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16/04/2011

Révolutions

Voilà presque un mois que j'ai quitté la clinique. Je me souviens des derniers jours qui furent difficiles pour moi. J'avais la peur au ventre à la simple idée qu'une fois dehors, la maladie allait revenir en force, n'étant plus contenue par les murs de l'institution. Je n'osais plus croire en moi. L'anorexie m'a bernée tant de fois que je ne me faisais plus confiance. Mais un jour, il faut partir, sauter par-dessus la rivière malgré les peurs et tenter de revivre normalement.

A ma sortie, j'ai joué avec le feu. Je constatais que je pouvais manger moins sans perdre du poids. La bonne affaire ! Malgré le fait que je savais pertinemment que j'allais droit vers une perte de poids, j'ai pris le risque car je voulais voir par a+b que j'avais raison. Je bougeais nettement plus qu'en clinique et je refaisais du sport régulièrement. Mon ami a tenté de me dire que je ne devais pas attendre de perdre du poids pour réagir. Ce fut bien vu puisque une semaine plus tard, j'ai accusé la perte de poids. L'anorexie a triomphé sur ce coup là et je me sentis bien stupide et en colère contre moi ! Encore une fois, je suis tombée dans un piège de la maladie.

Je devais donc tester ma capacité de réaction qui fut toujours nulle jusqu'à présent. Alors, j'ai réagi de façon nettement plus conséquente que jamais. J'ai repris le menu de la clinique et me suis calquée sur lui. En vain. Mon poids ne remontait pas. Angoissée, une révolution s'est passée en moi. Je me suis dit que je devais pousser plus loin. Plus avec des compléments mais en essayant de gonfler le repas de midi. Comme par enchantement, j'ai introduit dans mon assiette des féculents, chose que j'ai toujours refusé catégoriquement depuis des années ! Puis, tout doucement, je me suis dit que je n'allais plus manger de produits laitiers allégés. Enfin, je devais trouver des "calories faciles", c'est-à-dire des aliments qui ne pèsent pas sur l'estomac. J'ai donc envisagé de réintroduire des sucreries, en toutes petites quantités actuellement mais c'est déjà ça !

Alors, ce qui devait arriver n'est pas arrivé... et c'est là que ça devient angoissant.

Plutôt que de reprendre du poids, j'en ai perdu encore un peu. J'ai l'impression de revivre pour la énième fois une rechute. Alors, je n'en suis pas encore là. On peut espérer que la prise de poids se fasse par effet cumulatif à la prochaine pesée. D'autant plus qu'un nouvel exploit pour moi est arrivé. Ca faisait 20 ans que je n'avais plus mangé un twix en entier ! Et bien, c'est fait. Je n'en reviens toujours pas...

Alors, j'ose espérer qu'à la prochaine pesée, je vais enfin réussir à prendre du poids en dehors des murs d'une clinique !

 

17:46 Publié dans Evolution | Lien permanent | Commentaires (0)

10/04/2011

Une Amie qui vous enlève votre Liberté

L'anorexie se fait passer pour une amie. Mais elle vous emprisonne à votre insu. Elle porte un masque machiavélique. Elle a le contrôle sur vous. Elle vous domine du haut de sa belle colline. Vous n'entendez qu'elle. Vous lui obéissez au doigt et à l'oeil comme un parfait petit soldat. Vos proches tentent de vous raisonner, de vous ouvrir les yeux, mais un vent de révolte souffle en vous et vous déclarez la guerre à tout ceux qui se mettent entre Elle et vous. Et votre corps devient un véritable champ de bataille.

L'anorexie se fait passer pour une amie. Mais lorsque vous voulez quitter les rangs, elle vous poursuit dans les moindres faits et gestes. Elle parle plus fort. Elle crie comme une gamine capricieuse. Elle vous fait de beaux discours qui tiennent tous parfaitement la route. Alors, vous ne posez qu'un pied dehors car vous avez peur. Vous ne savez plus comment vivre sans elle.

L'anorexie se fait passer pour une amie. Mais elle vous ment. Tout le temps ! Elle vous rassure en vous prouvant que c'est vous qui contrôlez votre vie, puisque vous arrivez à perdre du poids quand ça vous chante. Mais vos mots sonnent faux aux oreilles des gens qui vous aiment. Vous vous sentez tellement incomprises que vous lui serrez la main de plus belle et continuez à chanter le même refrain "Mange pas ci, mange pas ça et tralala" !

L'anorexie se fait passer pour une amie mais elle vous enlève un droit fondamental : votre liberté, votre libre arbitre ! Elle vous ôte tout pouvoir de décision et tant que vous êtes aveuglée par ses sornettes, vous persistez et signez dans l'anorexie.

