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28/04/2011

La culpabilité des parents

Je suis tombée sur un article qui répond bien mieux que moi à cette question fondamentale :

Pourquoi la culpabilité des parents n’a jamais aidé une anorexique ou une boulimique à s’en sortir ?

Dans pratiquement tous les courriers des parents de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire (TCA), il y a l’expression d’un sentiment de culpabilité, ce sentiment un peu nauséeux d’avoir fait « ce qu’il ne fallait pas faire », qui appelle punition / réprimande / reproche / … un quelque chose qui permettrait aussi de mettre du sens sur une maladie incompréhensible qui confronte tellement les parents et les malades à leur propre impuissance. La boulimique le sait bien qui ne peut s’empêcher de se remplir de nourriture dès que l’angoisse devient trop forte ; les parents des personnes souffrant de TCA qui voit leur enfant se gâcher la vie, si ce n’est la détruire, ne peuvent qu’acter leur impuissance.  Même l’anorexique qui prétend vivre sans se nourrir touche du doigt les limites de sa volonté quand elle décide d’accepter de se nourrir et qu’elle n’y arrive pas.
C’est dire si avec les TCA on est d’emblée au cœur des questions de toute puissance/ impuissance et par voie de conséquence, de responsabilité et de culpabilité.

Quand on se sent tellement démuni, tellement impuissant à remédier à une situation qui apparaît comme intolérable, peut être au fond est il moins pénible de se dire que c’est parce qu’on y est pour quelque chose mais qu’on ne sait pas ce qu’est ce « quelque chose » et que si on le savait, tout irait mieux. Et nous voilà tous partis à la recherche d’un hypothétique pourquoi, d’une cause identifiée qui allégerait l’angoisse, qui donnerait un chat à fouetter, un bouc émissaire à chasser. Au pays des troubles du comportement alimentaire, plus facile à porter est l’ignorance que l’impuissance, non ?

Et bien non ! la culpabilité pour masquer son impuissance ne sert qu’à empêcher tout le monde d’être à sa place. C’est le moment où chacun commence à prendre en charge le malaise de l’autre au nom d’une faute inconsciente pour mieux éviter sa propre souffrance, sa propre impuissance.  Se sentir coupable de ce qu’on est impuissant à changer … ça ne peut emmener bien loin !

Mais ayant dit cela, on n’a rien dit ! car ce n’est pas par un acte de volonté que l’on peut chasser la culpabilité. La question est pour chacun dans l’entourage des personnes atteintes de TCA d’identifier sa juste place, celle où il / elle peut agir, où il / elle ne prend en charge que ce qui lui appartient, celle où il / elle n’envahit pas l’espace de l’autre. Car, rappelons le, le TCA traduit souvent non seulement chez la personne qui en souffre une difficulté à s’aimer, ou en tous cas à s’estimer telle qu’elle est, mais aussi une difficulté à être elle même, à exister en dehors du regard de l’autre, à identifier et à exprimer ses propres désirs pour elle même et non en obéissance ou en réaction au regard de l’autre. S’il y a une cause à chercher à son malaise, seule la personne souffrant a les moyens de la faire. Tout le travail de guérison de ces personnes va passer par l’abandon d’une certaine image d’elles mêmes (idéale ou au contraire très dévalorisée au regard de cet idéal) pour cheminer vers plus d’authenticité. Au cours de ce cheminement, l’attitude de l’entourage sera déterminante :
- pour redonner à la personne malade la responsabilité de sa vie (un parent ou un ami perdu dans sa culpabilité est aussi d’une certaine façon un parent qui dénie à l’autre la possibilité de prendre sa vie en charge) ;
- pour lui renvoyer une image authentique (positive ou négative), mais généreuse : un parent qui se sent coupable attend toujours au fond de lui une punition ou une absolution, ce qui le rend peu ou moins disponible pour écouter vraiment son enfant; il va chercher en permanence des preuves de ce qu’il a bien fait ou mal fait, être tenté de se justifier et oublier d’écouter ce que l’enfant dit de lui, ce qu’il explore ;
- pour l’aider enfin à s’accepter tel qu’il est : un parent ou un proche qui se reproche de n’avoir pas été à la hauteur, d’avoir été coupable de … négligence / abandon / insuffisance /… (cocher la bonne case), entretient vis à vis de l’anorexique ou de la boulimique l’idée qu’on doit être parfait, infaillible et sans reproche. Accepter sereinement l’idée que tout n’est pas parfait dans la vie et qu’on ne maîtrise pas tout, accepter qu’on peut faire de son mieux et ne pas obtenir ce qu’on imaginait (un enfant en bonne santé, heureux, autonome …), accepter que faire de son mieux n’est parfois pas suffisant  … est souvent précisément ce que l’anorexique ou la boulimique ne peut faire. Faire ce travail à ses côtés peut lui être extrêmement bénéfique.

Abandonner la culpabilité c’est faire ce travail d’acceptation difficile et souvent révoltant pour l’entourage mais dont la personne souffrant de TCA a tant besoin ; parce qu’au fond c’est peut être la plus grande preuve d’amour que l’on puisse donner à un autre être humain : accepter qu’on ne peut faire le chemin à sa place, accepter que c’est sa vie dont il est question et que lui seul peut en disposer, accepter qu’il ne soit pas comme « je veux » mais comme il veut (désagréable, absent, malade, faible, destructeur  …), lui donner le droit d’explorer toutes les facettes de son existence, même les plus ingrates.

