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01/05/2011

Attention, Danger !

Tous les indicateurs sont dans le rouge. Etat d'alerte maximum.

Je ne suis plus qu'à 400 grammes au-dessus du poids limite sous lequel je ne peux plus tomber. Si je le dépasse, mon médecin ne me rattrapera plus en clinique. J'ai été prévenue. Je l'ai écouté bien attentivement. Il m'aidera toujours mais sans la structure hospitalière. En somme, il m'a remis entre les mains la responsabilité de ma vie... de mon futur... Il n'y a donc plus de point de chute. Mais il y a un temps d'arrêt possible en clinique avant que le feu prenne. C'est à moi de décider, de prévenir.

Or, ça sent le roussi. Je sens à plein nez le parfum de l'anorexie. Une odeur pestilentielle. A vaporiser à plein tube. Le combat est des plus rudes. Un vrai champ de guerre. Pour voir qui va gagner du terrain, qui va s'emparer du pouvoir. C'est une guerrière. Une vraie de vraie. Auparavant, je ne faisais jamais le poids. J'étais toujours désarmée. Mais, à présent, j'ai les flèches de Cupidon avec moi. Si je n'avais pas mon ami à mes côtés, je serais déjà battue à pleine couture.

Je lutte donc de toutes mes forces pour inverser le courant des choses. J'arrive à esquiver des attaques. A remporter des petites et des grandes victoires. Je suis en train de faire sauter des préjugés, des habitudes profondément ancrées. J'ai compris que je ne prendrai jamais du poids si je mange sain continuellement. Etant vite rassasiée, je ne peux plus augmenter les quantités. Je suis toujours à 3 repas et 3 collations. Je dois donc enrichir mes repas. Ca signifie que tout ce qui était interdit, oublié, inexistant, doit revenir dans ma vie. Et c'est ce qui se passe actuellement. Les révolutions sont grandes. Les exploits majeurs.

Des exemples ? Vous trouverez ça peut-être terriblement banal, vous qui ne souffrez pas de cette maladie, ou vous qui ne me suivez pas depuis le début de mon histoire. J'ai toujours été d'une psychorigidité infernale. Prendre 100 calories de plus par jour jusqu'à il y a peu, était un drame, un problème majeur, qui ne tenait rarement plus que quelques jours. Eh bien actuellement, j'arrive à augmenter mes apports de plus de 500 calories à la fois, en un seul jour. Je me rabats sur des pizzas, des plats de pâtes que je regarnis de fromage, des barres chocolatées, en plus des compléments alimentaires que je prends encore comme collation. J'ai aussi abandonné mes fameux yaourts 0%. Je mange les vrais, les sucrés, les entiers.

Alors oui ! Maintenant, je ne me mens plus. Tout ça, c'est bon ! Mais j'ai le diable au corps dès que le repas ou la collation se termine et c'est terrible à supporter.

Pour vous faire comprendre ce malaise, je vais reprendre ma comparaison avec la phobie de l'ascenseur. Car mon problème se situe plus sur la phobie du sucre et des graisses que la prise de poids en tant que telle. Imaginez-vous dans un ascenseur. Vous avez été obligés de le prendre car il n'y a pas d'escaliers. Il se coince. Vous voilà pris au piège au sein même de votre phobie. Et la seule chose que vous pouvez faire, c'est attendre que ça passe, qu'il se remette en marche pour en sortir en courant. Eh bien moi, je suis soulagée quand je ne sens plus le poids de ce que j'ai mangé de "moins sain" et que le temps m'éloigne de ce fameux repas.

Alors oui, attention danger ! Ca sent le roussi. J'ai beau dire tout ce que je veux, j'ai beau faire tous les exploits que je vous conte, tant qu'il n'y a pas prise de poids conséquente sur la balance, c'est que je n'en fais pas encore assez. Mais j'en fais déjà tellement, tellement plus qu'avant ! Et là se situe parfois le goût amer de l'injustice. Mais il ne faut pas se leurrer. L'anorexie l'emporte toujours car elle a bien plus d'endurance que moi. Je manque parfois de constance. Et là est un autre piège. Comme on estime faire des gros efforts, on pense remporter la victoire puisqu'on sue bec et ongles. Mais on sous estime toujours l'anorexie et on surestime nos apports.

On peut se poser la question : pourquoi je ne retourne pas en clinique brièvement comme proposé ? Parce que j'estime, enfin nous estimons, mon ami et moi que ce que je réalise à la maison est d'une grande importance et que je ne pourrai faire mieux là-bas, entourée de l'équipe qui me suit depuis toujours. C'est à moi de trouver mon chemin, celui du lâcher prise, pour notre bonheur et notre liberté !

