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15/06/2011

La Féminité : Un Problème ?

S'il y a bien un sujet sur lequel on me pose souvent des questions, c'est au sujet de ma féminité.

Comment je vis le fait d'être femme ? Bien, merci. Je ne souhaiterais pas être un homme... Trêve de plaisanterie.

Etre femme, oui, mais être féminine ? Avoir des formes ? Des courbes ?

En ce qui me concerne, je n'ai aucun problème à avoir retrouvé un peu plus de poitrine, des fesses plus rondes, un peu plus de chair à des endroits bienvenus, comme le dos, le décolleté, les avant-bras, les coudes et les genoux, les hanches. Que du contraire ! C'est encore insuffisant à mon goût. J'ai bien conscience que je serais encore plus belle si je prenais encore quelques kilos. Mais ce n'est pas un facteur de motivation. Alors, j'ai plus de formes mais j'ai encore du mal à les exposer. Non pas parce que ce sont des traits féminins qui sous-entendent la sexualité mais parce que je me trouve encore assez maigre et ne trouve pas mon corps fort esthétique. On me dit maigre d'apparence. Ce n'est plus choquant mais c'est flagrant et incontestable. J'ai tendance à minimiser la perception des autres. Pour moi, avec mes 6 kilos de plus que l'année dernière, je me trouve tellement plus "normale". Je me dis même parfois que je suis bien comme ça, à un BMI de 15. C'est là qu'on pourrait dire qu'on retrouve une caractéristique de la maladie : la fausse perception de soi. Se voir plus grosse que la réalité. Mais il ne s'agit pas de cela. Je me vois telle que je suis mais je me contente sans doute du minimum. Pour l'instant...

Pour d'autres, la féminité pose souvent bien plus de problèmes. Ce sont surtout les jeunes adolescentes qui ont cette difficulté à voir leur corps se transformer en femme. Une jeune fille de 13 ans me disait un jour qu'elle ne voulait pas grossir car elle ne voulait pas avoir de seins ni de poils. Elle trouvait ça moche. Elle ne voulait pas grandir. D'autres ont été victimes d'abus sexuels en tout genre. Une jeune femme de 26 ans victime d'abus voulait rester maigre car elle allait reprendre de la poitrine et c'était insupportable. Elle la camouflait ainsi en portant des pulls trop larges.

Les raisons qui nous poussent à vivre bien ou mal la féminité sont diverses mais ce n'est pas parce que nous souffrons de TCA que nous avons toutes un problème avec notre féminité. La maladie a des causes bien plus complexes que ça. Il me semble d'ailleurs que beaucoup d'autres femmes sans maladie peuvent vivre mal leur féminité. Il s'agit d'être bien dans son corps et dans sa tête et malheureusement, ce n'est pas donné pour tout le monde. L'éducation, les médias jouent ici un rôle important.

Alors, avoir des formes féminines, une difficulté ? Non. Ne pas en avoir assez ? Oui.

04/06/2010

L'anorexie dans L'Adolescence

Tout le monde sait que l'adolescence est une période souvent difficile où l'on se cherche. Certains la passent sans problème. D'autres expriment le mal-être en consommant de la drogue, en commençant à fumer pour faire comme les autres ou boivent de l'alcool de façon excessive pour leur âge. Et puis, les troubles alimentaires menacent aussi la plupart des jeunes filles qui voient leur corps se transformer, prendre des formes, ce qui peut être mal vécu. Surtout si elles se comparent aux modèles qui circulent dans la presse.

J'ai traversé une crise d'adolescence qui s'est exprimée sous forme d'anorexie, déjà. J'avais 15 ans. Je faisais du sport de compétition. J'étais suivie par un médecin de sport lié au club. J'étais très douée et me classais chaque année dans le top 3 belge d'athlétisme. Je me sentais épanouie, que ce soit dans le sport ou dans la vie de tous les jours. Lors d'une consultation chez le médecin, il mesura mon taux de graisse en prenant différentes mesures avec une pince. Il conclut en me disant de veiller à ce que je ne prenne pas de poids car cela pourrait interférer avec mes performances. Quelques jours plus tard, suite à une douleur au niveau des lombaires, mon entraîneur me massa et me dit de faire attention à mon poids. Il devait sans doute pincer des bourlets. Sur la même semaine, un copain me dit lors d'une compétition de saut en longueur que j'attrapais un "gros cul".

