Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

05/07/2010

Manipulation et Mensonges

J'aborde ici un sujet sensible parce qu'il touche fortement aux émotions. La personne malade et ses proches se retrouvent souvent dans un rapport de force où tous les coups sont permis.

Lorsque l'anorexie s'installe, après avoir déjà perdu quelques kilos, il y a un moment où les proches constatent que l'on mange de moins en moins. Leur attention est attirée par le fait qu'on diminue lentement les quantités et qu'on élimine un par un les aliments caloriques. Alors, spontanément, l'inquiétude s'installe et les remarques commencent à fuser.

" Tu n'as presque rien mangé ?" ... " Tu ne finirais pas ton assiette ?" ... " Je te ressers quelque chose ?" ... " Si tu continues, j'appelle le médecin !" ... Le repas est plombé. Le silence s'installe. La communication devient difficile. La rébellion commence.

On ne supporte pas toutes ces remarques. On pense avoir le droit de faire ce que l'on veut, surtout quand on est adulte. On sent qu'on piétine notre liberté, nos libres choix. Les proches sont pris à mal. Ils sont vus potentiellement comme des superviseurs ou des figures d'autorité qui veulent contrer l'anorexie. Peut-on les blâmer ? Certes non !

A la longue, on finit par s'isoler, pour ne pas manger devant les autres, pour pouvoir manger ce que l'on veut, c'est-à-dire pas grand chose, sans essuyer le moindre commentaire, pour éviter les conflits. Comme on maigrit, on devient fort irritable. On se met sur sa défensive.

L'inquiétude générée par ce comportement pousse à poser des questions du style : " Tu as mangé ?" ... " Quoi ? "... " Tu crois que ça suffit ? " ... Typiquement, cela nous énerve car on ne veut pas être surveillées. On veut avoir la paix. Alors pour ne pas inquiéter, on ment. On dit oui. On s'invente un plat. On écarte les proches. On les contourne. On les évite. On devient fausse au nom de dame Anorexie. Pour lui laisser son tapis rouge de bienvenue.

Quand on est arrivées à ce stade de mensonges, d'isolement, il ne faut pas croire que l'on est bien, qu'on s'y complaît. Quelque part, soit on ne se rend pas compte qu'on est manipulées par la maladie, très douée dans ce domaine. Soit on culpabilise beaucoup car on sait que l'on fait souffrir les autres et que le mensonge n'est pas bien, mais à la fois c'est plus fort que nous. On n'entend quasi plus notre propre petite voix mais bien celle de l'anorexie.

Les proches, eux, se sentent impuissants face au déni, à l'amaigrissement qui s'amplifie, à la colère et révolte de la personne anorexique.

Si votre enfant souffre d'anorexie, n'attendez pas pas trop longtemps avant de chercher de l'aide. Au plus l'anorexie s'installe au plus il est difficile de remonter la pente. Il y a des gens qualifiés pour les prises en charge.

ECRIVEZ MOI, JE VOUS GUIDERAI VERS CES SPÉCIALISTES.

26/10/2009

L'Entourage à Table

Une des lectrices de ce blog a soulevé une problématique importante et je la remercie.

A table ! Oui, mais avec Qui ?

Pour la plupart des gens, passer à table est un vrai plaisir. Elle offre un espace de convivialité, de partage. C'est l'occasion d'éveiller les papilles, de goûter, d'apprécier les mets et de combler l'appétit. Il est évident que le repas sera moins apprécié si l'on est mal accompagné. Ne vous êtes-vous jamais disputé à table avec votre partenaire, votre famille ou des amis ? Le repas n'est-il pas gâché en partie quand les paroles étaient amères ? Bien sûr que si. Il n'y a pas que le plat qui compte mais aussi l'ambiance dans lequel il est pris.

La problématique que je vais aborder est rencontrée fréquemment chez les personnes atteintes d'anorexie. Je ne vais pas parler de l'appréciation du repas mais plutôt de l'importance de l'entourage et de l'impact qu'il peut revêtir sur son déroulement. En cela, nous sommes chacune différentes mais il y a plusieurs possibilités.

Lorsque la personne est en clinique, les repas sont partagés généralement tous ensemble. Le danger vient du regard qu'elle va poser sur l'assiette de ses voisines, également restrictives. Je reviens ici sur la notion de "compétition" écrite dans un article différent. Elle aura besoin de voir qu'elle contrôle plus ses apports que les autres, qu'elle est plus "forte" qu'elles et va donc réduire son repas en conséquence. Dans cette situation, manger avec les autres patientes a un effet plutôt néfaste.

Parfois, la situation est bien plus simple. Que sa voisine mange bien ou mal, cela n'aura aucune influence sur elle.

Autre cas de figure. Elle mange à côté d'une patiente qui est motivée, qui a dépassé la phase de blocage. Et bien, cela peut l'encourager à dépasser ses limites et atténuer la peur de manger. L'effet est plutôt bénéfique. Ou l'inverse. Elle est motivée, ne change rien malgré la voisine qui mange peu, mais elle peut développer un sentiment de culpabilité ou rencontrer une difficulté, en ce sens qu'elle doit faire un travail supplémentaire pour accepter qu'elle a réussi son repas avec les conséquences éventuelles sur la future pesée.

Enfin, en-dehors de la clinique, le rapport de l'entourage avec la nourriture est normal et la personne anorexique doit se fondre dans la masse. Que ce soit au travail, avec des amis ou en famille, elle peut rencontrer des difficultés. Celles-ci vont l'amener soit : - à s'isoler car le regard des autres est insupportable ou des commentaires malvenus fusent, - à manger ensemble car elle assume sa particularité, - à faire bonne figure au repas avec le risque de soit aller se faire vomir car le repas est intolérable, soit de se renfermer sur soi si elle ne le fait pas, accaparée par la sensation de satiété ou l'impression d'avoir trop mangé.

Bref, il semble parfois ne pas y avoir de solution idéale. Le tout est, je pense, de varier les situations pour ne pas s'enfermer dans un de ces schémas. Nous sommes chacune particulière et il faut tenter de faire au mieux avec l'entourage. Il n'y a aucune règle, aucune loi. Cette maladie est extrêmement complexe.

Pour ma part enfin, je suis arrivée au stade où j'assume ma particularité. Elle n'est pas toujours visible, dans le sens où je peux manger comme tout le monde, mais parfois on constate que je mange peu. Et alors ?