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10/02/2011

Perceptions extérieures et intérieures

Si je devais résumer les différentes difficultés que pose l’anorexie pour chacune d’entre nous, ce serait un exercice facile d’illustration mais réduire un combat de vie en quelques lignes est réducteur. Mais j’ai fait ce petit exercice sur moi.

Comment m'aurait-on perçue dans le passé assez proche ?

Chiche est malade depuis 7 ans. A chaque fois que je la vois à la clinique, elle est pareille à elle-même, toujours aussi maigre. Pas de contrat de poids. Sorties autorisées. Jogging permis. Pas de surveillance. Pas de compléments alimentaires. A quoi sert la clinique ? Elle ne semble pas trouver la force de s’en sortir ou de réaliser qu’il va falloir manger un jour. Elle chipote un peu partout. Elle ne mange pas tout. On voit qu'elle fait des efforts mais c'est clairement insuffisant. Et les mois et les années passent. Elle rentre. Elle ressort. Jusqu’au prochain tour. C’est comme si elle était à la maison. A part qu'elle est en clinique et passe à côté de sa vie.

Pathétique, n'est-ce pas ?

Et moi, quelles étaient mes pensées ?

Cela fait 7 ans que je reviens ici régulièrement dans l'espoir de trouver la force de m'en sortir mais j'atteins les limites de l'institution. Je suis tellement rigide dans ce que je me sens capable de manger. Je ne sais pas passer au-dessus de ça. Ils ne peuvent donc plus rien pour moi. Je prends de moins en moins de poids, voire presque plus, malgré les mois qui filent. Quelque chose me retient, me terrorise. J'ai peur de vivre. Je ne sais plus ce que cela signifie une vie normale. Ce n'est plus pour moi. Et puis, que pense-t-on de moi au travail ? Toujours absente. Mon CV est plein de trous. Je suis nulle. Mais je pense ne pas manquer de courage. Je persévère. Je rechute mais je retourne au travail malgré tout, même affaiblie. Je tiens le temps que je peux. Puis l'histoire se répète. C'est désespérant.

Aujourd'hui, j'ai dépassé les peurs et certains gros blocages. J'ai eu un déclic. Mon esprit s'est ouvert à la découverte de nouveaux goûts. Plus de caprices. Le poids est monté, significativement. Je retrouve ma féminité à mon plus grand plaisir et n'hésite plus à me mettre en valeur. J'ai retrouvé l'estime de moi-même et la confiance en un avenir bien meilleur.

Mes rêves me portent et me donnent la rage de vaincre.

Ma sortie de clinique ne devrait pas tarder.

15/11/2010

Mes Idées Au Début De La 4ème Hospit

Ceci sont mes premières notes de ma quatrième hospitalisation. En 2006. Comme on peut le voir, j'avais déjà envie de tourner la page, j'y croyais, je savais que je devais "perdre" les fameux bénéfices secondaires mais c'était un leurre. Il n'y avait pas cet éclat dans le regard, cette ouverture du visage à la vie. Commentaires entre parenthèses.

 

" Me voici donc en ces murs bien connus, assez sereine, motivée mais croyant peu en moi. Pas de contrat de poids, sortie structurée, pas de surveillance après les repas, uniquement si je ne contrôle pas mes impulsions. 4 semaines pour remettre de l’ordre dans ma vie, prendre du recul, comprendre pourquoi ma plaie saigne encore, et remanger. Je suis là car c’est mon choix, décision de me tourner vers la vie, tourner le dos à ma propre auto-destruction. Je vis cela comme un renoncement qui est douloureux, mais il faut que cette maladie me quitte, ou du moins, soit la plus quiescente possible. BMI à 14. Hier première grande victoire, aucun vomissement de la journée. Cela faisait des lustres ! (les vomissements ont commencé en 2004. Je vomissais spontanément. C'était angoissant. Alors, plutôt que d'attendre que cela vienne éventuellement, je prenais les devants et provoquait le vomissement.)

Deuxième victoire en ce lundi, un nouveau départ. Pas de tentative d’auto-destruction. ( je pense là aux vomissements aussi, c'est une façon de se faire du mal; mais aussi aux coupures). J’ai quasi tout mangé malgré les maux d’estomac assez atroces. (La satiété était déjà un problème principal. C'était insupportable. Ca l'est encore actuellement mais moins prononcé). J’ai lu pas mal aujourd’hui, pris des notes, passé un examen neurologique. Bref, tout se passe bien, pour le moment bien sûr. Je suis zen...

