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28/05/2010

"L'anorexie Tue La Femme Que Tu Es"

Petit retour en arrière. C’était en novembre 2003. J’étais en clinique depuis 112 jours. Après une chute de poids qu’on observe souvent quand on commence à se réalimenter, j’étais revenue à la ligne de départ. Inutile de dire que je résistais déjà au traitement. Mon épuisement professionnel avait un goût amer. Je n’avais jamais pensé que cela pouvait m’arriver à cette époque. Un long congé maladie était inadmissible à mes yeux et encore plus pour une raison psychologique. J’étais donc très déçue de moi-même. Refuser de manger suffisamment était une sorte de punition que je m’infligeais.

Je n’arrivais pas à me pardonner.

J'étais enragée.

J'étais dégoûtée aussi du "système" qui m'avait fait couler. Dans mon travail, on est exploités. On ne compte pas les heures. On ne sait jamais quand on finit la journée.

J'étais révoltée. Contre moi. Contre eux. Contre le monde entier !

Tant que cette colère ne diminuait pas de volume, je ne pouvais manger. Un vrai blocage alimentaire !

A cette date, j’étais avec mon ami depuis un peu moins d’un an. Il souffrait terriblement de me voir malade et si maigre. Il redoutait l’échec du seul traitement possible que l’on appliquait, à savoir la clinique et remanger naturellement. En lui demandant ce qu’il ferait si je restais maigre, il me répondit que soit il serait malheureux toute sa vie, soit il devrait me quitter. Cela m’avait fendu le cœur car j’avais compris qu’un jour, notre histoire se terminerait. Je me sentais tellement écrasée et envahie par l’anorexie. Il me dit cette phrase, gravée à jamais :

« L’anorexie tue la femme que tu es. Celle que j’aime est derrière, bien enfuie et dure à retrouver ».

On peut aisément comprendre que perdre ses rondeurs déféminise et que le conjoint peut avoir difficile avec l’image d’un corps décharné. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Je le comprenais. Mais surtout, il avait difficile de voir la personne qu'il aimait dans la maladie, dans l'adversité, avec une impression de stand by.

Cette phrase m’avait motivée à faire des efforts pour reprendre du poids. Je ne voulais pas le perdre. Je l'aimais. J'avais décidé de mettre les bouchées doubles. Pour lui...

Mais pas pour moi...

Et c'était bien là que le bât blessait. Il faut se battre pour SOI. Si c'est pour l'autre, cela ne dure qu'un temps, en général. Aussi, l'effort n'aura duré que quelques jours. L'anorexie me rattrapa bien vite. Et nous fîmes le triste constat que l'amour ne me donnait même pas des ailes.