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17/06/2010

Alicia

J'ai rencontré Alicia au cours de ma première hospitalisation en 2003. Elle fut ma compagne de chambre pendant quelques semaines. Elle était arrivée dans un état de maigreur extrême, après avoir fait un séjour dans une autre clinique qui ne lui convenait pas. Elle perdit là encore 4 kilos dans la bataille. Elle aurait pu être transférée dans un service de médecine interne d'abord pour remonter vite son poids de quelques kilos. Mais elle n'en voulait pas. Elle préférait remonter la pente en mangeant normalement. Et c'est avec une volonté exemplaire, un lâcher prise, un énorme courage qu'elle affrontait les pesées positives ! Elle prenait environ 4 kilos par mois.

Cette jeune femme avait 21 ans à l'époque. Elle avait commencé des études de médecine puis elle avait bifurqué en kinésithérapie. Elle habitait chez ses parents. Sa famille était bourgeoise. Son père et sa mère occupaient des postes importants dans la société. Inutile de dire qu'ils étaient très inquièts pour leur fille. Mais à un tel point qu'Alice se sentait étouffée, bouffée même. Lors de ses sorties en week-end, elle revenait décomposée. Ses parents surveillaient tous ses repas, l'obligeaient à finir son assiette, lui servaient ses collations aux heures précises. Les tensions familiales n'ont pas mis beaucoup de temps avant de se faire sentir.

Un jour, quand elle n'avait plus que quelques kilos à reprendre pour arriver à son contrat de poids, elle me dit qu'elle avait pris des photos d'elle lorsque son poids était au plus bas. Elle me demanda si je voulais les voir. Tout ça dans un but positif : ne plus jamais se laisser aller, se souvenir qu'elle avait frôlé la mort, et me motiver moi, peut-être, à me battre contre l'anorexie, les kilos chez moi venant beaucoup plus lentement qu'elle. Ce que je vis fut effrayant ! Un corps décharné, comme on en a vu dans les camps de concentration ! La peau sur les os. Un squelette ambulant. Comment peut-on en arriver là ?

Je ne connais plus en détails son histoire mais ce que je sais, c'est qu'Alicia avait en elle une profonde envie de vivre. Elle s'était laissée aller car elle ne se sentait pas à sa place, ni dans les études, ni dans sa famille. Ses parents lui mettaient beaucoup de pression pour qu'elle continue ses études de médecine. Et ne plus manger était une façon à elle de dire qu'elle ne voulait pas. Elle avait beau le dire avec des mots, ils n'entendaient pas.

Alicia a finalement quitté la clinique 6 mois plus tard. Son contrat de poids était atteint. Ce que je retiens d'elle, c'est cette rage de vaincre, cette envie de vivre qui a repris le dessus grâce en partie à la thérapie familiale.

Lorsqu'elle est sortie, elle eut du mal à retourner vivre chez ses parents. Je me souviens d'un verre qu'on était allées prendre ensemble. Ce soir-là, sa mère l'appela pour vérifier si elle mangeait bien et avec qui elle était. Elle demanda même à me parler pour vérifier les dires de sa fille !

7 ans plus tard, je peux vous dire qu'elle est guérie. Elle croque la vie à pleines dents. Elle a fini par se prendre un kot étudiant et a terminé brillamment ses études de kiné. Plus de rechute.

ON PEUT GUÉRIR DE L'ANOREXIE ! Accrochez-vous ! Gardez Espoir !

13/09/2009

Une Alimentation En Parallèle

manger_pour_vivre.gifJe mange pour vivre alors que la plupart de la population vit en partie pour manger. Il est difficile à comprendre comment on ne peut prendre de plaisir en mangeant. Comment on n'arrive pas à manger plus pour obtenir un poids "convenable". Ce que je ressens est ce que vous avez déjà ressenti quand vous êtes malades. Vous n'avez pas d'appétit et vous forcer vous renderait malade. Je vis cela au quotidien.

Alors comment vivre normalement alors que mon poids me l'empêche de faire ? Comment prendre du poids sans forcer le passage ?

Il y a deux solutions : la sonde gastrique et l'alimentation parentérale (par voie veineuse).

Pour la sonde gastrique, bien que ce soit le moyen le plus sûr et le plus naturel, puisque le liquide passe dans les voies digestives pour être absorbé, je ne peux pas m'imaginer avec ce tube passant dans mon nez. Cela couperait aussi le peu d'appétit qui me reste. Alors quoi ? Il reste l'alimentation parentérale. En Belgique, certains patients qui ont des problèmes d'intestins et qui n'absorbent donc pas assez de calories que pour vivre bien, ont un système d'alimentation à domicile. Et c'est ce que j'ai envisagé et accepté de faire. Encore faut-il que je dise oui dans deux semaines pour oser lancer cette thérapie. Elle n'est pas dénudée de risques, infectieux essentiellement. Mais ai-je le choix ? Oui, je veux vivre mieux ! La technique serait de me placer une sorte de port-à-cath qui permettrait de brancher la nuit le sac de nutrition. Ce serait donc un complément de calories bienvenu pour mon corps. J'apprendrais durant un court séjour en hôpital comment placer l'alimentation dans les condition stériles.

C'est une mesure extrême, j'en conviens, qui mérite encore réflexion. Mais je veux me sauver, même si cela va passer par des angoisses face auxquelles j'ignore comment je vais réagir !

Quand on est dans un cul-de-sac, il faut penser à tout. J'encourage toutes celles qui souffrent de problèmes alimentaires et qui sont au stade de vouloir s'en sortir, qu'il faut persévérer ! La vie est belle malgré ces obsessions qui nous pourrissent la vie. Tout dépend de quel côté vous regardez ! Voyez la lumière plutôt que le tunnel... On finira toutes par s'en sortir !