Mme X est mon infirmière de référence pour la première fois. (Mon infirmière habituelle est en congé de maternité). Soit... Elle est assez stricte et directe. On verra mais j’ai dit que je jouerai la carte de l’authenticité pour ne pas perdre de temps. Rien à dire de plus.

 

Le lendemain :

Le pesée s’est pour dans moins d’une heure, on verra sur quel poids je commence...Je n’ai pas peur de prendre du poids car je dois regarder mon image et non les chiffres. Je peux très bien me trouver belle à x kilos sans savoir mon poids. Les chiffres sont mes ennemis. Mais d’un côté cela fait partie de la thérapie comportementaliste. Assumer et voir ces sacrés chiffres sur la balance...Bref, de toute façon, j’ai de la marge, n’est-ce-pas ? ( Déjà le problème du chiffre, diabolique)

 

Quand je me relis, je me dis que les problèmes principaux et actuels étaient déjà présents. On oublie vite. De même que la maladie me bernait à 100% à ce moment. Je pensais vraiment vouloir tourner la page. Passer à autre chose mais ça n'a pas marché.

 

 

30/08/2010

L'Emprise De l'Education Alimentaire

De la toute petite enfance à l'âge adulte, on est baigné dans l'éducation que nous donnent nos parents, qui tentent en général de faire au mieux, avec les moyens du bord. Il y avait de l'amour dans ma famille, dissimulée derrière des gestes que je ne voyais pas toujours ou que je n'interprétais pas comme tels. Ma mère était toujours là quand je ne me sentais pas bien mais ne pouvait formuler des mots pour me rassurer. Mon père était souvent à l'étranger pour son travail, donc peu à la maison.

Je peux dire que je n'ai manqué de rien, matériellement parlant.

Par contre...

Mon éducation alimentaire était militaire. Ma mère a toujours fait attention à sa ligne et à celle de la famille. Petite déjà, je ne pouvais avoir qu'un bonbon par jour. Ce qui est peu quand je me comparais aux autres. Mais c'était comme ça. Ma mère cuisinait toujours très diététique, à l'huile d'olive, sans crème ou hyper light. Les quantités pour quatre étaient petites. Elle ne faisait pas souvent de féculents pour le repas chaud. Il m' arrivait d'avoir encore faim après le repas. Si je voulais un dessert, c'était un fruit ou un yaourt. Ma mère préparait aussi le petit déjeuner, un bol de céréales et un jus d'orange frais. Je me resservais parfois dans son dos car j'avais encore un creux mais j'avais honte. Le midi, des tartines. Deux tranches maximum pour moi. Peu de garniture dessus. J'avais peu de liberté pour le goûter. Un biscuit sec, ou une tartine au fromage blanc ou une demi viennoiserie. A cette époque, je faisais en plus de l'athlétisme de compétition. Je n'avais pas besoin d'être en régime !

Depuis que je suis en clinique, je fais la part de choses entre l'éducation de ma mère, l'anorexie et moi. Au fait, de quoi ai-je envie ? Je ne sais pas...

Boire du coca, manger des frites, prendre de la glace, grignoter, cela ne sert à rien, disait-elle. Il faut laisser l'appétit à table. Pourquoi donc prendre un dessert rien que pour le plaisir puisque je n'avais plus faim ?

Cette notion de plaisir est culpabilisante. Avoir envie de quelque chose n'existe presque plus. La gourmandise, c'est mal. Prendre du poids, c'est mal. Elle ne manque pas un jour à dire quelque chose à mon père au sujet de sa surcharge pondérale ! C'est comme ça que j'ai été éduquée et, malgré le fait que je sais que tout cela ne m'appartient pas, j'ai du mal à quitter ma loyauté envers elle. Je répète maintes fois ses gestes au fil des années.

Exemple : la mie de pain fait des boules, donc je l'enlève et ne mange que les croûtes. Je le fais aussi. Toujours laisser quelque chose dans l'assiette. C'est ce que je fais aussi. Elle n'aime pas devoir manger un plat avec de la crème au resto. Je tente aussi de l'éviter. Mettre très peu de garniture sur le pain. Je la copie. Tout cela est automatique chez moi.

Je suis oppressée, torturée et dans son contrôle, à elle. Elle ne s'en rend pas compte, ceci dit. Et je ne la blâme pas. Qui me dit que je pourrais faire mieux ? On fait souvent de son mieux pour élever ses enfants.

Bref, le chantier est vaste pour séparer ses habitudes et créer les miennes.

Mais au moins maintenant, j'ai les bonnes lunettes !

Je vois clair...

Mais suis encore éblouie...