Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

10/09/2010

11 semaines

La pression montait...

Je ne voulais pas subir mais agir, seule.

C'est à moi que je devais revenir la victoire.

Alors, j'y ai mis le paquet. Il le fallait. Mon moral piquait en flèche vers le bas car mon poids ne bougeait pas malgré les efforts déjà consentis. Et je suis soulagée de pouvoir dire ce soir que j'ai gagné un petit kilo de plus.

C'était dur. Dur physiquement. Dur psychologiquement car j'ai un problème avec le plaisir que je peux ressentir en mangeant. Alors quand j'ai vu le chiffre sur dame balance, j'ai fondu en larmes...

Vous devez vous dire que c'était bien mon but de prendre du poids. Oui. Pourquoi ces pleurs alors ? Parce que la pression est brusquement tombée et je me suis sentie épuisée. Parce que j'y suis arrivée et suis donc fière de moi, des larmes de joie. Mais aussi, il y a ce côté irrationnel de la maladie. La sensation qu'on m'arrache la peau parce que l'anorexie s'y colle depuis 7 ans, à la super glue. Et la décoller ne se fait pas sans douleur, sans cette sensation étrange de perdre quelque chose. J'avais écrit un article sur le sujet : "Guérir, c'est accepter de perdre certaines choses", antérieurement sur ce blog.

Et puis, la journée passe. Le nouveau chiffre s'inscrit. Il ne me quitte pas. La maladie voudrait que je reprenne le "contrôle" pour me rassurer mais est-ce bien nécessaire ? Non. Je devrai de toute façon repasser par là et je perdrais mon temps. On se met aussi à repenser pendant que l'on mange. La sérénité s'estompe. On se dit qu'on va pousser moins aux repas, passer peut-être un complément alimentaire ou le remplacer par quelque chose de plus léger.

Mais la VRAIE victoire se situe ICI : continuer de manger ce qui est prévu, poursuivre les efforts, ne pas relâcher, se reposer sur ses lauriers, et surtout passer au-delà de la peur de prendre du poids trop vite.

L'objectif n'est pas atteint !

Et cette nouvelle pensée qui fait une discrète entrée dans ma tête : " Je ne vois pas pourquoi je n'ai pas le droit de me faire plaisir en mangeant, comme tout le monde ? " Si elle pouvait envahir mon esprit complètement, je serais sur la voie de la guérison...

26/08/2010

Ma première hospitalisation

Je me souviens de ma première hospitalisation comme si c'était hier. Je me vois arrivée avec une petite valise. Une infirmière vient me chercher et me montre ma chambre puis j'attends. On m'appelle pour des examens physiques. Et quand vient l'heure du repas, je refuse de sortir de la chambre. Je suis terrifiée à l'idée de me trouver dans une clinique psychiatrique, moi qui n'avais jamais eu de défaillance. On m'autorise à rester en chambre pour cette fois.

Je vois la psychologue et la première chose que je lui dis, c'est que je suis sous le choc... de me trouver ici. Je ne pensais pas que l'anorexie pouvait me mener, moi, ici. J'étais persuadée que j'allais m'en sortir en quelques semaines, qu'il me fallait surtout du repos pour remanger convenablement. Un leurre... Il y avait un blocage dans ma tête. Pas question de me nourrir à nouveau ! Mais que se passe-t-il donc ?

Mon poids chute encore tandis que je tente de me réalimenter à coups de fourchette. Ma prise de sang devient catastrophique : anémie grave, neutropénie, protéines sanguines dans les lattes, je suis vraiment dénutrie, comme une personne âgée. Transfert en médecine interne pour transfusion et gastroscopie.

L'évolution devient alors très lente. Tous mes soucis du passé, des traumatismes vécus plus jeune, que je pensais maîtriser dans un fond de ma mémoire, ressortaient et m'écorchaient vive ! Le travail était titanesque !!!