C’est une attitude intérieure qui n’empêche ni de prendre soin de la santé physiologique d’un proche, ni de dire son inconfort, sa souffrance, son mécontentement ou sa colère. Bien au contraire, c’est l’authenticité indéfectible et assumée de l’entourage qui permet à la personne malade de trouver la force de sa propre authenticité. Et quand elle commence à sentir ce qui est « vrai » en elle …. le bout du tunnel n’est plus très loin.

17/06/2010

Alicia

J'ai rencontré Alicia au cours de ma première hospitalisation en 2003. Elle fut ma compagne de chambre pendant quelques semaines. Elle était arrivée dans un état de maigreur extrême, après avoir fait un séjour dans une autre clinique qui ne lui convenait pas. Elle perdit là encore 4 kilos dans la bataille. Elle aurait pu être transférée dans un service de médecine interne d'abord pour remonter vite son poids de quelques kilos. Mais elle n'en voulait pas. Elle préférait remonter la pente en mangeant normalement. Et c'est avec une volonté exemplaire, un lâcher prise, un énorme courage qu'elle affrontait les pesées positives ! Elle prenait environ 4 kilos par mois.

Cette jeune femme avait 21 ans à l'époque. Elle avait commencé des études de médecine puis elle avait bifurqué en kinésithérapie. Elle habitait chez ses parents. Sa famille était bourgeoise. Son père et sa mère occupaient des postes importants dans la société. Inutile de dire qu'ils étaient très inquièts pour leur fille. Mais à un tel point qu'Alice se sentait étouffée, bouffée même. Lors de ses sorties en week-end, elle revenait décomposée. Ses parents surveillaient tous ses repas, l'obligeaient à finir son assiette, lui servaient ses collations aux heures précises. Les tensions familiales n'ont pas mis beaucoup de temps avant de se faire sentir.

Un jour, quand elle n'avait plus que quelques kilos à reprendre pour arriver à son contrat de poids, elle me dit qu'elle avait pris des photos d'elle lorsque son poids était au plus bas. Elle me demanda si je voulais les voir. Tout ça dans un but positif : ne plus jamais se laisser aller, se souvenir qu'elle avait frôlé la mort, et me motiver moi, peut-être, à me battre contre l'anorexie, les kilos chez moi venant beaucoup plus lentement qu'elle. Ce que je vis fut effrayant ! Un corps décharné, comme on en a vu dans les camps de concentration ! La peau sur les os. Un squelette ambulant. Comment peut-on en arriver là ?

Je ne connais plus en détails son histoire mais ce que je sais, c'est qu'Alicia avait en elle une profonde envie de vivre. Elle s'était laissée aller car elle ne se sentait pas à sa place, ni dans les études, ni dans sa famille. Ses parents lui mettaient beaucoup de pression pour qu'elle continue ses études de médecine. Et ne plus manger était une façon à elle de dire qu'elle ne voulait pas. Elle avait beau le dire avec des mots, ils n'entendaient pas.

Alicia a finalement quitté la clinique 6 mois plus tard. Son contrat de poids était atteint. Ce que je retiens d'elle, c'est cette rage de vaincre, cette envie de vivre qui a repris le dessus grâce en partie à la thérapie familiale.

Lorsqu'elle est sortie, elle eut du mal à retourner vivre chez ses parents. Je me souviens d'un verre qu'on était allées prendre ensemble. Ce soir-là, sa mère l'appela pour vérifier si elle mangeait bien et avec qui elle était. Elle demanda même à me parler pour vérifier les dires de sa fille !

7 ans plus tard, je peux vous dire qu'elle est guérie. Elle croque la vie à pleines dents. Elle a fini par se prendre un kot étudiant et a terminé brillamment ses études de kiné. Plus de rechute.

ON PEUT GUÉRIR DE L'ANOREXIE ! Accrochez-vous ! Gardez Espoir !

18/04/2009

Infantilisation

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Dans l'anorexie de l'adulte, il y a un processus d'infantilisation qui se met inconsciemment en place. Je ne sais si c'est une généralité mais c'est ce qui m'est arrivé, ainsi qu'à d'autres personnes que j'ai croisées.

Ne pas manger attire l'attention, évidemment. Et pourtant, quand on est le centre de l'attention, on n'aime pas la situation non plus. Une ombre de sentiment parano nous suit, avec toute sa culpabilité.

Dans mon cas, il s'agit entre autre d'une peur de redevenir adulte et d'avoir à faire face à tout ce qui en incombe. Mais surtout, celle de mon travail qui est exige des responsabilités énormes. Cette maladie nous donne l'excuse de ne pas être à la hauteur et de ne pouvoir tout assumer.

L'attention, l'aile protectrice que l'on recherche, est celle des parents bien sûr. Etre à la recherche du cocon perdu ou mal connu. Là où règne sécurité. Il en va de même pour le conjoint. On cherche à se cacher derrière lui, à avoir ses bras quand on a peur. Quand vient le moment de rentrer en clinique, tous ces filets de sécurité amortissent le choc de la chute. On se dit que, quoi qu'il arrive dans notre travail, à savoir la pire des choses, le licenciement pour cause de maladie, il y a toujours nos proches derrière pour nous rattraper et nous sécuriser.

Cette réflexion concerne le mécanisme, partiellement, de mes rechutes.

Tomber de haut...

Glisser...

Sur un bon coussin...

Et être protégée des dures réalités du monde dans lequel nous vivons !

Ce coussin, cette sécurité familiale, je travaille à y mettre de la distance. Remplacer le coussin par le sol.

Et ça fait mal de tomber le derrière sur le sol, je vous le dis !

 

Article corrigé le 25/5/2010