28/04/2011

La culpabilité des parents

Je suis tombée sur un article qui répond bien mieux que moi à cette question fondamentale :

Pourquoi la culpabilité des parents n’a jamais aidé une anorexique ou une boulimique à s’en sortir ?

Dans pratiquement tous les courriers des parents de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA), il y a l’expression d’un sentiment de culpabilité, ce sentiment un peu nauséeux d’avoir fait « ce qu’il ne fallait pas faire », qui appelle punition / réprimande / reproche / … un quelque chose qui permettrait aussi de mettre du sens sur une maladie incompréhensible qui confronte tellement les parents et les malades à leur propre impuissance. La boulimique le sait bien qui ne peut s’empêcher de se remplir de nourriture dès que l’angoisse devient trop forte ; les parents des personnes souffrant de TCA qui voit leur enfant se gâcher la vie, si ce n’est la détruire, ne peuvent qu’acter leur impuissance.  Même l’anorexique qui prétend vivre sans se nourrir touche du doigt les limites de sa volonté quand elle décide d’accepter de se nourrir et qu’elle n’y arrive pas.
C’est dire si avec les TCA on est d’emblée au cœur des questions de toute puissance/ impuissance et par voie de conséquence, de responsabilité et de culpabilité.

Quand on se sent tellement démuni, tellement impuissant à remédier à une situation qui apparaît comme intolérable, peut être au fond est il moins pénible de se dire que c’est parce qu’on y est pour quelque chose mais qu’on ne sait pas ce qu’est ce « quelque chose » et que si on le savait, tout irait mieux. Et nous voilà tous partis à la recherche d’un hypothétique pourquoi, d’une cause identifiée qui allégerait l’angoisse, qui donnerait un chat à fouetter, un bouc émissaire à chasser. Au pays des troubles du comportement alimentaire, plus facile à porter est l’ignorance que l’impuissance, non ?

Et bien non ! la culpabilité pour masquer son impuissance ne sert qu’à empêcher tout le monde d’être à sa place. C’est le moment où chacun commence à prendre en charge le malaise de l’autre au nom d’une faute inconsciente pour mieux éviter sa propre souffrance, sa propre impuissance.  Se sentir coupable de ce qu’on est impuissant à changer … ça ne peut emmener bien loin !

Mais ayant dit cela, on n’a rien dit ! car ce n’est pas par un acte de volonté que l’on peut chasser la culpabilité. La question est pour chacun dans l’entourage des personnes atteintes de TCA d’identifier sa juste place, celle où il / elle peut agir, où il / elle ne prend en charge que ce qui lui appartient, celle où il / elle n’envahit pas l’espace de l’autre. Car, rappelons le, le TCA traduit souvent non seulement chez la personne qui en souffre une difficulté à s’aimer, ou en tous cas à s’estimer telle qu’elle est, mais aussi une difficulté à être elle même, à exister en dehors du regard de l’autre, à identifier et à exprimer ses propres désirs pour elle même et non en obéissance ou en réaction au regard de l’autre. S’il y a une cause à chercher à son malaise, seule la personne souffrant a les moyens de la faire. Tout le travail de guérison de ces personnes va passer par l’abandon d’une certaine image d’elles mêmes (idéale ou au contraire très dévalorisée au regard de cet idéal) pour cheminer vers plus d’authenticité. Au cours de ce cheminement, l’attitude de l’entourage sera déterminante :
- pour redonner à la personne malade la responsabilité de sa vie (un parent ou un ami perdu dans sa culpabilité est aussi d’une certaine façon un parent qui dénie à l’autre la possibilité de prendre sa vie en charge) ;
- pour lui renvoyer une image authentique (positive ou négative), mais généreuse : un parent qui se sent coupable attend toujours au fond de lui une punition ou une absolution, ce qui le rend peu ou moins disponible pour écouter vraiment son enfant; il va chercher en permanence des preuves de ce qu’il a bien fait ou mal fait, être tenté de se justifier et oublier d’écouter ce que l’enfant dit de lui, ce qu’il explore ;
- pour l’aider enfin à s’accepter tel qu’il est : un parent ou un proche qui se reproche de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir été coupable de … négligence / abandon / insuffisance /… (cocher la bonne case), entretient vis à vis de l’anorexique ou de la boulimique l’idée qu’on doit être parfait, infaillible et sans reproche. Accepter sereinement l’idée que tout n’est pas parfait dans la vie et qu’on ne maîtrise pas tout, accepter qu’on peut faire de son mieux et ne pas obtenir ce qu’on imaginait (un enfant en bonne santé, heureux, autonome …), accepter que faire de son mieux n’est parfois pas suffisant  … est souvent précisément ce que l’anorexique ou la boulimique ne peut faire. Faire ce travail à ses côtés peut lui être extrêmement bénéfique.

