçoit. Elle s'en fiche. Elle ne s'estime pas encore à sa juste valeur par contre. Elle s'inquiète beaucoup de ce que les gens pensent d'elle.

Moi, je peux vous dire que ça m'a fait super plaisir de la voir métamorphosée !

Et c'est un signe qu'il faut garder le Foi. On peut s'en sortir de l'anorexie !

 

 

Photo : koreus.com

23/07/2010

Marthe. Hommage.

Marthe avait 44 ans. Elle était mère de famille nombreuse. Je parle au passé parce qu'elle s'est éteinte. Nous avons été informé en clinique de son décès. Nous n'avons malheureusement pas eu l'occasion de faire ample connaissance avec elle. Elle n'est restée que quelques jours en clinique avec nous. Elle fut transférée rapidement dans un service de médecine interne.

Cela faisait deux ans qu'elle était tombée dans le piège de l'anorexie. Marthe pesait à l'époque 130 kilos, m'a-t-elle expliqué. Elle a fait régime et n'a plus pu s'arrêter. Elle souffrait en outre d'autres problèmes de santé en parallèle. Quand elle est arrivée, je fus tout de suite interpellée par son mauvais état général. On lui aurait donné bien 20 ans de plus. Elle était très faible. Elle marchait lentement, et arrivait avec peine à s'asseoir. Son visage était creusé, ravagé. Elle avait le teint blême et légèrement ictérique. Elle souffrait beaucoup de douleurs diffuses, sans doute liées à la fonte musculaire prononcée et à un escarre. Souvent, elle restait dans son lit pour manger tellement elle était fatiguée. Mais quand elle était à table, elle refusait souvent de manger un complément alimentaire liquide. Elle n'arrivait quasi plus à avaler. Elle ne voulait plus manger.

Elle me raconta qu'un jour, elle était allée rechercher ses enfants à l'école. Et elle s'est effondrée. Elle n'avait plus de force dans ses jambes. C'est à ce moment qu'elle a accepté d'être soignée. Elle ajouta que si elle était en clinique, c'était uniquement pour ses enfants.

J'ignore le reste...

Peu importe !

Une femme est décédée. Elle avait déjà des problèmes de santé et l'anorexie n'a fait que diminuer son souffle de vie.

Par cet article, je lui rends hommage. On ne devrait pas mourir à cet âge. Je pense à son mari et à ses enfants.

Elle m'a touchée. Il y avait beaucoup de souffrance et de tristesse dans son regard.

Paix sur son âme...

 

Et je me permettrai d'ajouter, sur un ton de colère, que la société critique les gros, les maigres. On les regarde de travers parce qu'ils ne sont pas dans la "norme". Quand on voit quelqu'un de maigre, on l'étiquette très vite d'anorexique. C'est péjoratif. Mais il y a des gens maigres à cause d'autres maladies, comme les cancers, les maladies inflammatoires du tube digestif et j'en passe ! Alors, les obèses, par soucis de santé, ont parfois le courage d'entreprendre un long régime, plein de courage, et on arrive dans la situation de Martha quelque fois. Plus moyen de s'arrêter ! Le corps trinque et lâche...

Qui n'a jamais regardé ces gens aux deux extrêmes d'un oeil compatissant ?