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02/06/2010

La Drogue Du Jeûne

J'ai dîné au restaurant  avec mon ami ce midi. Nous y allons pour le plaisir de se retrouver autrement à table mais aussi pour que je quitte mes habitudes alimentaires.

Explorer de nouveaux horizons.

Oser commander ce qui sort des sentiers tant battus.

Eveiller les papilles...

Mais la réveiller aussi à coups de fourchette : ELLE, l'anorexie !

Lui faire mal. La torturer. L'étrangler au point qu'elle me supplie d'arrêter.

J'ai mangé un plat de nouilles. Difficile pour moi. Un défi à chaque fois de taille.

Je rumine. Je fulmine.

Ca fait mal. C'est dur. Si vous saviez ! Et pour que vous compreniez ou puissiez vous projeter, je me sens comme si j'étais droguée. Non pas à une substance comme l'alcool ou l'héroïne, mais au "rien". Au vide. Au jeûne. Et quand je mange, c'est comme si j'étais en manque, en sevrage. Je suis la proie à des angoisses (irrationnelles entendons-nous bien mais bien réelles), à de la nervosité, à de l'irritabilité, à un renfermement sur moi-même. Je ne dis plus rien. Je digère. Je métabolise les aliments. Il me faut quelques heures pour que ça passe. Pour en retirer un quelconque fierté de l'avoir remporté !

Les personnes qui ont une accoutumance sévère, quand ils prennent un verre d'alcool ou s'injectent de la drogue, on dit qu'ils "craquent". Et moi, je craque parfois en passant une collation ou en réduisant le repas à un fruit. Jadis, je craquais aussi en vomissant. Un cauchemar. Car cela vous empêche de vivre sereinement. Ca vous demande une grosse dose d'énergie d'aller CONTRE. Une énergie que vous pourriez utiliser à autre chose mais que vous avez dû emprunter sur votre capital de forces. A la fin d'une journée, on peut être las ! Las de se battre, de lutter contre l'envie... de rien... ou d'une substance... Quand j'ai mangé plus, c'est dur. Ca fait mal, comme si je privais mon corps de la substance qu'est devenu le rien. Un sevrage physique. Une souffrance physique.

Quand je relève un défi, la maladie se débat et me crie : "non !". Hier soir, j'avais décidé de passer la fameuse crème vanille. Mais je fus prise par un sentiment de culpabilité. Je m'en voulais de l'écouter, elle, l'anorexie. Et bonne nouvelle : c'est nouveau ! Mais la colère est montée, montée, à un tel point que je l'ai mangée avec rage et détermination. La colère que suscite ma situation me donne des ailes. Et puis, je deviens en colère contre le monde entier ! Contre ce monde d'apparences, de pressions, d'hypocrisie, de jugements, d'injustices ! Le monde me fait peur tellement il peut être mauvais.

Mais c'est le monde. Rien ni personne ni moi ne le changerons ! On peut juste travailler à l'échelle individuelle...

Alors, puisque mon métier me donne l'opportunité d'être utile, de soulager, d'écouter, de rendre les gens en meilleure santé, je dois tout faire pour aller le retrouver. En mangeant. En cessant de me droguer au jeûne. Au rien. Au vide.

Transformer la colère en énergie positive ! Et lui dire m... tous les jours !!!