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07/06/2010

Irrationalisme

Maintenant que j'ai pris conscience que la maladie me parle sans cesse (cfr article du 29/5/2010), elle me fait tenir de beaux discours ! Mon ami me fait souvent part de ses réflexions. Il a un oeil extérieur qui cible bien la problématique. Je réagis très souvent au quart de tour lorsqu'il me fait des suggestions. Mais c'est la maladie qui parle, qui revendique, qui trouve mille et une excuses ou raisons pour échapper à ce qui reste difficile.

Je vais vous donner ici un exemple. Je trouve cela interpellant avec le recul. Mon ami me demande pourquoi ne pas boire du coca normal à la place du coca zéro ? Ce serait du sucre pris facilement, sans problème de satiété, sans changement radical de goût. Et il a essuyé un grand HORS DE QUESTION ! Il est impossible pour moi d'envisager de boire du coca ! Pourquoi ? Que dit la maladie ? "Absorber trop de sucres n'est pas bon pour la santé. Dans tous les régimes, on dit de ne plus boire de soda. Le goût n'est pas bon. C'est écoeurant. Il reste un arrière goût en bouche désagréable. En plus, cela fait grossir." !!! Ne devrais-je pas prendre du poids ? Si, bien sûr ! Mais il reste impensable pour moi de m'attaquer à ça. C'est comme si je voyais le coca comme un toxique ! Alors que le coca zéro est certainement plus nocif à cause des nombreux édulcorants.

Autre exemple : j'ai commencé à utiliser du faux sucre en clinique. Tout le monde presque se baladait avec leurs pastilles et en versait partout. Que ce soit dans un yaourt nature, dans le thé, le café voire même dans le coca light qui en regorge déjà ! J'ai donc pris l'habitude de mitrailler mon thé et mon lait d'édulcorants. Là aussi, mon ami me suggère d'arrêter ce geste et de mettre à la place du vrai sucre. Et la maladie, titillée, répond : "Hors de question de mettre du sucre là-dedans. Pour avoir la même sensation sucrée en bouche, il faudrait que tu mettes plusieurs morceaux de sucre dans ce que tu bois ! T'imagine un peu la dose ? Et ça va te faire grossir. Ce n'est pas équilibré." !!! Ici, je pourrais tenter d'agir. Une cuillère de sucre ne me fait pas peur mais je devrais m'habituer à boire moins sucré. Je trouve que ce n'est pas prioritaire de se défaire de cette manie. Il faudra le faire mais pas maintenant. Et là, c'est encore sans doute la maladie qui parle.

Elle me parle tellement que je trouve des aberrations partout. Et des choses complètement irrationnelles, incompréhensibles ! Je suis tout à fait d'accord de brancher mes perfusions (voir article du 28/10/2009) d'alimentation qui sont composées de 400 kcal de glucides, 400 kcal de lipides et 100 kcal de protéines. Même si c'est dur et angoissant, j'ai accepté que ces calories passent dans mon sang pour prendre du poids. Par contre, manger l'équivalent me semble impossible. Cela représenterait un litre de coca et 100 grammes de fromage. Digérer cela revient au même : les glucides et les lipides finiront aussi dans mon sang pour être stockés. Les nutriments peuvent donc passer dans mon sang mais ne peuvent pas passer par mon tube digestif !?! N'est-ce pas irrationnel ? Interpellant, n'est-ce-pas ?

Je ne cesse plus de l'écouter et dès qu'elle pointe son nez avec ses excuses ridicules, j'essaie de dire non...

Non.

Non !

NON !!

04/06/2010

L'anorexie dans L'Adolescence

Tout le monde sait que l'adolescence est une période souvent difficile où l'on se cherche. Certains la passent sans problème. D'autres expriment le mal-être en consommant de la drogue, en commençant à fumer pour faire comme les autres ou boivent de l'alcool de façon excessive pour leur âge. Et puis, les troubles alimentaires menacent aussi la plupart des jeunes filles qui voient leur corps se transformer, prendre des formes, ce qui peut être mal vécu. Surtout si elles se comparent aux modèles qui circulent dans la presse.

J'ai traversé une crise d'adolescence qui s'est exprimée sous forme d'anorexie, déjà. J'avais 15 ans. Je faisais du sport de compétition. J'étais suivie par un médecin de sport lié au club. J'étais très douée et me classais chaque année dans le top 3 belge d'athlétisme. Je me sentais épanouie, que ce soit dans le sport ou dans la vie de tous les jours. Lors d'une consultation chez le médecin, il mesura mon taux de graisse en prenant différentes mesures avec une pince. Il conclut en me disant de veiller à ce que je ne prenne pas de poids car cela pourrait interférer avec mes performances. Quelques jours plus tard, suite à une douleur au niveau des lombaires, mon entraîneur me massa et me dit de faire attention à mon poids. Il devait sans doute pincer des bourlets. Sur la même semaine, un copain me dit lors d'une compétition de saut en longueur que j'attrapais un "gros cul".

