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28/01/2012

"Quand On Veut, On Peut"

3 mois et demi plus tard. D'un petit retour en clinique. Pour prendre un maximum de poids en un minimum de temps. Afin de me préparer à un retour dans une vie professionnelle. 

3 mois et demi ont passé et j'ai bien repris le travail. Il y a plus de 2 mois à présent. J'ai eu un entretien d'embauche. Dans un autre pays. Celui de mon ami avec lequel je veux partager la vie. J'ai obtenu le poste parmi une dizaine d'autres candidats. Un très beau poste, valorisant, dans tous les domaines. On m'a choisi et j'ai choisi d'aller bien, car je veux qu'on puisse enfin compter sur moi. 

3 mois plus tard et je tiens ma revanche sur la vie. Avec l'envie de dire qu'il ne faut jamais perdre espoir. Aussi long soit le tunnel, aussi sombre soit-il, aussi désespérant et éreintant, il faut y croire. La lumière est toujours au bout du tunnel. Mais il faut vouloir aussi la voir. Car si j'ai bien appris quelque chose de ces 8 longues années de rechute, c'est que "si on veut, on peut." Pas vouloir s'en sortir sur le bout des doigts, en le murmurant, en le rêvant. La rémission ne vient pas toute seule. Il faut la vouloir, la désirer dans ses tripes ! Sentir cette volonté nous serrer, nous prendre la gorge. Elle est née chez moi du ras-le-bol de devoir à chaque fois tout recommencer. De voir ma vie s'écrouler à chaque rechute. Devoir tout reconstruire, donner toute son énergie pour émerger et recouler encore et encore. La volonté, je l'ai puisée dans ce que je ne voulais plus. Dans ce que je ne veux pas ! 

Mais il reste du chemin à faire. Je ne parle pas de guérison car je ne suis pas guérie. Je gère ma maladie. C'est tout mais essentiel pour vivre le plus normalement possible. Quand je perds un peu de poids, c'est toujours le résultat d'un peu de laxisme ou d'une grosse dose de stress que je ne compense pas. Je mets alors, toujours péniblement, les bouchées doubles et je récupère en grande partie les centaines de grammes perdus. 

Les difficultés et blocages sont encore nombreux. Les contraintes liées aux collations existent toujours si on veut suivre strictement la discipline. Concrètement, être invitée chez des gens est toujours difficile. A la fois pour les hôtes qui doivent toujours adapter leur menu à mes goûts et pour moi qui ai peur d'afficher mes difficultés ou mon incapacité à manger un plat. Varier les plats est possible mais je reste sagement dans les aliments faciles. Je mange toujours comme si je surveillais ma ligne, de façon automatique. Je ne me rends même pas compte que si j'estime avoir fait un écart, je vais réduire les apports le repas suivant. Partir en vacances, c'est prendre encore le risque de perdre du poids. Et ça pose un problème à mon ami. On a besoin d'air, mais il n'ose pas le prendre avec moi. 

Dans ma relation amoureuse, malheureusement, cela devient difficile pour lui. Il y a beaucoup d'amour entre nous mais mon petit poids lui fait énormément de soucis. Qu'il gère encore pour l'instant. Mais à long terme, il ne peut se projeter avec moi et cette anorexie. Il a eu l'honnêteté de le dire. Et de mon côté je ne me permets plus de rêver du nous. C'est triste mais c'est comme ça. Je peux le comprendre. Ce que l'avenir nous réserve dépend de ma capacité à prendre encore quelques kilos. 

Quand on veut, on peut. Cette phrase m'irritait au plus haut point. Avant. Je répliquais que c'était bien plus compliqué que la simple volonté. Que l'anorexie, c'était comme une drogue dure, la drogue du rien, du moins, du jeûne. Et que dans ce contexte, notre pouvoir était mis à mal. Mais... Quand on a un cancer, on ne décide pas vraiment de l'évolution de la maladie. Notre emprise est limitée. On subit le traitement et on espère qu'on est guéri. Mais l'anorexie. Ce n'est pas une maladie qui condamne. Le psychologique a tout son rôle et sa puissance. Il s'agit d'une volonté contre une autre. Celle de prendre du poids et celle d'en perdre. Il faut choisir le bon côté et le vouloir. Dans ses tripes. Et si on ne trouve pas assez de volonté pour avancer, prendre du poids encore, il faut se retourner et avoir la volonté alors de ne plus rechuter. Ne plus vouloir CA. Et CA, permet aussi d'avancer.

Lentement mais sûrement...