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24/04/2011

Le "Séquentiel"

Un mois après ma sortie de clinique, je suis allée revoir en consultation mon psychiatre pour faire le point de la situation.

Mon poids a un peu chuté et je lutte encore aujourd'hui pour le récupérer. J'ai joué avec le feu et je paie encore les pots cassés. J'ai parlé à mon médecin des révolutions intérieures, des choses que j'ai mises en place pour reprendre du poids. Maintenant, lui et moi, nous attendons le résultat concret sur la balance. On peut dire tout ce qu'on veut, tant que le poids ne remonte pas, ça signifie que mes efforts sont insuffisants. C'est mathématique.

Il m'a alors parlé du séquentiel. Il s'agit d'une nouvelle façon d'aborder l'anorexie. Et il m'a bien mise en garde. Déjà, il ne veut plus me récupérer dans un état lamentable, avec un petit poids. Il m'a prévenu qu'il n'était plus question de longues hospitalisations comme jadis. Dernièrement, j'ai mis 8 mois pour prendre 6.5 kilos. Sans parler des précédentes... j'ai passé bien plus de la moitié de ma vie en clinique depuis 2003 !!! Mais quelle bonne idée, me suis-je dit, alors qu'il pensait que j'allais sauter au plafond ! Etre en clinique coupe du monde extérieur. On vit en parallèle de la société et quand il convient de reprendre son travail, c'est d'autant plus dur qu'on est resté longtemps en incapacité de travail. Je me suis d'ailleurs fait la réflexion qu'il aurait pu agir de la sorte bien plus tôt ! Mince alors !

En somme, il me propose de revenir en clinique à la demande, pour des courts séjours prédéfinis à l'avance. Maximum 4 semaines. Mais à UNE seule mais grande CONDITION : je ne peux pas descendre sous x kilos. Je suis à moins d'un kilo de cette limite... Si je descends en-dessous du poids fixé, il ne me reprend plus en clinique ! On peut continuer à se voir en consultation mais je devrai me débrouiller. Il m'a donc dit de faire bien attention. Il s'agit de bien réfléchir et d'être honnête avec soi-même. Ecouter ma voix et non celle de la maladie. Si je sens que je suis en difficulté, que je n'arrive pas à reprendre le poids perdu, seule, il ne faut pas attendre. Il faut anticiper !

Alors, j'ai des raisons de croire que je ne suis pas, déjà, au stade d'avoir besoin du coup de main des pros de la santé. Ma dernière pesée fut positive et la tendance s'inverse. Je reste rigoureuse et disciplinée dans mes trois repas et trois collations. Ce que je mangerais en clinique pour prendre du poids, je suis en train de le reproduire à la maison. J'y arrive enfin. Enfin presque... et c'est ce "presque" qui doit me maintenir en état d'alerte.

La valeur ajoutée de la clinique ? Comment se fait-il qu'en clinique, je peux prendre du poids plus facilement que dehors ? C'est une question qu'on se pose souvent. Eh bien, la clinique joue le rôle de cocon. Elle nous donne un sentiment de sécurité. Elle apaise les peurs qui paralysent, qui entretiennent et nourrissent la maladie. Elle permet donc de nous libérer un peu, ce qui favorise le lâcher prise et la prise de poids. 3 ou 4 semaines suffisent pour reprendre 1 ou 2 kilos.

Ce qui est bien dans le séquentiel, c'est cette responsabilité qu'on nous met entre les mains. L'anorexie est infantilisante, elle nous enlève la confiance en soi et le degré d'appréciation de la gravité de la situation. Eh bien ici, il faut réfléchir comme une adulte. On ne joue plus... et certainement plus avec sa santé !