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08/09/2010

La Pression Monte

La pression monte de la part de mon médecin. Enfin ! J'attendais ça de lui ! Avant de rentrer en clinique, nous avions signé un contrat écrit pour fixer le poids à atteindre, une cadence raisonnable, l'acceptation des compléments alimentaires. En contrepartie, l'autorisation de sortie et d'aller courir si le besoin se faisait sentir. Le moyen de pression évidemment : être privée de week-end, de jogging et limitation des sorties. Egalement, augmenter les calories plus amplement vu l'absence de résultats avec mon menu actuel.

Je stagne depuis 2 semaines à nouveau. Le total de la prise de poids n'est que de deux kilos en deux mois et demi à présent. C'est peu et lent. C'est toujours bien mieux qu'avant mais je ne suis plus dans cet état d'esprit, résignée, fataliste ! Ne pas prendre de poids me démoralise. A chaque fois, la sensation de faire des efforts qui ne sont pas suffisant manifestement !

Alors mon médecin m'a enfin mis la pression et je lui en suis reconnaissante car c'est motivant. Si vendredi ma pesée n'est pas positive, les sanctions vont pleuvoir et il va falloir "subir" et traverser des moments que je sais très durs. Mais ce ne sera pas nécessaire car je prendrai du poids. Je me sens aussi moins torturée quand je mange, comme si j'avais l'autorisation de manger à ma guise. Et c'est un état d'esprit confortable.

Enfin, une première pour moi. J'ai un yaourt à midi comme dessert que je ne mange pas généralement car je n'ai plus faim, me sens rassasiée et pas nécessaire, selon mon éducation. Eh bien, j'en avais envie. Je me suis alors dit :" Et pourquoi je ne me ferais pas plaisir après tout ? J'en ai le droit !" Ma mère n'est plus là. Je dois me dégager de tout ce qu'elle m'a mis en tête inconsciemment ! Je l'ai dégusté à la petite cuillère. Le plaisir revient petit à petit.

Allez, c'est positif tout ça ! Non ?

30/08/2010

L'Emprise De l'Education Alimentaire

De la toute petite enfance à l'âge adulte, on est baigné dans l'éducation que nous donnent nos parents, qui tentent en général de faire au mieux, avec les moyens du bord. Il y avait de l'amour dans ma famille, dissimulée derrière des gestes que je ne voyais pas toujours ou que je n'interprétais pas comme tels. Ma mère était toujours là quand je ne me sentais pas bien mais ne pouvait formuler des mots pour me rassurer. Mon père était souvent à l'étranger pour son travail, donc peu à la maison.

Je peux dire que je n'ai manqué de rien, matériellement parlant.

Par contre...

Mon éducation alimentaire était militaire. Ma mère a toujours fait attention à sa ligne et à celle de la famille. Petite déjà, je ne pouvais avoir qu'un bonbon par jour. Ce qui est peu quand je me comparais aux autres. Mais c'était comme ça. Ma mère cuisinait toujours très diététique, à l'huile d'olive, sans crème ou hyper light. Les quantités pour quatre étaient petites. Elle ne faisait pas souvent de féculents pour le repas chaud. Il m' arrivait d'avoir encore faim après le repas. Si je voulais un dessert, c'était un fruit ou un yaourt. Ma mère préparait aussi le petit déjeuner, un bol de céréales et un jus d'orange frais. Je me resservais parfois dans son dos car j'avais encore un creux mais j'avais honte. Le midi, des tartines. Deux tranches maximum pour moi. Peu de garniture dessus. J'avais peu de liberté pour le goûter. Un biscuit sec, ou une tartine au fromage blanc ou une demi viennoiserie. A cette époque, je faisais en plus de l'athlétisme de compétition. Je n'avais pas besoin d'être en régime !

Depuis que je suis en clinique, je fais la part de choses entre l'éducation de ma mère, l'anorexie et moi. Au fait, de quoi ai-je envie ? Je ne sais pas...

Boire du coca, manger des frites, prendre de la glace, grignoter, cela ne sert à rien, disait-elle. Il faut laisser l'appétit à table. Pourquoi donc prendre un dessert rien que pour le plaisir puisque je n'avais plus faim ?

Cette notion de plaisir est culpabilisante. Avoir envie de quelque chose n'existe presque plus. La gourmandise, c'est mal. Prendre du poids, c'est mal. Elle ne manque pas un jour à dire quelque chose à mon père au sujet de sa surcharge pondérale ! C'est comme ça que j'ai été éduquée et, malgré le fait que je sais que tout cela ne m'appartient pas, j'ai du mal à quitter ma loyauté envers elle. Je répète maintes fois ses gestes au fil des années.

Exemple : la mie de pain fait des boules, donc je l'enlève et ne mange que les croûtes. Je le fais aussi. Toujours laisser quelque chose dans l'assiette. C'est ce que je fais aussi. Elle n'aime pas devoir manger un plat avec de la crème au resto. Je tente aussi de l'éviter. Mettre très peu de garniture sur le pain. Je la copie. Tout cela est automatique chez moi.

Je suis oppressée, torturée et dans son contrôle, à elle. Elle ne s'en rend pas compte, ceci dit. Et je ne la blâme pas. Qui me dit que je pourrais faire mieux ? On fait souvent de son mieux pour élever ses enfants.

Bref, le chantier est vaste pour séparer ses habitudes et créer les miennes.

Mais au moins maintenant, j'ai les bonnes lunettes !

Je vois clair...

Mais suis encore éblouie...