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06/07/2011

Carnet En Cendres

Ca faisait un an que...

je tenais un carnet dans lequel je notais chaque jour tout ce que je mangeais,

je calculais le nombre total de calories consommées,

je notais mes dépenses énergétiques quand je faisais du sport;

j'arrivais à prendre enfin du poids,

car ce carnet me rassurait en me donnant l'impression d'une prise de poids "contrôlée".

Je prenais du poids parce que je l'avais décidé, programmé, calculé. Je me stabilisais car je savais exactement combien de calories je devais consommer. Enfin, si je voulais perdre du poids, je passais tel ou tel aliment, sautais telle ou telle collation, sans aucune privation ni frustration. Tout était devenu plus facile grâce à ce carnet, sauf que...

je ne prends plus de poids depuis ma sortie de clinique. J'en ai perdu même.

Le temps des grandes remises en question est alors arrivé. Mais qu'est-ce qui coince ? Pourquoi je m'accroche à mon poids ?

Et c'est là que le carnet intervient. Il fut une aide précieuse pour prendre mes premiers 6 kilos mais à présent il me bloque. Tout calculer, tout contrôler, m'empêche d'avancer. Voir que tel jour j'ai mangé plus de 2000 calories m'effraye. Alors consciemment le lendemain, je contrôle vers le bas pour rétablir l'équilibre que je me suis imposée presque inconsciemment.

Eclair de lucidité : je dois arrêter de tenir ce carnet !!! Changer radicalement de façon de procéder. Me rendre ma liberté.

IMG_0389.JPG

Il y a 5 jours, je l'ai brûlé.

Réduit en cendres.

Des larmes ont coulé. Symbolisme sans doute.

J'ai tourné la page de l'année écoulée et en commence une autre à présent.

Sans feuille. Sans crayon. Sans calcul.

Souffle de liberté. Légèreté.

Je suis soulagée...

15:20 Publié dans Le Point | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : anorexie, calories, calcul

20/05/2011

Bilan santé et travail

6 mois de travail. 9 mois de clinique. 2 mois de reprise du travail. 5 mois de clinique. 3 mois de congé maladie à la maison. 9 mois de clinique. 2 mois de congé maladie à la maison.

Ou, 8 mois de travail. 23 mois en clinique. 5 mois en congé maladie à la maison. Voici les 36 derniers mois de ma vie.

Presque 8 ans que la maladie a commencé. 8 ans qu'elle bouleverse complètement ma vie. 60 mois en clinique. 24 mois de travail. J'ai passé 5 années de ma vie en clinique ! Et 2 seulement au travail. Le reste est du ballottage en congé maladie.

Avant qu'elle ne frappe, j'avais une vie somme toute banale. Je travaillais dur. J'étais brillante. Je savais ou je voulais aller. Je ne faillais pas. J'étais une dure à cuire. Je ne faisais pas de régime. J'avais perdu 7-8 kilos dès le début de ma vie professionnelle qui est très exigeante, ou l'on mange à des heures incertaines ou ne mange pas selon la charge de travail. J'étais parfaitement habituée à ce rythme. Mon boulot me passionnait.

Et me passionne encore. Je rêve de le reprendre au plus vite mais je me dois d'être très prudente. Il est déjà très difficile de gérer la maladie sans contrainte professionnelle. Je dois manger à heures fixes pour pouvoir assurer mes trois repas et trois collations. J'ai encore beaucoup de mal à faire face aux inattendus. Il suffit que je mange une heure plus tard et ça risque de se répercuter sur le reste de la journée. Et puis, il faut manger, même si pas envie, pas faim, mal au ventre. Et s'obliger à manger même si le stress vous coupe la faim ou réveille la maladie.

Ce bilan n'est pas rose. C'est triste d'en être arrivée là. Tout ça parce que je n'ai pas respecté mes limites au travail et fini en burn out. Je suis passée à côté d'une belle période de la vie. Ou, pour éclaircir le noir du tableau, on va dire que j'ai vécu "autrement". Tout est question de point de vue. Il y a quand même de grands points positifs qui émanent de tout ça, des choses que je n'aurais pas pu vivre ou découvrir si j'avais tenu le coup.

On ne refait pas sa vie mais on peut encore la changer, n'est-ce-pas ?

Je m'y attelle tous les jours.

 

14:35 Publié dans Le Point | Lien permanent | Commentaires (1)

19/06/2010

Jamais 9 sans 10

Depuis ma sortie de clinique en mars 2010, je fais le point avec mon médecin psychiatre tous les mois. Pour rappel, le dernier séjour a duré 5 mois. J'étais arrivée dans un état dépressif important lié à la fatigue et à la mauvaise gestion psychologique du traitement par alimentation parentérale à domicile (cfr articles de septembre 2009). Je suis sortie avec 1,5 kilo de plus en sachant très bien que je devrais envisager un prochain séjour si je n'arrivais pas à remonter la pente à domicile. Et puis, soyons honnête avec soi-même, je n'étais pas disposée à prendre du poids. Il y avait de la censure...

Jusqu'à présent, depuis 2003, il m'a toujours été impossible de prendre un seul kilo à la maison. Quand j'allais en consultation chez mon médecin et que l'on convenait de renforcer le planning alimentaire quotidien, soit je faisais un petit effort qui ne durait que deux ou trois jours, soit je ne faisais rien. Blocage total. Le résultat était toujours le même : à tel poids, retour en clinique.

Sans cesse, la petite ritournelle...

3 mois ont passé. Le bilan que je tire est positif malgré la perte de poids. Pour la première fois, il m'a été possible de renforcer de façon hebdomadaire les objectifs alimentaires et de m'y tenir surtout. Et là : grande victoire ! Les grandes victoires commencent par des petites, non ?

Cependant, la perte de poids engendre une grosse fatigue physique et psychique. Je ne trouve plus la force de me battre seule contre mes démons. J'en arrive au point où j'ai envie de faire grève, c'est-à-dire que je me laisserais complètement aller. Je ne mangerais que si j'en ressens le besoin et resterais allongée le plus possible. Ce serait une façon pour moi de dire :"Je n'en peux plus. Aidez-moi ! Venez me chercher." Mais je ne peux pas le faire par principe. Je ne veux pas faire souffrir les gens qui m'aiment, que ce soient mes parents ou mon ami. Et je trouve cela indécent. Alors, j'ai tiré la cloche d'alarme en consultation il y a quelques jours. Mon médecin m'avait demandé de réfléchir à une nouvelle hospitalisation, ce que j'ai fait. J'ai longuement parlé de cela avec mon ami, on a pesé le pour et le contre, et il va de soi que la santé à elle seule fait le poids sur tout les reste, y compris notre relation. Mais nous nous aimons suffisamment pour traverser l'épreuve du temps; le but étant de pouvoir vivre pleinement le NOUS à la sortie et m'épanouir dans tous les domaines.

Jamais 9 sans 10 pour moi. La 10ème hospitalisation s'annonce...

Je veux un contrat de poids cette fois-ci, comme à mes deux premiers séjours. Un cadre strict où je ne pourrai me défiler. Je m'étais déjà engagée à ma sortie en mars de manger 3 compléments alimentaires en collation (ce que j'ai toujours violemment refusé) en plus des repas normaux, si je revenais pour prendre du poids. Les causes ont été travaillées. Je ne dois plus les chercher. Je dois juste lâcher prise sur les chiffres et accepter que les kilos montent.

Et j'y crois encore !