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06/04/2010

? Interrogation ?

Je me suis souvent posée une question en clinique en voyant arriver certaines adolescentes ou adultes. Comment peut-on laisser un proche atteindre un état de maigreur aussi prononcé ? Pourquoi ne pas avoir réagi plus tôt ?

Oui, la maigreur peut être cachée. J'ai usé et use encore de mes vêtements pour camoufler mon absence de rondeurs. Mes pantalons ont une taille de trop. Mes pulls ne sont pas moulants. Mais quand vient les douces températures, je suis bien obligée de libérer au moins mes avant-bras et mon cou pour être à l'aise et ne pas faire de malaise de chaleur.

La maigreur peut donc être cachée mais jusqu'à un certain point. Le visage trahit vite le manque de poids. Les tempes et les joues se creusent, les clavicules sont plus saillantes. On ne peut donc pas donner uniquement cette excuse.

Une autre serait évidemment le DENI total du problème d'anorexie par la patiente et même sa famille. Il n'est pas toujours évident d'accepter en tant que mère et père que sa fille va mal et souffre d'une maladie mentale. Surtout quand l'apparence doit rester de mise aux yeux de l'entourage. Voir son enfant ou sa partenaire souffrir de ce terrible mal peut bouleverser au point de rester sans voix parfois ou se sentir impuissant par manque d'informations. Mais ce sera généralement la personne anorexique elle-même qui déniera tout problème de poids. Durant mon dernier séjour, une jeune femme de 21 ans hurlait parce qu'elle ne voulait plus manger. Elle était convaincue que manger n'était pas nécessaire pour vivre. Elle se disait "bien comme ça", alors que son état était angoissant à voir. A la maison, l'entourage pourrait facilement céder à l'anorexie parce que cela crée des disputes, des tensions, des chantages parfois de suicides ou autres, de sorte que l'on perd un temps précieux pour réagir.

Attendre aussi. Se dire que cela va passer, qu'elle va se ressaisir. Mais je peux vous dire que la plupart du temps, quand on descend dans le poids et qu'on ne mange plus grand chose, on est prise dans la spirale infernale de l'anorexie et il est pratiquement impossible de réagir.

J'ai posé ma question quelques fois à ces patiente si maigres, plus maigres que moi, visiblement. L'une m'a répondu que ses parents s'en foutaient qu'elle soit vivante ou pas, ayant subi l'inceste depuis toute petite. Elle a fini par faire un arrêt cardiaque à 26 kilos ! Et elle a survécu, heureusement ! Une autre était consciente qu'elle était très bas mais elle avait trop relativisé. Mais surtout, elle était tenue par des besoins financiers. Elle faisait un petit boulot de serveuse et arrivait à peine à tenir le mois avec son salaire. Comment voulez-vous vous soigner quand on a le couteau sous la gorge ? Une dernière, plus jeune, m'a dit qu'elle faisait du chantage à ses parents, ce qui les faisait taire.

Pour ma part, je me suis fixée une limite de poids en-dessous de laquelle je dois envisager un traitement plus radical. Cette limite est certainement déjà trop basse, ne le nions pas, mais elle est "réaliste" vu mon parcours ces 6 dernières années.