Je me mis au régime suite à ces trois "avertissements". Je voulais perdre quelques kilos pour éviter de voir mes performances diminuer. Je perdis pendant les vacances deux ou trois kilos en supprimant les boissons sucrées et en mangeant plus de fruits et de légumes. Puis, satisfaite de moi-même, je poursuivis mon régime jusqu'à ce que mes proches et mon entraîneur me disent que j'avais fort maigri. C'était bien le but ! Mais je fus prise au piège de l'anorexie. Insidieusement, elle avait tissé sa toile. Je voulais encore maigrir. Voir le chiffre plus bas, encore plus bas. J'avais appris le nombre de calories dans tous les aliments, les pesais consciencieusement et définissais un total à prendre sur la journée. En quelques mois, j'avais perdu une dizaine de kilos. Je n'arrivais plus à me détacher de mon régime. C'était devenu une obsession. Avec la spirale infernale de la déprime qui accompagne ce mal-être de jeune fille. Je me voyais grosse. Je ne supportais plus mes formes. Je ne me supportais plus tout court. Mes muscles avaient fondu. Je n'excellais plus dans le sport. Les filles que je battais couraient plus vite que moi. Je me sentais nulle. J'étais découragée à l'entraînement mais je le continuais car je me dépensais.

Progressivement, je me suis isolée. Je ne sortais plus avec les copines de peur de devoir manger ou boire. J'avais perdu toute confiance en moi. Je broyais du noir à longueur de journée.

Et puis un jour, ma mère m'amena chez le médecin généraliste. Il me menaça tout de suite en me disant que si je perdais davantage de poids, il m'enverrai en clinique. Panique à bord ! SOS. Je décidai alors de monter le compte de calories sur la journée. Et je stabilisai mon poids sans en reprendre.

A la longue, je lâchai prise doucement. J'allais commencer les études universitaires que je rêvais depuis mes 12 ans. J'eus un coup de foudre pour un homme qui me fit voir les choses positivement. Que la vie était belle ! A chaque fois que je prenais un kilo, ça faisait mal. Mal. Mais je me disais que mon corps de femme se développait et que c'était donc normal de prendre du poids. Puis, je commençai par faire des "écarts" de régime et retrouvai lentement mais sûrement mon poids de départ. Les calories, les balances, tout cela n'existait plus ! Mon premier geste fut d'ailleurs d'écraser avec mon pieds le pèse aliment !

On peut guérir de cette maladie. J'en suis la preuve vivante. Je me dis toujours que si j'ai pu guérir une fois, je peux le refaire. C'est pour cela que l'espoir ne me quitte pas. J'ai vu aussi pas mal de jeunes femmes sortir de la maladie durant mes hospitalisations.

ON PEUT GUERIR DE L'ANOREXIE. IL FAUT GARDER FOI ET ESPOIR.

28/05/2010

"L'anorexie Tue La Femme Que Tu Es"

Petit retour en arrière. C’était en novembre 2003. J’étais en clinique depuis 112 jours. Après une chute de poids qu’on observe souvent quand on commence à se réalimenter, j’étais revenue à la ligne de départ. Inutile de dire que je résistais déjà au traitement. Mon épuisement professionnel avait un goût amer. Je n’avais jamais pensé que cela pouvait m’arriver à cette époque. Un long congé maladie était inadmissible à mes yeux et encore plus pour une raison psychologique. J’étais donc très déçue de moi-même. Refuser de manger suffisamment était une sorte de punition que je m’infligeais.

Je n’arrivais pas à me pardonner.

J'étais enragée.

J'étais dégoûtée aussi du "système" qui m'avait fait couler. Dans mon travail, on est exploités. On ne compte pas les heures. On ne sait jamais quand on finit la journée.

J'étais révoltée. Contre moi. Contre eux. Contre le monde entier !

Tant que cette colère ne diminuait pas de volume, je ne pouvais manger. Un vrai blocage alimentaire !

A cette date, j’étais avec mon ami depuis un peu moins d’un an. Il souffrait terriblement de me voir malade et si maigre. Il redoutait l’échec du seul traitement possible que l’on appliquait, à savoir la clinique et remanger naturellement. En lui demandant ce qu’il ferait si je restais maigre, il me répondit que soit il serait malheureux toute sa vie, soit il devrait me quitter. Cela m’avait fendu le cœur car j’avais compris qu’un jour, notre histoire se terminerait. Je me sentais tellement écrasée et envahie par l’anorexie. Il me dit cette phrase, gravée à jamais :

« L’anorexie tue la femme que tu es. Celle que j’aime est derrière, bien enfuie et dure à retrouver ».

On peut aisément comprendre que perdre ses rondeurs déféminise et que le conjoint peut avoir difficile avec l’image d’un corps décharné. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Je le comprenais. Mais surtout, il avait difficile de voir la personne qu'il aimait dans la maladie, dans l'adversité, avec une impression de stand by.

Cette phrase m’avait motivée à faire des efforts pour reprendre du poids. Je ne voulais pas le perdre. Je l'aimais. J'avais décidé de mettre les bouchées doubles. Pour lui...

Mais pas pour moi...

Et c'était bien là que le bât blessait. Il faut se battre pour SOI. Si c'est pour l'autre, cela ne dure qu'un temps, en général. Aussi, l'effort n'aura duré que quelques jours. L'anorexie me rattrapa bien vite. Et nous fîmes le triste constat que l'amour ne me donnait même pas des ailes.