Je me mis au régime suite à ces trois "avertissements". Je voulais perdre quelques kilos pour éviter de voir mes performances diminuer. Je perdis pendant les vacances deux ou trois kilos en supprimant les boissons sucrées et en mangeant plus de fruits et de légumes. Puis, satisfaite de moi-même, je poursuivis mon régime jusqu'à ce que mes proches et mon entraîneur me disent que j'avais fort maigri. C'était bien le but ! Mais je fus prise au piège de l'anorexie. Insidieusement, elle avait tissé sa toile. Je voulais encore maigrir. Voir le chiffre plus bas, encore plus bas. J'avais appris le nombre de calories dans tous les aliments, les pesais consciencieusement et définissais un total à prendre sur la journée. En quelques mois, j'avais perdu une dizaine de kilos. Je n'arrivais plus à me détacher de mon régime. C'était devenu une obsession. Avec la spirale infernale de la déprime qui accompagne ce mal-être de jeune fille. Je me voyais grosse. Je ne supportais plus mes formes. Je ne me supportais plus tout court. Mes muscles avaient fondu. Je n'excellais plus dans le sport. Les filles que je battais couraient plus vite que moi. Je me sentais nulle. J'étais découragée à l'entraînement mais je le continuais car je me dépensais.

Progressivement, je me suis isolée. Je ne sortais plus avec les copines de peur de devoir manger ou boire. J'avais perdu toute confiance en moi. Je broyais du noir à longueur de journée.

Et puis un jour, ma mère m'amena chez le médecin généraliste. Il me menaça tout de suite en me disant que si je perdais davantage de poids, il m'enverrai en clinique. Panique à bord ! SOS. Je décidai alors de monter le compte de calories sur la journée. Et je stabilisai mon poids sans en reprendre.

A la longue, je lâchai prise doucement. J'allais commencer les études universitaires que je rêvais depuis mes 12 ans. J'eus un coup de foudre pour un homme qui me fit voir les choses positivement. Que la vie était belle ! A chaque fois que je prenais un kilo, ça faisait mal. Mal. Mais je me disais que mon corps de femme se développait et que c'était donc normal de prendre du poids. Puis, je commençai par faire des "écarts" de régime et retrouvai lentement mais sûrement mon poids de départ. Les calories, les balances, tout cela n'existait plus ! Mon premier geste fut d'ailleurs d'écraser avec mon pieds le pèse aliment !

On peut guérir de cette maladie. J'en suis la preuve vivante. Je me dis toujours que si j'ai pu guérir une fois, je peux le refaire. C'est pour cela que l'espoir ne me quitte pas. J'ai vu aussi pas mal de jeunes femmes sortir de la maladie durant mes hospitalisations.

ON PEUT GUERIR DE L'ANOREXIE. IL FAUT GARDER FOI ET ESPOIR.

14/05/2009

La Balance

H_141-00-6_pese_personne_abilanx.jpgVoici un texte que j'ai écrit il y a peu. 

 

Ma première pensée du matin fut pour elle, rien que pour elle. Elle s’emparait de tout mon esprit, prit mon humeur et se déploya dans toute sa splendeur, générant en moi le chaos. Je me tire du lit et rebondis sur le sol, devant mes yeux passa un voile puis une dame en blanc pour donner mon traitement. La journée doit commencer. Je m’habille comme chaque matin pour rejoindre celui qui la précède toujours. Lui, il est encore la version douce et n’accapare pas mes pensées. Mais à chaque minute me rapproche d’elle. Je le tire parfois en longueur pour gagner je ne sais quoi, un sursis ? De toute façon, je la verrai, elle, la si belle, la plus importante, la plus douée, la plus redoutée, la plus vraie, celle qui ne ment pas, qui ne cache pas, qui ne participe pas au débat. Avec sa planche carrée reliée à un écran par un montant, elle m’attend à présent. Mon corps tremble, mon cœur bondit, je la maudis. Je n’en peux plus de la voir, marre de toute sa cérémonie. Je suis en sous-vêtement devant elle, les yeux plein de larme, la gorge nouée. Je perds ma voix, j’ai fait le pas, elle me désigne un nombre et je peux redescendre. Mais le mal est causé. Il remonte de loin, de mes entrailles, engin de torture.

La balance.

        Mon ennemie...

A force d'être pesée, je ne peux plus la voir. J'y suis montée des centaines et des centaines de fois ! J'ai beau dire à mon psychiatre que je ne veux pas savoir mon poids, le dire fait partie du traitement. Si on nous laisse dans le vide, à un des moments, paraît-il, l'angoisse de savoir qu'on a pris du poids désorganise les repas et collations et le contrôle de la maladie s'intensifie pour reperdre ce poids "non assimilé".

Ouais...