Je me suis découverte à la fois dessinatrice, peintre, écrivain. Je me suis mise à lire tout le temps pour me cultiver. Je développais tout un côté de moi, refoulé par mon métier plus rationnel et scientifique. C'est le côté positif :)

J'ai signé une décharge après un an. J'avais atteint la moitié de mon contrat de poids et voulais tenter ma chance à nouveau dans mon travail. Je n'en pouvais plus de cette vie en clinique. Mais quand j'ai passé le pas de la porte, je savais au fond de moi, que mon problème était loin d'être résolu. Trop de ruminations. Des vomissements fréquents. Manger n'était plus naturel. Tout était calculé. Je contrôlais tout. J'avais le pouvoir sur ma vie, la part alimentaire. Quant au reste, il n'y avait plus de contrôle du tout, ce qui renforce l'anorexie. La reprise de mon boulot fut une catastrophe. Je craquai 3 semaines plus tard devant quelques personnes, dans une situation d'urgence impossible à réaliser seule. Je le sais maintenant avec le recul. N'empêche. Je me sentais honteuse, nulle et me disais que plus jamais je ne remettrai les pieds dans mon métier.

Ce qui n'est pas arrivé...

07/06/2010

Irrationalisme

Maintenant que j'ai pris conscience que la maladie me parle sans cesse (cfr article du 29/5/2010), elle me fait tenir de beaux discours ! Mon ami me fait souvent part de ses réflexions. Il a un oeil extérieur qui cible bien la problématique. Je réagis très souvent au quart de tour lorsqu'il me fait des suggestions. Mais c'est la maladie qui parle, qui revendique, qui trouve mille et une excuses ou raisons pour échapper à ce qui reste difficile.

Je vais vous donner ici un exemple. Je trouve cela interpellant avec le recul. Mon ami me demande pourquoi ne pas boire du coca normal à la place du coca zéro ? Ce serait du sucre pris facilement, sans problème de satiété, sans changement radical de goût. Et il a essuyé un grand HORS DE QUESTION ! Il est impossible pour moi d'envisager de boire du coca ! Pourquoi ? Que dit la maladie ? "Absorber trop de sucres n'est pas bon pour la santé. Dans tous les régimes, on dit de ne plus boire de soda. Le goût n'est pas bon. C'est écoeurant. Il reste un arrière goût en bouche désagréable. En plus, cela fait grossir." !!! Ne devrais-je pas prendre du poids ? Si, bien sûr ! Mais il reste impensable pour moi de m'attaquer à ça. C'est comme si je voyais le coca comme un toxique ! Alors que le coca zéro est certainement plus nocif à cause des nombreux édulcorants.

Autre exemple : j'ai commencé à utiliser du faux sucre en clinique. Tout le monde presque se baladait avec leurs pastilles et en versait partout. Que ce soit dans un yaourt nature, dans le thé, le café voire même dans le coca light qui en regorge déjà ! J'ai donc pris l'habitude de mitrailler mon thé et mon lait d'édulcorants. Là aussi, mon ami me suggère d'arrêter ce geste et de mettre à la place du vrai sucre. Et la maladie, titillée, répond : "Hors de question de mettre du sucre là-dedans. Pour avoir la même sensation sucrée en bouche, il faudrait que tu mettes plusieurs morceaux de sucre dans ce que tu bois ! T'imagine un peu la dose ? Et ça va te faire grossir. Ce n'est pas équilibré." !!! Ici, je pourrais tenter d'agir. Une cuillère de sucre ne me fait pas peur mais je devrais m'habituer à boire moins sucré. Je trouve que ce n'est pas prioritaire de se défaire de cette manie. Il faudra le faire mais pas maintenant. Et là, c'est encore sans doute la maladie qui parle.

Elle me parle tellement que je trouve des aberrations partout. Et des choses complètement irrationnelles, incompréhensibles ! Je suis tout à fait d'accord de brancher mes perfusions (voir article du 28/10/2009) d'alimentation qui sont composées de 400 kcal de glucides, 400 kcal de lipides et 100 kcal de protéines. Même si c'est dur et angoissant, j'ai accepté que ces calories passent dans mon sang pour prendre du poids. Par contre, manger l'équivalent me semble impossible. Cela représenterait un litre de coca et 100 grammes de fromage. Digérer cela revient au même : les glucides et les lipides finiront aussi dans mon sang pour être stockés. Les nutriments peuvent donc passer dans mon sang mais ne peuvent pas passer par mon tube digestif !?! N'est-ce pas irrationnel ? Interpellant, n'est-ce-pas ?

Je ne cesse plus de l'écouter et dès qu'elle pointe son nez avec ses excuses ridicules, j'essaie de dire non...

Non.

Non !

NON !!