Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/06/2010

L'Anorexie Derrière Un Burn Out

Je vais vous raconter ici comment cette maladie, l'anorexie, s'est déployée sournoisement en moi, sans que je m'en rende compte. J'avais pourtant connu un épisode dans mon adolescence. Je pouvais la reconnaître. Mais je ne l'ai pas vue venir.

Remontons au tout début. Dans le temps. En 2001. Non, pas en 2003, année de la première hospitalisation.

Tout allait bien dans le meilleur du monde. Jusqu'à ce que je vive une situation dramatique pour moi avec ma mère. Je fus sous le choc. Au point de perdre complètement l'appétit. Je ne mangeais plus qu'une fois par jour, le soir. Les semaines défilèrent et je perdais du poids. Environ 7 kilos s'évaporèrent puis mon poids s'est stabilisé à un certain niveau. D'un BMI à 18, je passai à 15.5 environ. Il n'y eut aucune impact sur mon travail, si ce n'est un congé maladie d'une semaine pour récupérer un peu de la fatigue endurée. En 2003, mon travail était devenu très prenant et très exigent, avec une distance de 100 kilomètres entre mon lieu de travail et mon domicile. Je commençais à me sentir plus faible, à moins bien encaisser des situations de stress.

La spirale allait devenir infernale.

Ayant de plus en plus de mal à me lever le matin, je dormais jusqu'à la dernière minute. Le petit déjeuner est ainsi passé à la trappe. Je ne buvais plus que du café. En journée à mon travail, j'étais sans cesse interrompue quand je dînais et cela commençait sérieusement à m'agacer. Je gérais donc moins bien le stress. J'avais un noeud dans la gorge à chaque bouchée. Aussi, je décidai de ne plus manger qu'un ou deux yaourts sur la journée, de sorte que j'aurais moins de risque d'être dérangée. Puisque je ne mangeais quasi plus rien en journée, mon estomac se rétrécit et je n'arrivais plus à manger grand chose le soir.

En mai, j'avais une semaine de vacances prévue en Corse, pour faire un trek au GR20. Je n'allais certainement pas me retaper et me reposer durant ce challenge sportif. Je réussis à parcourir quelques étapes, en allant au bout de moi-même. Fort heureusement, je remangeais mieux dans les montagnes, puisque mon corps avait besoin d'énergie. Mais ce ne fut pas sans conséquence sur la balance à mon retour. J'avais perdu 1 kilo. Seulement, allez-vous dire. Oui... Mais...

Je repris le rythme effréné de mon travail et mes mauvaises habitudes de sauter les repas. Là, mon corps commença à vaciller, à me donner des petits coups de sonnettes d'alarme. Grosses chutes de tension. Pâleur importante. Amaigrissement. Difficultés de concentration. Je me disais que je devais tenir jusqu'à ma prochaine semaine de vacances en août. Là, je me reposerais et je pourrais remanger convenablement.

Je ne tins pas jusqu'à là. En juillet, je fis deux malaises en plein milieu du couloir du travail. Ma tension était dans les lattes, 6.5/4. Ma patronne me dit un lundi soir, qu'elle voyait que je n'allais pas bien et me somma d'aller voir un médecin et de prendre le temps pour me soigner. Coup dur pour moi, là, qui n'étais jamais malade.

La suite fut simple : j'allai voir mon médecin. Mon BMI était tombé dans les 14. J'eus une prise de sang qui était alarmante. Il nomma le mot "anorexie" à ce moment et me recommanda le médecin psychiatre qui me suit encore actuellement. Je fus hospitalisée au mois d'août 2003 et ne réalisai qu'à ce moment que j'étais devenue anorexique et qu'il me faudrait bien plus que quelques semaines pour me soigner !

Je pensais stupidement que la semaine de vacances allait suffire pour tout arranger, qu'en ayant pu me reposer, j'allais remanger comme avant. J'ai été complètement bernée et aveugle. Inconsciente de ce qui se tramait derrière ce BURN OUT : l'anorexie. J'étais épuisée physiquement puis, sans tarder, psychologiquement aussi.

Vidée...

Comme morte...

La suite est et sera dans ce blog...

28/05/2010

"L'anorexie Tue La Femme Que Tu Es"

Petit retour en arrière. C’était en novembre 2003. J’étais en clinique depuis 112 jours. Après une chute de poids qu’on observe souvent quand on commence à se réalimenter, j’étais revenue à la ligne de départ. Inutile de dire que je résistais déjà au traitement. Mon épuisement professionnel avait un goût amer. Je n’avais jamais pensé que cela pouvait m’arriver à cette époque. Un long congé maladie était inadmissible à mes yeux et encore plus pour une raison psychologique. J’étais donc très déçue de moi-même. Refuser de manger suffisamment était une sorte de punition que je m’infligeais.

Je n’arrivais pas à me pardonner.

J'étais enragée.

J'étais dégoûtée aussi du "système" qui m'avait fait couler. Dans mon travail, on est exploités. On ne compte pas les heures. On ne sait jamais quand on finit la journée.

J'étais révoltée. Contre moi. Contre eux. Contre le monde entier !

Tant que cette colère ne diminuait pas de volume, je ne pouvais manger. Un vrai blocage alimentaire !

A cette date, j’étais avec mon ami depuis un peu moins d’un an. Il souffrait terriblement de me voir malade et si maigre. Il redoutait l’échec du seul traitement possible que l’on appliquait, à savoir la clinique et remanger naturellement. En lui demandant ce qu’il ferait si je restais maigre, il me répondit que soit il serait malheureux toute sa vie, soit il devrait me quitter. Cela m’avait fendu le cœur car j’avais compris qu’un jour, notre histoire se terminerait. Je me sentais tellement écrasée et envahie par l’anorexie. Il me dit cette phrase, gravée à jamais :

« L’anorexie tue la femme que tu es. Celle que j’aime est derrière, bien enfuie et dure à retrouver ».

On peut aisément comprendre que perdre ses rondeurs déféminise et que le conjoint peut avoir difficile avec l’image d’un corps décharné. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Je le comprenais. Mais surtout, il avait difficile de voir la personne qu'il aimait dans la maladie, dans l'adversité, avec une impression de stand by.

Cette phrase m’avait motivée à faire des efforts pour reprendre du poids. Je ne voulais pas le perdre. Je l'aimais. J'avais décidé de mettre les bouchées doubles. Pour lui...

Mais pas pour moi...

Et c'était bien là que le bât blessait. Il faut se battre pour SOI. Si c'est pour l'autre, cela ne dure qu'un temps, en général. Aussi, l'effort n'aura duré que quelques jours. L'anorexie me rattrapa bien vite. Et nous fîmes le triste constat que l'amour ne me donnait même pas des ailes.