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24/07/2011

L'Anorexie et le Couple.

Après une longue conversation avec mon ami portant sur nos objectifs de couple, j'ai mesuré à quel point l'anorexie emprisonne le couple, lui prive d'une certaine liberté. Mon schéma alimentaire implique 3 repas et 3 collations pris à heures plus ou moins fixes. J'ai encore du mal à sortir des sentiers battus, à savoir remplacer par exemple un complément alimentaire par autre chose qu'on trouve dans le commerce. Manger l'équivalent en glace, crêpe ou autres entraîne des difficultés qu'on préfère éviter.

Le couple a donc pas mal de contraintes. Partir une journée en excursion est un risque en soi, si je ne suis pas rigoureuse et n'arrive pas à m'adapter au niveau des collations. Les prévoir toujours dans son sac n'est pas top car manger une crème dans la rue n'est pas commode et boire un complément qui n'est plus froid me dégoûte. Partir en vacances est un risque également car je ne peux pas voyager avec des kilos de compléments dans ma valise. A l'heure actuelle, mes repas ne sont pas assez copieux. Je ne peux pas encore miser tout sur eux et grignoter n'est pas une habitude.

J'ai réalisé à quel point l'anorexie est une prison pour moi mais aussi pour le couple et ça, je ne peux pas l'accepter et continuer à jouer à l'autruche ! Ce n'est pas cette vie que je veux offrir à l'homme que j'aime. Et puis globalement, je ne suis pas bien dans ma peau. Comment l'être quand c'est une lutte permanente pour manger à l'intérieur ? Quand je vois les répercussions sur ma vie professionnelle ? 2 ans que j'ai dû arrêter de bosser, et dans mon métier, au plus ça dure, au moins c'est bon. Je peux encore rire, sourire de bon coeur, être de bonne humeur et sociable, mais vivre sans me poser de question et ne pas me faire de soucis pour mon couple, je ne le peux pas.

Et puis, lui aussi se fait du souci ! Pour ma santé évidemment mais aussi sur mon envie de refoncer dans mon travail. Il me déconseille vivement de le reprendre actuellement à cause des risques liés à l'absence de couverture de mon risque anorexie par les assurances de santé. En cas de rechute dans le pays où je veux retravailler, je n'aurai pas les moyens de me soigner sauf seule à la maison, sans structure hospitalière. Or, pour le moment, je ne suis toujours pas capable de prendre 500 grammes à domicile !

Personne n'est tranquille. Ni lui, ni moi, ni nos familles.

Par amour, j'ai réussi à remonter la pente à 3/4. Par amour, je dois arriver au sommet.

28/05/2010

"L'anorexie Tue La Femme Que Tu Es"

Petit retour en arrière. C’était en novembre 2003. J’étais en clinique depuis 112 jours. Après une chute de poids qu’on observe souvent quand on commence à se réalimenter, j’étais revenue à la ligne de départ. Inutile de dire que je résistais déjà au traitement. Mon épuisement professionnel avait un goût amer. Je n’avais jamais pensé que cela pouvait m’arriver à cette époque. Un long congé maladie était inadmissible à mes yeux et encore plus pour une raison psychologique. J’étais donc très déçue de moi-même. Refuser de manger suffisamment était une sorte de punition que je m’infligeais.

Je n’arrivais pas à me pardonner.

J'étais enragée.

J'étais dégoûtée aussi du "système" qui m'avait fait couler. Dans mon travail, on est exploités. On ne compte pas les heures. On ne sait jamais quand on finit la journée.

J'étais révoltée. Contre moi. Contre eux. Contre le monde entier !

Tant que cette colère ne diminuait pas de volume, je ne pouvais manger. Un vrai blocage alimentaire !

A cette date, j’étais avec mon ami depuis un peu moins d’un an. Il souffrait terriblement de me voir malade et si maigre. Il redoutait l’échec du seul traitement possible que l’on appliquait, à savoir la clinique et remanger naturellement. En lui demandant ce qu’il ferait si je restais maigre, il me répondit que soit il serait malheureux toute sa vie, soit il devrait me quitter. Cela m’avait fendu le cœur car j’avais compris qu’un jour, notre histoire se terminerait. Je me sentais tellement écrasée et envahie par l’anorexie. Il me dit cette phrase, gravée à jamais :

« L’anorexie tue la femme que tu es. Celle que j’aime est derrière, bien enfuie et dure à retrouver ».

On peut aisément comprendre que perdre ses rondeurs déféminise et que le conjoint peut avoir difficile avec l’image d’un corps décharné. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Je le comprenais. Mais surtout, il avait difficile de voir la personne qu'il aimait dans la maladie, dans l'adversité, avec une impression de stand by.

Cette phrase m’avait motivée à faire des efforts pour reprendre du poids. Je ne voulais pas le perdre. Je l'aimais. J'avais décidé de mettre les bouchées doubles. Pour lui...

Mais pas pour moi...

Et c'était bien là que le bât blessait. Il faut se battre pour SOI. Si c'est pour l'autre, cela ne dure qu'un temps, en général. Aussi, l'effort n'aura duré que quelques jours. L'anorexie me rattrapa bien vite. Et nous fîmes le triste constat que l'amour ne me donnait même pas des ailes.

02/11/2009

Un Passé Lourd Qui Profile

NNN.jpgUn passé lourd et difficile contribue à la maladie.

Ce que j'observe autour de moi sont des jeunes femmes qui ont été souvent victimes d'abus sexuel. Leur corps les dégoûte. Comment aimer son corps et le respecter quand on ne vous a pas appris à le faire ?

Cela se manifeste par de multiples douches par jour, parce qu'elles se sentent toujours sales. Par une envie de "disparaître", d'être la plus petite possible, comme un réflexe de défense. Ne pas manger leur permette aussi d'effacer ces formes féminines malvenues, qui éveilleraient le désir des hommes.

Une constante aussi est une carence affective importante. Quand bien même nos proches nous montrent leur amour et leur soutien, nous sommes comme des puits sans fond : il n'y aura jamais assez d'eau. Vous avez beau le remplir, il ne déborde jamais. La famille et les amis peuvent ressentir une culpabilité, revenir en arrière dans le passé pour tenter de voir Où ça a commencé à aller de travers. Mais nous savons tous qu'on ne peut revenir sur le passé. Juste en tirer des leçons.

Face à ce manque d'amour, elles se battent pour que leur couple survive à la maladie et inversement, si elles sont célibataires, nombreuses seront celles qui se perdront dans les bras du premier venu. Combler ce cruel manque, ce gouffre. Un besoin immense de se sentir aimée puisqu'on a du mal à s'aimer soi-même.