Abandonner la culpabilité c’est faire ce travail d’acceptation difficile et souvent révoltant pour l’entourage mais dont la personne souffrant de TCA a tant besoin ; parce qu’au fond c’est peut être la plus grande preuve d’amour que l’on puisse donner à un autre être humain : accepter qu’on ne peut faire le chemin à sa place, accepter que c’est sa vie dont il est question et que lui seul peut en disposer, accepter qu’il ne soit pas comme « je veux » mais comme il veut (désagréable, absent, malade, faible, destructeur  …), lui donner le droit d’explorer toutes les facettes de son existence, même les plus ingrates.

C’est une attitude intérieure qui n’empêche ni de prendre soin de la santé physiologique d’un proche, ni de dire son inconfort, sa souffrance, son mécontentement ou sa colère. Bien au contraire, c’est l’authenticité indéfectible et assumée de l’entourage qui permet à la personne malade de trouver la force de sa propre authenticité. Et quand elle commence à sentir ce qui est « vrai » en elle …. le bout du tunnel n’est plus très loin.

24/04/2011

Le "Séquentiel"

Un mois après ma sortie de clinique, je suis allée revoir en consultation mon psychiatre pour faire le point de la situation.

Mon poids a un peu chuté et je lutte encore aujourd'hui pour le récupérer. J'ai joué avec le feu et je paie encore les pots cassés. J'ai parlé à mon médecin des révolutions intérieures, des choses que j'ai mises en place pour reprendre du poids. Maintenant, lui et moi, nous attendons le résultat concret sur la balance. On peut dire tout ce qu'on veut, tant que le poids ne remonte pas, ça signifie que mes efforts sont insuffisants. C'est mathématique.

Il m'a alors parlé du séquentiel. Il s'agit d'une nouvelle façon d'aborder l'anorexie. Et il m'a bien mise en garde. Déjà, il ne veut plus me récupérer dans un état lamentable, avec un petit poids. Il m'a prévenu qu'il n'était plus question de longues hospitalisations comme jadis. Dernièrement, j'ai mis 8 mois pour prendre 6.5 kilos. Sans parler des précédentes... j'ai passé bien plus de la moitié de ma vie en clinique depuis 2003 !!! Mais quelle bonne idée, me suis-je dit, alors qu'il pensait que j'allais sauter au plafond ! Etre en clinique coupe du monde extérieur. On vit en parallèle de la société et quand il convient de reprendre son travail, c'est d'autant plus dur qu'on est resté longtemps en incapacité de travail. Je me suis d'ailleurs fait la réflexion qu'il aurait pu agir de la sorte bien plus tôt ! Mince alors !

En somme, il me propose de revenir en clinique à la demande, pour des courts séjours prédéfinis à l'avance. Maximum 4 semaines. Mais à UNE seule mais grande CONDITION : je ne peux pas descendre sous x kilos. Je suis à moins d'un kilo de cette limite... Si je descends en-dessous du poids fixé, il ne me reprend plus en clinique ! On peut continuer à se voir en consultation mais je devrai me débrouiller. Il m'a donc dit de faire bien attention. Il s'agit de bien réfléchir et d'être honnête avec soi-même. Ecouter ma voix et non celle de la maladie. Si je sens que je suis en difficulté, que je n'arrive pas à reprendre le poids perdu, seule, il ne faut pas attendre. Il faut anticiper !

Alors, j'ai des raisons de croire que je ne suis pas, déjà, au stade d'avoir besoin du coup de main des pros de la santé. Ma dernière pesée fut positive et la tendance s'inverse. Je reste rigoureuse et disciplinée dans mes trois repas et trois collations. Ce que je mangerais en clinique pour prendre du poids, je suis en train de le reproduire à la maison. J'y arrive enfin. Enfin presque... et c'est ce "presque" qui doit me maintenir en état d'alerte.

La valeur ajoutée de la clinique ? Comment se fait-il qu'en clinique, je peux prendre du poids plus facilement que dehors ? C'est une question qu'on se pose souvent. Eh bien, la clinique joue le rôle de cocon. Elle nous donne un sentiment de sécurité. Elle apaise les peurs qui paralysent, qui entretiennent et nourrissent la maladie. Elle permet donc de nous libérer un peu, ce qui favorise le lâcher prise et la prise de poids. 3 ou 4 semaines suffisent pour reprendre 1 ou 2 kilos.

Ce qui est bien dans le séquentiel, c'est cette responsabilité qu'on nous met entre les mains. L'anorexie est infantilisante, elle nous enlève la confiance en soi et le degré d'appréciation de la gravité de la situation. Eh bien ici, il faut réfléchir comme une adulte. On ne joue plus... et certainement plus avec sa santé !