Une amie ne vous fait jamais subir tout ça.

Aujourd'hui et encore plus que jamais, je veux retrouver ma liberté !  Je veux me dégager de ses chaînes ! Mon rapport à elle s'est inversé mais je peux vous dire que le combat reste acharné. Il faut de la persévérance et chaque petit pas est une victoire en soi.

Pour vous aider à ne plus l'écouter, regardez tout ce qu'elle vous enlève ! Ouvrons les yeux ! Les miens sont grand ouverts.

Je ne peux pas faire autant de sport que je veux, si je veux rester raisonnable (elle vous dirait le contraire). Je ne peux pas encore reprendre mon travail. Les choses doivent se passer progressivement. D'abord gérer la maladie à l'extérieur de la clinique puis seulement envisager de se relancer professionnellement (avant, je sortais de clinique et je fonçais droit dans les tranchées du travail pour me recasser la figure quelques mois plus tard). Je n'ai plus confiance en moi. J'ai perdu pas mal d'estime de moi. Elle m'empêche de partager un repas de famille sereinement car elle me parle sans cesse et me tape sur le système. Je souffre pas mal du dos à cause d'elle car elle a bouffé tous mes muscles. Et j'en passe. Pas un jour ne passe sans que j'ai affaire à elle.

Encore et toujours !

Mais je suis sûre d'une chose : c'est qu'elle n'est pas une amie et que tous les jours, je me débarrasse un peu plus d'elle !

 

03/04/2011

L'anorexie aime se jouer de nous

L'anorexie est une pauvre gamine quand on lui enlève tous ses jeux. C'est une enfant qui crie par caprice. Elle a tant besoin de se faire entendre. Elle ne supporte pas l'ombre. L'absence de réponse. Elle a besoin d'être au centre du monde, de se sentir importante mais ne supporte pas l'indifférence. Alors, elle se retourne violemment, se lève, siffle dans les oreilles comme le vent. Elle est prête à tout pour nous déloger et enlever le confort de son absence. C'est alors qu'elle devient machiavélique. Elle tente alors de se glisser dans nos pensées pour reprendre le contrôle.

Avant, ça marchait totalement. J'étais sous son emprise tout le temps sans m'en rendre compte. J'étais comme un robot en mode automatique qui répétait tous les jours la même chose : manger les mêmes aliments, les quantités revues progressivement à la baisse. Impossible de se défaire de son carcan. Elle nous cristallise dans des peurs qui sont fausses. Peur de passer dans l'autre extrême, la boulimie. Peur de ne pouvoir arrêter de prendre du poids. Peur de perdre le contrôle de ce qu'on mange, la seule chose qui nous reste, car l'impression de ne plus être maître de nos vies nous ronge. Et on se sent tellement nulle, inutile, dans ce monde, parce qu'on n'arrive pas à la chasser.

On a peur de prendre du poids. Mais ce n'est pas ça le noeud du problème. Ce n'est que l'expression d'un mal-être, un cri désespéré par rapport à notre histoire. On veut bien prendre des kilos mais que perd on en retour ? Quels sont les bénéfices secondaires ? De quoi avons-nous peur ?

Si ça peut éclairer la lanterne de quiconque, j'ai pu identifier LA peur. Ma peur. Actuelle. Pour moi, il est inadmissible de faillir dans mon travail pour des raisons purement psychologiques. Etant maigre, quand je m'écroulais au travail de fatigue, j'avais l'excuse d'être épuisée physiquement. En d'autres mots, être en congé maladie pour dépression uniquement est inimaginable pour moi-même. Alors, la difficulté actuelle est de retrouver la confiance en soi, sa propre estime, qui a été si durement malmenée depuis des années.

Alors, l'anorexie se joue de nous. Elle profite de nos difficultés pour se donner une raison d'exister et nous faire croire qu'on est des êtres supérieurs parce qu'on maîtrise si bien notre poids alors que des tonnes de gens se battent pour faire régime.

Mais...

Je peux voir à présent qu'on fait fausse route si on lui dit "amen" à tout.

Ces longs mois de clinique m'ont permis de me séparer d'elle, de l'identifier dans chacune de mes pensées et de lui tourner le dos. Elle n'est plus en possession de moi mais elle reste juste à côté de moi, à persévérer dans ses discours débiles, du genre : Prends pas ci, prends pas ça. Oui. Non. Allez si. Dès que je sens ce conflit en moi, je me dis tout de suite que c'est elle et comme elle a toujours tort, je me bats pour ne pas l'écouter. Mais c'est un combat de tous les jours...

Etre sans cesse sur ses gardes...